Le dossier patient informatisé fait perdre plus de temps qu’il n’en fait gagner

Et grignote le temps de consult'

Une étude américaine parue début septembre dans Annals of Internal Medicine a calculé le temps que les médecins passent à gérer les données patient. Le constat est sans appel. Moins de 30 % de leur temps est réservé aux malades. Malaise. 

 

C’est un problème récurrent dans le milieu médical. Le temps alloué au traitement de données patient est souvent bien supérieur à ce qu’il devrait être. C’est en tout cas ce que décrit une étude américaine parue dans Annals of Internal Medicine. Cette publication, modeste (elle se base sur un panel de 57 praticiens répartis dans quatre centres américains), traduit une tendance plus générale : le dossier patient numérisé est trop chronophage. 

Pendant 430 heures, les praticiens de ces quatre structures ont été suivis. Constat : environ 50 % de leur temps journalier est réservé à la gestion des données patient, hors  consultation. Lors de la consultation, l’outil informatique phagocyte environ 30 % du temps du médecin. Ennuyeux, surtout quand on sait que les centres étudiés sont mieux équipés en informatique que la moyenne des centres américains. 

Si le résultat peut sembler anecdotique, il faut se rendre à l’évidence : le son de cloche est le même partout. D’autres études ont été menées, dans des environnements plus classiques, dont notamment une parue dans JAMA en avril dernier. Sur une durée de six mois, les auteurs ont étudié toutes données reçues par les praticiens de trois centres de soins texans. Ils ont ainsi pu établir que la réception et le traitement des données patients prenaient chaque jour plus d’une heure à un médecin, en plus de son emploi du temps habituel. Un chiffre que les auteurs expliquent par la quantité d’informations disponible dans un seul mail, et qu’il faut ensuite traiter l’une après l’autre.  

« Les résultats de ces études ne m’étonnent pas franchement », confie Franck le Ouay, co-fondateur de la start-up Honestica qui développe une plateforme globale de gestion des données de santé. Pour lui, il y a un premier pas élémentaire à franchir : celui de la simplicité d’utilisation. « Cela ne tient pas à grand chose », précise-t-il. « Il faudrait par exemple déjà faire en sorte que le nom du patient s’affiche systématiquement dans l’objet du message contenant le compte-rendu. »

Un espoir à l‘horizon 2018 ?

Pour le Dr Juan Sebastián Suárez Valencia, président de la commission R&D de France EHealth Tech, le constat est le même : les outils informatiques actuellement à la disposition des médecins ne sont pas adaptés et leur font perdre plus de temps qu’autre chose. « C’est un peu comme si vous disiez à un général avec les yeux bandés, sans aucun moyen de communication et avec les mains attachées dans le dos : "va gagner la guerre, et interdiction de faire des morts" », ironise-t-il. Selon lui, la circulation des données se heurte à trois problèmes principaux qui font perdre un temps précieux au praticien. 

Il y a d'abord  la question de la quantité. Plus le temps passe, plus on accumule d’informations sur les malades, et mieux il faut les organiser. Secundo, pour accompagner le traitement, il faut pouvoir accéder aux dernières reco, aux dernières études et pouvoir les analyser rapidement pour appréhender au mieux le patient et sa pathologie. Enfin, le patient doit avoir accès à ses propres données tout en laissant à son médecin la possibilité d’interagir avec son dossier. Et si cela ressemble à un chantier titanesque, Juan estime que les systèmes informatisés devraient connaître de belles avancées à l’horizon 2018. 

En attendant, on peut commencer par de petites touches et ne pas oublier de donner aux médecins les clés d’utilisation des logiciels. « J’observe encore certains médecins pour qui le raccourci clavier est une notion abstraite… tout passe par le clic droit », sourit Franck Le Ouay. 

Source: 

Johana Hallmann

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