"Médecines" douces ou alternatives : le collectif FakeMed règle ses comptes avec les institutions

Suite à la publication d’une enquête de 2018 de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) concernant les pratiques de soins non conventionnelles, le collectif FakeMed demande aux pouvoirs publics de prendre leurs dispositions « par rapport au foisonnement de formations illusoires, de procédés trompeurs et de revendications illégitimes concernant le champ de la santé ». Et règle ses comptes avec le Conseil de l’ordre.

Hasard du calendrier ? Ce mardi 16 décembre, alors qu’une dizaine de signataires de la tribune contre les FakeMed étaient jugés par la chambre disciplinaire de première instance d’Ile-de-France (lire notre compte-rendu ici), la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) publiait son enquête de 2018 concernant les pratiques de soins non conventionnelles (« Médecines » douces ou alternatives : des insuffisances dans le respect de la règlementation »). 
 
Cette enquête avait l’objectif de contrôler la loyauté des pratiques commerciales et le respect de leurs obligations par des professionnels pratiquant des « médecines douces » ou « non conventionnelles » : naturopathes, aromathérapeutes, hypnothérapeutes, acupuncteurs, auriculothérapeutes et réflexologues.
 
Menées en 2018, les investigations de la DGCCRF ont montré que plus des deux tiers des 675 praticiens contrôlés (460) présentaient au moins un manquement, majoritairement des défauts d’information, mais aussi des pratiques commerciales trompeuses, voire présentant des risques pour les patients. Ce qui a débouché sur 407 avertissements, 43 injonctions de mise en conformité, 8 procès-verbaux et 15 transmissions au Parquet de cas potentiels d’exercice illégal de la médecine ou d’usurpation de titres.

Allégations non justifiées 

Par ailleurs, des allégations thérapeutiques ou « de santé », non justifiées sur les compétences des professionnels, ont fréquemment été constatées. « Certains professionnels soulignent ainsi qu’ils « participent à la guérison », « soulagent la douleur », « traitent les maladies graves » ou « utilisent abusivement des termes médicaux tels que « consultations » ou « patient »», signale la DGCCRF qui a analysé ces pratiques sous l’angle de la pratique commerciale trompeuse (1).
 
Et de citer l’exemple de certains hypnothérapeutes qui utilisent les termes « hypnose médicale », alors que cette pratique, utilisée pour réduire la douleur ou à des fins d’anesthésie, « est un acte médical réservé à des professionnels de santé ».
 
Or, selon la DGCCRF de telles allégations « sont interdites en l’absence de qualification médicale des professionnels, et présentent également des risques pour la santé des patients qui pourraient se détourner des soins reconnus lorsque les pratiques « non conventionnelles » leur sont présentées comme alternatives et non seulement comme complémentaires aux soins conventionnels ».

Exercice illégal de la médecine 

Par ailleurs, près d’une dizaine de cas potentiels d’exercice illégal de la médecine ont été relevés : principalement des acupuncteurs, mais aussi des auriculothérapeutes et des professionnels exerçant l’hydrothérapie du côlon.
 
Dans un communiqué daté du 20 décembre, le collectif Fakemed, qui milite activement contre les « pseudo-médecines », n’a pas manqué de réagir à cette enquête de la DGCCRF qui a le mérite, d’alerter sur les « praticiens en infraction », les « nombreuses allégations thérapeutiques injustifiées » ou la « survalorisation de la qualification des praticiens ».
 
Le collectif rappelle également d’autres observations de la DGCCRF. Premièrement, la quasi-totalité de ces professionnels ont suivi, avant d’exercer, des formations, mais de nature très variable allant du simple week-end (en présentiel ou à distance) à plusieurs années de scolarité.

Que font les pouvoirs publics ?

Deuxièmement, les médecins anti #fakemed rappellent que ces professionnels sont « formés chaque année par des organismes inconnus, comme par exemple la “faculté libre de naturopathie”, au nom volontairement trompeur ». Troisièmement, que la DGCCRF a repéré « de nombreux défauts d’informations sur le prix des prestations et des produits ».
 
Telles sont les raisons pour lesquelles le collectif considère que les pouvoirs publics doivent désormais prendre leurs dispositions « par rapport au foisonnement de formations illusoires, de procédés trompeurs et de revendications illégitimes concernant le champ de la santé ».
 
Et de réclamer « la mise en place rapide et pérenne d’une plateforme de signalement des pratiques trompeuses, afin de garantir une information loyale et la sécurité des consommateurs de pratiques non conventionnelles ».
 
Enfin, le collectif en profite pour régler ses comptes avec le Conseil de l’ordre, qui « reste silencieux et préfère s’associer à des plaintes visant les membres du Collectif FakeMed qui cherchent pourtant à mettre en lumière ces pratiques au mieux inutiles, souvent dangereuses pour les patients ». Un Conseil qui statuera en janvier prochain sur le sort de dix médecins du collectif, suite aux plaintes déposées par les homéopathes.

Note :
1 : qui ont pour objet « d’affirmer faussement qu’un produit ou une prestation de services est de nature à guérir des maladies, des dysfonctionnements ou des malformations »
Portrait de Julien Moschetti

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