Parole de médecins à l’attentat de Nice : « Dans la rue, je ne suis jamais tranquille : je sursaute à chaque bruit inhabituel. Je ne suis jamais en paix. »

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Aujourd’hui, des soignants témoignent au procès de l’attentat du 14 juillet 2016. Libération a recueilli la parole des urgentistes et infirmiers, encore sous le choc. Ce soir-là, 86 personnes ont trouvé la mort, 400 ont été lourdement blessées, sous les roues du camion de Mohamed Lahouaiej Bouhlel.

Parole de médecins à l’attentat de Nice : « Dans la rue, je ne suis jamais tranquille : je sursaute à chaque bruit inhabituel. Je ne suis jamais en paix. »

© IStock

Daniel Navarro, urgentiste, responsable du poste médical de la fête

« En général mon rôle, ça se limite aux affaires courantes. C’est de la bobologie, des malaises.  C’est ce qui se passait ce soir-là, jusqu’à ce que le camion rentre dans la foule (...) Je me prends le mouvement de foule de plein fouet. Ensuite, ça a été difficile de trouver ma place. Je n’ai pas eu le temps de réaliser ou de reprendre mon souffle que, déjà, il fallait que j’intervienne auprès de victimes. C’est une situation complexe à analyser.
Cet événement me suivra jusqu’à la fin de mes jours. Mes défenses sont submergées. Dans la rue, je ne suis jamais tranquille : je sursaute à chaque bruit inhabituel. Je ne suis jamais en paix. C’est très profond. Ce n’est pas une guérison, c’est une cicatrisation. Cet événement impacte la vie. Il faut apprendre à vivre avec.(…)
J’essaie d’oublier. Mais on ne peut pas oublier. »

Gérald Durbas, infirmier urgentiste en pédiatrie

« Ce qui m’a extrêmement perturbé, c’est d’avoir deux mondes en parallèle : le monde du secours en pleine effervescence et le monde du silence. Une Prom sans mouvement, juste avec les téléphones portables qui sonnaient, sans pouvoir décrocher, se rappelle-t-il. On a eu l’impression d’un décor de cinéma tellement ça nous paraissait improbable. C’est un souvenir hors-norme. (…) Ce qui m’a permis de faire passer tout ça, c’est de n’avoir personne de ma famille impliqué. Et ce qui a le plus changé, c’est que désormais je dis à mes enfants de vivre intensément. (…)
Devenir formateur aux gestes qui sauvent, C’est ma manière de transmettre mes compétences. Pas pour chasser des fantômes, ni pour conjurer le sort, mais pour savoir que, si un autre événement se déroulait, on sera plus nombreux à apporter les premiers secours. »

Karine Hamela, directrice du pôle ressources humaines au CHU de Nice

Ce 14 juillet 2016, de 23 heures à 4 h 34 (levée du plan blanc), 317 médecins et 480 personnels sont mobilisés au CHU de Nice. Deux fois plus qu’une nuit classique.
« Paradoxalement, il n’y a eu ensuite que six arrêts maladie, qualifiés d’accidents du travail. Ils étaient sévères et très lourds : ils ont duré en moyenne deux ans et quatre mois, précise. Une assistante de régulation médicale était dans l’incapacité physique de revenir. Elle a finalement changé d’orientation et travaille dans les ressources humaines. La blouse blanche n’est pas une cape de super-héros. »

 

 

 

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