Réforme des études médicales : doyens et Jeunes médecins copains comme cochons

La Conférence des doyens des facultés de médecine milite pour une professionnalisation accrue des études médicales et de nouvelles conditions d’accès. Une fois n’est pas coutume, Jeunes Médecins applaudit.
 

Oui à la suppression du numerus clausus ! Oui à un assouplissement du système de sélection ! À condition toutefois de privilégier la professionnalisation des études et le renforcement de la qualité des formations médicales. C’est en substance le message que vient de faire passer la Conférence des doyens dans une tribune publiée le 18 février dans Le Monde.
 
Le gouvernement ne doit pas se tromper de diagnostic : ce n’est pas le nombre de médecins qui est le plus problématique, plaident les doyens qui rappellent que la France se situe, avec 3,3 praticiens pour 1 000 habitants, « légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE », tandis que le nombre de médecins a augmenté d’environ 10 % entre 2000 et 2018.  
 
Le véritable problème est ailleurs selon les doyens : « C’est la répartition territoriale des médecins qui doit être mieux harmonisée avec les besoins de nos concitoyens. » C’est pourquoi la « diversification des profils d’étudiants est une réponse nécessaire aux enjeux sanitaires et médico-sociaux de demain. » Quant à l’accès aux nouvelles technologies durant la formation, il encore « très insuffisant », estiment les doyens qui réclament un plan national pour « ramener la France au même niveau que les grandes nations dans le domaine de la pédagogie digitale ».

Professionnalisation des études de médecine

Les doyens mettent également l’accent sur le volet « professionnalisation » des études de médecine. Ils proposent de renforcer le taux d’encadrement des étudiants au cours de leur formation initiale pour les mettre dans le bain sans tarder : « Le caractère professionnalisant des études médicales est essentiel pour assurer la qualité des soins que les futurs soignants prodigueront. Il faut que les jeunes professionnels bénéficient le plus rapidement possible d’enseignements pratiques et concrets », martèle la tribune.

La réforme du gouvernement est donc pour les doyens une occasion en or de permettre aux étudiants d'optimiser du temps de formation professionnelle. Il suffirait pour cela de transformer la première année consacrée à la sélection (Paces) en une année formatrice, tout en favorisant une formation professionnalisante pour les étudiants qui n’accédent pas en deuxième année de médecine.

« Il ne faut pas commettre l’erreur de rallonger la période de « non-choix » », considèrent les doyens. Ils proposent donc la création d’un « portail santé » à l’issue du bac qui correspondra à « une année de formation en santé, différent de la Paces, préparant les étudiants à accéder aux métiers médicaux, à d’autres métiers de la santé, ou à d’autres filières ». Les contenus pédagogiques de cette année de formation accorderont plus de place aux sciences sociales, humaines et au numérique, dans le but d’élargir le profil de connaissances et de compétences des étudiants. Quant à l’accès aux études médicales, il devra être ouvert à d’autres formations de type licence, préconisent les doyens.

Mais, pour mettre à bien ces réformes, les universités devront avoir « des capacités d’encadrement et des moyens logistiques suffisants », constatent les doyens. Or, « ce n’est pas le cas dans la plupart de nos établissements ». Et de faire référence à un rapport récent des inspections (IGAS/IGAENR) : les effectifs d’enseignants hospitalo-universitaires sont restés stables de 2000 à 2015 : de 5 470 à 5 560.

Une fois n’est pas coutume, le syndicat Jeunes Médecins partage l’inquiétude des doyens sur la réforme des études de médecine. Car « si l’augmentation des effectifs des étudiants devait se faire essentiellement sur les territoires où il existe un manque de médecins, il s’agira également des territoires où le nombre d’enseignants dans les UFR sont les plus faibles, selon son président Emanuel Loeb. Cela aboutirait à une iniquité dans l’encadrement des étudiants, ce qui pourrait porter atteinte à terme à la qualité des soins ».

A propos de la professionnalisation précoce des étudiants en médecine, Jeunes Médecins milite, contrairement aux doyens cette fois-ci, pour une entrée dans les études de médecine via un « parcours Licence indifférencié ». Emanuel Loeb suggère également « une sélection à l’entrée en Master Médecine avec une orientation majoritaire vers un master en Médecine ambulatoire de premier recours, permettant ainsi une plus grande adaptabilité des futurs professionnels à un avenir incertain. »

Enfin, la Conférence des doyens et Jeunes Médecins se disent tous les deux favorables au report d’un an de la réforme des études de médecines en raison de la complexité du sujet. Les deux associations sont donc sur la même longueur d’ondes au sujet de ces questions ô combien importantes. A se demander si leurs membres respectifs n’ont pas forgé leurs convictions en jetant ensemble des pavés durant Mai 68 !

Portrait de Julien Moschetti

 

Vous aimerez aussi

Avec la R3C, le post-internat devrait retrouver sa raison d’être : une expérience qui renforce la cohérence d’un projet professionnel. Mais faut-il...
Après des mois de galère À chercher un financement, vient le temps des journées interminables du labo, des manips À gogo jusqu’au recueil des données...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.