Téléconsultation sur Whatsapp : le patron de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau, abasourdi

Depuis le 5 mars dernier, Doctolib a décidé de mettre en accès libre sa plateforme. Interviewé par WUD, le patron de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau, ne comprend pas pourquoi Olivier Véran a déclaré que les téléconsultations, dans le cadre de la crise du Covid-19, pourraient se dérouler sur WhatsApp, voir sur Skype. 

What's up Doc. Vous avez annoncé que vous offriez le service de téléconsultation pendant la crise du Covid-19 ? 

Stanislas Niox-Chateau. Exactement, nous avons pris deux décisions, Nous avons créé une cellule dédiée de 100 personnes qui va conseiller et aider les médecins à installer la vidéo consultation sur leur poste de travail. Et la deuxième décision a été de financer intégralement les coûts de formation, d’intégration et de suivi de nos médecins. Cela va engendrer une dépense comprise entre 500 000 et un million d ‘euros par mois. 

WUD. Comment se déroule une téléconsultation chez vous ? 

S. N.-C. Il y a deux manières de faire de la téléconsultation. Il existe des plateformes commerciales qui salarient des médecins et mettent en place de la téléconsultation non remboursée. Ces consultations vont être prises en charge dans le cadre du décret pris récemment, suite à la crise du Covid-19. Pour notre part, nous installons une technologie pour des médecins généralistes et spécialistes libéraux, qui peuvent ainsi faire de la téléconsultation pour leurs patients. Très concretement, le médecin, sur son logiciel Doctolib, a tous ses rendez-vous, en présentiel et une partie de ces rendez-vous en téléconsultation. Le médecin commence une visioconférence avec le patient forcément connu par le médecin. À la fin de la consultation, j’envoie mon ordonnance de manière dématérialisée à mon patient qui la récupère dans son compte patient, séccurisé. Le patient paye sur Internet. 

WUD. Un décret a été publié qui permet de passer outre le parcours de soins en matière de téléconsultations. Olivier Véran a par ailleurs affirmé que l’on pouvait faire désormais de la téléconsultation via WhatsApp ou encore Skype. N’avez-vous pas l’impression de vous être fait un peu berné, vous qui respectez le parcours de soins ? 

S. N.-C. Je n’ai pas compris les annonces d’Olivier Véran quant aux téléconsultations sur WhatsApp, Facebook ou encore Skype. Ce n’est pas dans le décret. Cela fait six ans que j’ai créé Doctolib, nous disposons d’hébergeurs agréés données de santé, nos données de santé sont cryptées, personne n’y a accès… Et là, le ministre annonce que l’on peut le faire sur WhatsApp et Skype… Je pense qu’aucun praticien ne procédera de cette manière. Par ces biais, d'ailleurs, il ne peut pas y avoir d’ordonnances transférées via WhatsApp… Pas plus que de télétransmission à la Cnam via WhatsApp… Cela est inopérant… Par ailleurs, je ne pense pas que la téléconsultation via des plateformes commerciales parfois installées à l'étranger pour des patients en France va marcher… Il faut respecter les médecins traitants et la territorialité… Aujourd’hui sur Doctolib nous avons permis d’élargir nos critères de téléconsultation : ainsi un patient pourra faire une téléconsultation avec un médecin traitant même s’il ne l’a pas vu pendant 24 mois, alors que le délai limite est de 12 mois. Nous ne comptons pas ouvrir la téléconsultation à de nouveaux patients hors parcours de soins, car nous n’avons pas eu de protocole médical, pas plus que nous n’avons eu d’indications sur les modalités de remboursement aux patients et de télétransmission vers l’assurance maladie. 

Je n’ai pas compris les annonces d’Olivier Véran quant aux téléconsultations sur WhatsApp, Facebook ou encore Skype

WUD. Des syndicats de médecins ont publié des communiqués pour s’inquiéter du recours excessif à la téléconsultation dans le cadre de la crise du Covid-19 ? Que leur répondez-vous ? 

S. N.-C. Nous échangeons quotidiennement avec les syndicats de médecins et nous co-construisons notre service avec eux. Je suis aligné à 100% avec leurs revendications. Pour être plus précis, je pense en effet que la téléconsultation n’est pas la seule solution pour protéger les médecins français. Il faut qu’ils aient des masques, des équipements, il faut que les hôpitaux aient des centres de détection, que les samu puissent les orienter, bref, la téléconsultation n’est pas la seule solution, mais c’est une bonne solution. Il faut la généraliser au plus vite. Aussi, je pense que c’est le médecin traitant qui doit prendre en charge les patients, et pas des plateformes commerciales, ou des praticiens qui n’ont jamais vu le patient. 

Je pense en effet que la téléconsultation n’est pas la seule solution

WUD. Avez-vous constaté une augmentation du nombre de téléconsultations ? 

S. N.-C. Oui, le nombre de vidéoconsultations a été multiplié par deux ces deux dernières semaines. C’est énorme en l’espace de deux semaines. Et nous avons eu plus de 1000 demandes de médecins ces deux derniers jours pour mettre en place la vidéoconsultation. 

WUD. Comment vous rémunérez-vous sur les téléconsultations ? 

S. N.-C. Le médecin paye 79 euros par mois TTC pour bénéficier de l’ensemble de notre service. 

 

 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

Vous aimerez aussi

Le métier de médecin sera bientôt impacté par la transformation numérique, notamment par une dizaine de leviers numériques, selon une étude de la...
Six mois après l’entrée en vigueur du remboursement de la télémédecine, l’Assurance maladie dresse un premier bilan plus que prometteur.  
Les médecins seraient-ils anti-progressistes ?

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.