Un peu plus près des étoiles

Critique de "Supernova", de Harry MacQueen (sortie le 8 septembre 2021)

Sam est pianiste, Tusker est écrivain, ils forment un couple à succès uni et soudé dans la vie. Alors que Tusker est atteint d'une pathologie neurodégénérative, donc au processus inéluctable, il convainc Sam de remonter sur scène, prétexte à un roadtrip tel qu'ils les affectionnaient au début de leur histoire. Chacun voit dans ce symbolique retour aux sources l'occasion de se positionner face à l'incurabilité. Un film simple et émouvant, qui réussit à donner corps et mots aux douleurs - et à l'amour - les plus insondables...

En attendant Ozon... voici dores et déjà un premier film sur la fin de vie, enfin loin d'être le premier en fait. Au risque de devenir rengaine, comment cette thématique peut-elle encore inspirer les cinéastes de ce siècle qui l'a déjà tellement exploitée? Disons-le franchement, ce n'est pas son originalité qui distingue Supernova des films auxquels il s'apparente terriblement - les récents Blackbird et L'Echappée Belle. Il y a même dans la façon dont Harry MacQueen mène son histoire un refus de la modernité, voire une revendication d'abdiquer toute forme pour ne se concentrer que sur le fond. Aux antipodes d'un Mathieu Amalric qui finissait par ne savoir que faire de son dispositif. Non, nous n'assisterons à rien d'autre qu'une trajectoire linéaire, la fin de course d'un couple "astral", en tout cas dont l'amour va se confronter à une épreuve ultime. Et c'est l'aboutissement de cette trajectoire qui donne toute sa force à l'ensemble, permettant d'oublier aisément la chétivité du scénario.

C'est cette scène de l'ultime confrontation, dans une demeure perdue au milieu de la lande anglaise - sublimement filmée de bout en bout - qui émeut le spectateur, lui permettant de se mettre à la place de chacun, place impossible, rôle intenable, assumés sans excès par un Colin Firth admirablement sobre et un Stanley Tucci qui évite le piège de la cabotinerie. Leur amour, la façon dont cette maladie les force à s'adapter et se révéler, on y croit tout le temps. Ce huis clos final est suivi de deux scènes tout aussi importantes et réussies, l'une nocturne, l'autre matinale. Il faut les voir. Elles ne racontent rien d'autre que ce qui est dit et montré, et ce rien d'autre est essentiel.

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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