A l’ISNI, Gaétan Casanova repart pour un tour

L’InterSyndicale Nationale des Internes a réélu à sa présidence Gaétan Casanova. Il fait pour nous le bilan d’un mandat passé et celui des combats à venir.

Je n’ai jamais été aussi fatigué, mais je n’ai jamais été aussi heureux », résume Gaétan Casanova qui vient d’être réélu à la présidence de l’ISNI. Une réélection qui marque la confiance des syndicats d'internes de France et qui le galvanise. « Quand on est médecin, le stress est presque inhérent à la profession. Ça me fait turbiner ! »

Pourtant, son arrivée à la tête de l’ISNI n’était pas écrite d’avance. « Comme souvent, ce sont des concours de circonstances qui m’ont amené ici ». A 32 ans, Gaétan Casanova à d’abord fait du droit avant d’atterrir en médecine. « Je suis interne en santé publique mais avant j’étais en anesth-réa… et je m’ennuyais beaucoup, sauf lors de mon stage de prise en charge de la douleur, car il y a une vraie relation avec le patient. Mais j’étais malheureux, je m’ennuyais. J’étais déjà engagé dans des associations, et je me disais que je pourrais donner un coup de main. J’ai contacté l’ISNI et de fil en aiguilles, me voilà président de l'intersyndicale », explique-t-il dans un sourire.

On ne peut ignorer le contexte de cette réélection, en pleine campagne présidentielle. « Ca a un bon côté, il faut acheter quand c’est pas cher, et là, c’est pas cher ! Tout le monde veut être élu. On a tendance à faire pas mal de promesses à droite, à gauche mais si ces promesses améliorent les conditions de vie et la santé mentale des personnes qui soignent, je suis satisfait », estime Gaétan Casanova. « La campagne, c"est l'opportunité d’être entendu, de rencontrer les candidats, ils sont plus disponibles. »

On fait l’bilan

Qui dit réélection dit bilan du mandat précédent. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ISNI a eu du pain sur la planche. « Un de nos combats qui a marqué, qui a eu de nombreuses ramifications, c’est la campagne ‘Protège ton interne’ », rappelle Gaétan Casanova. Cette dernière avait été lancée pour lutter contre les violences et le harcèlement. « Assez rapidement, cette question, ainsi que l’omerta qui l’entoure, commençait à se résoudre suite à l’ouverture de plusieurs enquêtes de polices. »

Un autre élément a émergé, lors des vagues successives de Covid. « Il y a eu un mouvement d’angoisse des internes épuisés. On leur a dit : ‘il va falloir vous en demander plus’. Or, à ce stade, demander plus, c’est demander trop. Et par extension, c’est transformer un hôpital qui soigne en un hôpital qui tue. Quand on est épuisé, on fait des bêtises et on risque de causer des dommages. Un dommage évidemment pour les patients, mais aussi pour le praticien qui va se dire ‘je suis en train de faire du mal à mes patients car je suis épuisé’. »

L’épuisement professionnel a aussi amené à la question du décompte du temps de travail. « Cela a eu un retentissement très important. Rarement l’ISNI a eu une visibilité aussi importante, on s’est positionné comme référent pour alerter la population : dire ce qu’est un interne, ce que fait un interne, sa souffrance et les conséquences que ça peut avoir sur les patients. »

En avant toutes !

La première décision prise par Gaétan Casanova ? « Raccourcir mon mandat ! » Il entre en fonction au mois d’octobre. « On débarque en plein PLFSS, en plein débat parlementaire, c’est dur de savoir par où commencer. J’ai demandé à raccourcir mon mandat qui se terminera au mois de juin ; la nouvelle équipe dirigeante sera en fonction au mois d’août. Cela lui laissera donc le temps de mieux se préparer. » Parmi les priorités en interne, la formation au syndicalisme. « Il y a une nouveauté, tous les internes pourront désormais prendre 5 jours de congés syndicaux pour se former aux questions syndicales ».

Le syndicalisme, c’est presque comme une activité médicale 

Pour les actions prévues, deux volets majeurs. Le premier consiste à préparer la présidentielle. « Nous ferons des propositions sur 6 thèmes :

  • L’accès au soin ;
  • L’environnement en santé ;
  • Le numérique en santé ;
  • La gouvernance ;
  • Le financement ;
  • La promotion de la santé chez les jeunes. »

Le deuxième point : « continuer à lutter contre les violences, le harcèlement et pour le respect du temps de travail, contre l’épuisement professionnel. Quand des internes rentrent chez eux et pleurent car ils font des erreurs par épuisement, c’est un combat à mener sans relâchement ».

Se donner les moyens

« Il n’y a pas qu’un seul angle d’attaque. Nous allons continuer le travail entamé. Nous agirons chaque fois que l’on sera mis au courant de situations dangereuses pour les internes et qu’il n’y a pas de mesures prises. S’il y a matière à poursuite judiciaire, on le fera, s’il faut prévenir la presse, on le fera, à chaque fois qu’un fait de souffrance ou une infraction pénale sera révélée, l’ISNI portera plainte ».

Sur le temps de travail, l’ISNI va continuer son action de sensibilisation de la population. « On veut continuer de dire aux gens que derrière les 80-90-100h de travail des internes, il y a des risques. Un risque d’accident de voiture si on conduit sans dormir, un risque que les patients en fassent les frais avec des erreurs de dosage, de prescription… C’est une priorité nationale, on doit se serrer les coudes. » 

Gaétan Casanova se qualifie d’"optimiste mélancolique". Il a conscience qu'il reste du chemin à parcourir : « mon travail sera complet le jour où les pouvoirs publics auront compris l’urgence de traiter ces problèmes, là je pourrais partir lire des bouquins et me reposer ». En attendant, il continue la lutte, toujours avec enthousiasme. « On donne un message d’espoir à des personnes isolées, perdues. On est là, on les défend, c’est extraordinaire. Ca me rend heureux, c’est un prolongement total de mon engagement en médecine, de diminuer la souffrance des personnes. Le syndicalisme, c’est presque comme une activité médicale ».

Portrait de Constance Maria

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