Prévention et cancer : la balle est dans le camp du médecin traitant

Covid, cancer et confinement. Ce trio a fait naitre beaucoup de craintes et fortement mobilisé les associations spécialisées. WUD a parlé dépistage et prévention avec le Dr Agnès BERNOUX, Médecin référent régional dépistage cancers du sein, Médecin coordonnateur Site de l'Essonne, CRCDC IDF, pour La Ligue contre le Cancer.

Temps suspendu. Le premier confinement a été synonyme d’un important report de soins médicaux. Le dépistage des cancers n’a pas été épargné.
 
Des campagnes de dépistage à l’arrêt
 
« On a été pris par la brutalité de l’annonce du confinement, corrélé à des découvertes de cas dans des services donc une décision très rapide a été prise de fermer les CRCDC, on a demandé d’arrêter d’envoyer les invitations dans le cadre du dépistage organisé », explique Agnès Bernoux. « On a bloqué les invitations pour le dépistage du sein et du colorectal de mars à mai et on a attendu juin pour relancer les invitations. Le retard a ensuite été rattrapé au cours des mois de juin, juillet et août au niveau de ces envois ».
 
Les centres de radiographie ont aussi dû arrêter les mammographies de dépistage pour le cancer du sein, sauf pour les femmes (ou hommes) « présentant des symptômes et dans les cas où les clichés indiquaient le besoin d’examens complémentaires. »
 
Concernant les conséquences de ces retards, les centres anti-cancéreux procèdent à des projections par modélisations. Selon les données de la Ligue contre le Cancer, en 2020, les diagnostics de cancer ont reculé de 23%, ce qui pourrait signifier que 10 000 cancers n’ont pas été dépistés retardant ainsi les délais de prises en charge et donc assombrissant le pronostic.
 
Prévention, prévention, prévention
 
Ce contexte est donc l’occasion de rappeler l’importance de la prévention. Dans ces démarches, le médecin traitant a un rôle central. « Il est très important de sensibiliser les médecins, et notamment les plus jeunes, à l’intérêt de la prévention et des dépistages », ajoute Agnès Bernoux. « Le médecin traitant est proche de sa patientèle, lorsqu’il communique sur la nécessité du dépistage, cela facilite généralement le passage à l’acte, cela a plus d’impact que le fait de seulement recevoir un courrier ».
 
Concrètement, comment améliorer son impact dans la prévention ? Selon Agnès Bernoux, cela commence par le fait d’orienter son patient vers le dépistage organisé. « Dans le cadre du dépistage du cancer du sein, une seconde lecture des clichés permet de dépister 6% des cancers du sein. Le but est d’offrir les mêmes chances en termes de diagnostic et laisser le moins de place possible à l’erreur. »
 
Autre aspect, « une évaluation régulière des facteurs de risque personnels et familiaux. Pour le cancer colorectal notamment, il est essentiel de bien connaître les antécédents du patient et il ne faut ne pas hésiter à renouveler l’enquête régulièrement avec un patient que l’on suit depuis plusieurs années car il peut y avoir eu du changement dans la famille », poursuit Agnès Bernoux.
 
« L’intérêt de cet interrogatoire n’est pas tant d’expliquer la réalisation du test, même si c’est important, mais surtout de ne pas négliger les antécédents, dans certains cas, une coloscopie doit être pratiquée d’office. »
 
Ensuite, son rôle est d’aider le patient à « rentrer dans une filière de soin pour avoir une coloscopie rapidement en cas de test positif afin de bénéficier de toute l’efficacité du dépistage ».
 
Ce qui est particulièrement vrai en période Covid. « Les anesthésistes sont réquisitionnés dans les hôpitaux. Les coloscopies ne sont plus prioritaires, il y a donc un souci de délai d’accès à cet examen. On a communiqué auprès des médecins généralistes et gastro-entérologues pour mettre les gens dont le test est positif dans une chaîne prioritaire. Car on a remarqué une augmentation d’un mois des délais de coloscopie par rapport à la période avant confinement »
 
 

Mise en place d’un dépistage organisé pour le cancer du col de l’utérus
« Ce 3ème dépistage organisé se met en place au courant de l’année. Il est donc important d’en parler aux patientes entre 25 et 65 ans. Après 50ans, les femmes n’ont plus toutes un suivi gynéco. Par ailleurs, si elles n’ont plus de partenaires, elles ne font plus de prélèvements, or c’est dans cette tranche d’âge que le pronostic est le moins bon en cas de lésions cancéreuses, les médecins doivent donc s’assurer de la poursuite du dépistage », rappelle Agnès Bernoux.
Ce dépistage organisé est à destination des femmes qui n’ont pas eu de frottis dans les 3 dernières années. Concernant le prélèvement, si la patiente n’est pas suivie par un gynécologue et que son médecin traitant ne les réalise, « il doit être en mesure de l’orienter vers un professionnel préleveur. Il est possible d’adresser sa patiente à une sage-femme par exemple ».

 
Il ne faut pas non plus oublier les aspects de prévention classique. « Les conseils d’activité physique régulière, d’une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes, la diminution de la viande rouge et de la charcuterie, des aliments gras, transformés, ainsi que la réduction de l’alcool et l’arrêt du tabac sont essentiels. Ce n’est pas spécifique au cancer cela s’applique aux cancer et maladies cardiovasculaires. Et cela fait partie du rôle du médecin de donner ces conseils de prévention ».
 

Portrait de Constance Maria

Vous aimerez aussi

Moins d’injections à risque, moins de passages aux Urgences, moins d’overdoses, moins d’abcès, moins d’endocardites… Cinq ans après leur lancement,...

Tous anti-Covid, et les laboratoires aussi. Depuis le début de la crise, toutes les professions médicales se sont retroussées les manches pour...

Depuis 2018, un dispositif anti-moustique a été installé autour de l'hôpital L'Archet 1 à Nice. Son but est de protéger les patients fragilisés par...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.