Les médecins vus par les kinés : "Laissez-nous faire, ça va bien se passer !"

Les médecins ont tendance à fonctionner dans une bulle qui les empêche d’entendre ce que les autres soignants ont à dire. C’est pourquoi What’s up Doc a décidé de demander à différentes catégories de professionnels de brosser le portrait de praticiens qu’ils côtoient. Cette fois-ci, ce sont les masseurs-kinésithérapeutes qui tendent un miroir aux médecins.

« Kinésithérapie, rééducation des 4 membres, 20 séances. » L’ordonnance est à peine dans les mains du patient que le médecin qui vient de la rédiger est passé à autre chose, happé par d’autres préoccupations. Mais pour le masseur-kinésithérapeute qui va exécuter la prescription, ce document est bien plus qu’une simple feuille de papier. C’est un commencement, le début d’une prise en charge… et bien souvent le seul et unique contact qu’il aura avec le médecin. Car il ne faut pas se leurrer, les kinés ne passent pas leur temps en réunions avec les médecins. « Je qualifierais les relations que j’ai avec les médecins de sporadiques, même si elles sont toujours de bon aloi », explique Éric Charuel, qui exerce à Paris.
 
Même constat de la part d’Anthony Halimi, installé à Dijon. « C’est difficile d’avoir de véritables relations interprofessionnelles avec les médecins, nous sommes tous contraints de travailler un nombre d’heures relativement important qui nous rend peu disponibles », regrette le Bourguignon. Mais les deux kinés remarquent toutefois qu’ils n’ont généralement pas de mal à joindre les praticiens quand ils en ont besoin. Leya*, qui travaille en région parisienne, abonde dans ce sens. « Quand je me suis installée, j’ai mis du temps à oser appeler, à oser demander de l’aide, mais finalement je n’ai eu que des retours très positifs », se souvient-elle. Ce qui ne veut pas dire que les kinés n’ont aucune remarque à faire à leurs collègues médecins.

Le kiné, cet inconnu 

L’un des principaux reproches à l’égard des médecins est leur trop fréquente méconnaissance de l’étendue des compétences des kinés. « Je pense que beaucoup de médecins ne sont pas au courant de tout ce que peut faire un masseur-kinésithérapeute », estime Anthony. Il remarque par exemple que beaucoup ne prescrivent souvent la kinésithérapie que trop tard, « en dernier recours, après plusieurs infiltrations ou autres actes thérapeutiques ».
 
Et il s’agit selon lui d’un problème de santé publique. « Si médecins et kinés se comprenaient mieux, beaucoup d’actes inutiles pourraient être évités », estime-t-il. Leya a d’ailleurs décidé d’agir concrètement pour s’attaquer au phénomène : l’un de ses projets consiste justement à mieux informer les soignants de son territoire. « Je voudrais proposer des formations sur nos compétences aux médecins locaux, par exemple sur les modalités de prescription », détaille-t-elle.

À quand l’accès direct ?

La prescription est bien évidemment au cœur des préoccupations des masseurs-kinésithérapeutes. Éric trouve par exemple que les ordonnances de certains praticiens sont trop détaillées. « Dans bien des situations, on n’a pas besoin du nombre de séances à effectuer, note-t-il. Parfois, la mention "kinésithérapie" est amplement suffisante. »
 
De manière plus polémique, les kinés souhaitent une extension de leur champ d’action, et voudraient notamment pouvoir se passer de prescription médicale pour un certain nombre de cas. On a vu que l'idée, qui figure dans le "pacte de refondation des urgences" présenté par Agnès Buzyn en septembre dernier, avait le don de hérisser le poil de certains médecins.
 
C’est toutefois la position défendue par Daniel Paguessorhaye, président de la Fédération française des masseurs-kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR), le principal syndicat de la profession. « Pour la petite traumatologie, ou les bronchiolites, l’accès direct permettrait une prise en charge plus rapide, une moindre perte de chance pour le malade, le tout à moindre coût pour l’Assurance maladie », affirme ce Cadurcien.
 
Sachant le sujet sensible, celui-ci précise aussitôt que l’accès direct devrait se faire « en complète coordination » avec le médecin. Et le syndicaliste d’ajouter très diplomatiquement que les médecins ne doivent pas « s’arcbouter sur des combats d’arrière-garde », mais plutôt « prendre conscience que la prise en charge d’un patient doit se faire de manière partagée avec l’ensemble des professionnels qui tournent autour ». Une injonction que Leya résume à sa manière : « Médecins, venez nous parler, n’hésitez pas, on est là ! ».
 
* Nom d’emprunt.
 

Portrait de Adrien Renaud
article du WUD 46

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