Surmenage à l'hôpital : les chiffres qui piquent

Toutes les études récentes s'accordent à dire que près de la moitié des médecins hospitaliers souffriraient de burn-out en France. Jamais la santé mentale des médecins au travail ne semble autant avoir été disséquée et questionnée.

La parole se libère (un peu) et les enquêtes se multiplient. Risques psycho-sociaux (RPS), burn-out, dépression, médecins en surchauffe, risque suicidaire... Depuis une vingtaine d'années, les études se succèdent pour essayer de mettre des chiffres sur des maux souvent tus ou banalisés.
 
Un médecin hospitalier sur deux concerné
 
49 % de médecins hospitaliers en burn-out, c'est le chiffre souligné début 2019 par une revue de littérature menée par plusieurs psychiatres de l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Publiée dans Journal of Affective Disorders, celle-ci s'appuie sur 37 études et plus de 15 000 témoignages. La moitié des médecins hospitaliers français lessivés à l'extrême ? Le chiffre est impressionnant. Parmi eux, 5 % vivraient même une situation de burn-out sévère.
 
A l'hôpital, les urgentistes, internes et les plus jeunes médecins sont les plus susceptibles d'être frappés par le le burn-out, généralement défini comme un processus de dégradation du rapport subjectif au travail via trois dimensions : épuisement émotionnel, cynisme vis-à-vis du travail et diminution de l’accomplissement personnel au travail. « Le burn-out est une cause majeure d’arrêt de travail, mais également de dépressions, d’addictions voire de suicide chez les médecins », rappellent les auteurs de l'étude marseillaise.
 
50 % de burn-out, vraiment ? Toutes les enquêtes récentes s'accordent sur cette proportion. En 2015, une thèse en médecine sur le sujet avait livré une fourchette de 38 % à 52 %[1] de burn-out chez les médecins hospitaliers français. L'année suivante, le Centre national des professions de santé (CNPS) estimait que 46,3 % des médecins se trouvaient en situation de burn-out dans le secteur hospitalier public.

Le surmenage commence souvent dès les études
 
Et ça commence tôt. Anxiété et surmenage sont devenus banals dès les études. En 2018, une méta-analyse pilotée depuis l’hôpital Saint-Anne et l’unité Inserm U894 de psychiatrie et neurosciences, et publiée dans la revue European Psychiatry, suggérait une prévalence du burn-out à 44,2 % chez les étudiants avant l’internat.
 
Si le malaise est aujourd'hui identifié, il a fallu du temps pour que la prise de conscience émerge et la parole commence à se libérer. En 2015, le suicide du Pr Jean-Louis Megnien dans l'enceinte de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP) a probablement accéléré le mouvement, braquant de façon brutale le projecteur sur la question des risques psychosociaux à l'hôpital. Cette même année, l'Agence européenne de sécurité et de santé au travail pointait du doigt le retard pris par la France dans la prise en charge du burn-out et des RPS en général dans le milieu du travail.
 
Retard ne signifie pas inaction pour autant. En 2012, le ministère de la Santé et des Solidarités lançait un groupe de travail consacré aux « conditions de travail des étudiants, internes et assistants », ayant débouché sur un plan d'actions. En 2017, un guide des « Risques psychosociaux des internes, chefs de cliniques et assistants » a ainsi vu le jour. Insuffisant ? Probablement tant la question de la souffrance au travail n'a jamais paru autant d'actualité.

Réalisé avec le soutien de la mnh.fr/mediceo

 

Portrait de Thomas Blachère

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