Covid-19 : la téléconsultation n’est pas la panacée, selon les syndicats

Alors que le ministre de la Santé Olivier Véran a signé des décrets pour faciliter l’accès aux téléconsultations afin de contenir la propagation du Covid-19, plusieurs syndicats de médecins libéraux rappellent que son rôle pour établir un diagnostic de gravité est très restreint.
 

« Alors que le stade épidémique de l’infection à coronavirus menace l’organisation de notre système de santé, la téléconsultation est présentée par certains comme une solution miracle pour prendre en charge les patients », a alerté MG France dans un communiqué daté du 9 mars. Et d’ajouter que, même si la télémédecine permet d’éviter les contacts directs entre malades et soignants, « cet avantage évident ne doit pas masquer les autres risques ».
 
Le syndicat a réagi à l’annonce du ministre de la Santé Olivier Véran qui vient d’annoncer qu’il facilitait l’accès aux téléconsultations pour contenir la propagation du Covid-19. Ainsi, l’obligation de passer par son médecin traitant pour se faire rembourser sa téléconsultation ne sera plus obligatoire. Le décret n° 2020-227 assouplit en effet les conditions d’accès et de remboursement des actes de télémédecine.

 

 

Or, la téléconsultation sans outils connectés met le médecin en difficulté pour apprécier l'état réel de son patient durant l'épidémie, selon MG France qui ajoute qu’elle « augmente le risque dans la prise de décision » et que « son rôle pour établir un diagnostic de gravité est très restreint ».
 
Par ailleurs, le syndicat estime que la téléconsultation effectuée par un praticien qui ne connait pas le patient est « dangereuse si le patient n'est pas en état de décrire correctement son histoire, ses antécédents, son traitement en cours, et parfois même les signes cliniques qui l'amènent à consulter ».
 
Une analyse partagée par le Dr Jérôme Marty, le président de l’UFMLS qui considère, dans une vidéo publiée sur Twitter, que les pratiques de télémédecine doivent s'intégrer au parcours de soins « parce qu’il est important que le médecin traitant connaisse son patient, sa vie, son histoire afin de diminuer ce qui est en lien avec le manque de possibilités de certains examens, je pense en particulier à l’auscultation ».
 
La téléconsultation pourrait être efficace pour apprécier l'état réel du patient durant l'épidémie, à condition que le médecin utilise un stéthoscope connecté, selon Jérôme Marty. Or, « on voit bien qu’on est incapable de nous fournir des masques, donc on ne voit pas comment tout d’un coup on étendrait des stéthoscopes connectés pour l’ensemble des médecins », nuance le médecin.

Par ailleurs, la télémédecine est peu adaptée au Covid-19 selon le président de l’UFMLS qui rappelle que cette pathologie « a très souvent des symptômes respiratoires qu’on ne peut pas ausculter avec la téléconsultation ». Et d’ajouter que dans ce contexte particulièrement anxiogène, on ne peut pas « véritablement rassurer un patient derrière un écran ».
 
Ce qui signifie, selon lui, qu’il faut « être en vis-à-vis avec son médecin » pour établir une relation de confiance avec son patient. Or, « Ce n’est pas du tout le cas derrière un écran et il est probable que l’on aboutira à l’effet inverse que celui recherché », car si le médecin « manque d’éléments » lors d’une téléconsultation, « il est aussi possible qu’il l’adresse aux urgences ».
 
Interrogé sur France 2, Jérôme Marty a donc considéré que l’utilisation de la télémédecine pour détecter des cas était « un petit peu du bricolage ». Un sentiment partagé par le président de la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français), le Dr Jean-Paul Ortiz, interrogé par France Bleu sur cette idée de « bricolage » :
 
« Je pense effectivement que, au moindre doute, il faut que le médecin puisse examiner le patient. Et comme les complications sont souvent des complications respiratoires. Il faut que l’on puisse voir le patient si cela est nécessaire ».
 

Selon le médecin « la téléconsultation est un outil qui peut permettre de régler un certain nombre de problèmes simples, en particulier chez des sujets jeunes qui sont moins à risque que les sujets les plus âgés qui peuvent faire des problèmes respiratoires beaucoup plus graves ». Mais elle « ne remplace pas une consultation présentielle ». 
 
Une fois n’est pas coutume, les syndicats de médecins libéraux semblent être sur la même longueur d’onde sur un sujet hautement sensible !
 

Portrait de Julien Moschetti

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