L'auteur, le cinéaste et la Mort

Faisons de cette Toussaint l'occasion de parler de deux morts cinématographiques, nées de la plume du Dr Henri Duboc, auteur de plusieurs romans, qui semble avoir rencontré son binôme du 7ème art, le réalisateur Jean-Patrick Mulon. Nous avons eu la chance d'assister à la première jeudi 14 octobre de deux court-métrages : "Naissance, Vie et Mort de Dieu" et "Pasteur", extraits et adaptés de la trilogie de romans "Dieu 2.0".

Naissance, Vie et Mort de Dieu

Affiche NVMD A2 300ppp

La projection a donc commencé avec Dieu lui-même, de son éveil à sa fin, en 17 minutes : la vie de l'humanité à l'échelle du monde. Le texte et la mise en scène proposent un regard plein d'humour sur cette humanité et la spiritualité.

L'interprétation des trois personnages, Dieu, Gabrielle et Lucifer, est portée par trois médecins amateurs, mais entourés de professionnels du métier et conduit admirablement, et avec semble-t-il bienveillance, par Jean-Patrick Mulon. Ainsi se retrouvent en action les Drs Flavien Kimoko, Valentine Baïssas et Henri Duboc. Il aurait tout de même fallu un certain nombre de pommes pour aller au bout de cette humble création...

Finalement, on se fait servir ce court-métrage comme une flûte de champagne dont les bulles pétillent sur la langue avant de provoquer une douce euphorie. En l'occurence ce soir-là, un apéritif avant la suite...

 

Pasteur

AFFICHE VDEF A2

Il fallait ne pas craindre de s'attaquer à ce monument de l'histoire de la médecine, et même de l'Histoire tout court ! "Et pourquoi pas ?" dirait Henri Duboc qui a usé des semelles dans les couloirs de l'Institut parisien... Il y a, en imaginant la mort de cet homme et sa confrontation au religieux, matière à faire se rencontrer - grâce à madame - sciences et religion, rationnel et émotionnel, et finalement rencontrer la condition humaine car toute mort nous renvoie à notre simple humanité.

Ce texte écrit bien avant la pandémie que nous connaissons, ce court-métrage préparé avant ce tsunami, prennent un sens peut-être encore plus puissant après ces mois que nous avons traversés.

Pasteur (Jean-Pierre Dauphin) sur son lit de mort se voit quasi contraint - mais il y cède aussi - d'échanger pour les derniers sacrements avec un prêtre (Rémi Picard) que sa compagne (Florence Monge) fait entrer. Celle-ci, ne sera pas que témoin mais le catalyseur discret, le réactif de la solution, permettant à Pasteur de partir apaisé. Ce qui ne sera pas vraiment le cas du religieux... 

Leurs propos houleux illustrent les bras de fer et les étreintes entre sciences et religion. Mais il est aussi question d’homme, quoi qu’il en soit, avec leurs défauts, leurs qualités, leurs affects et leurs valeurs au-delà des rationalisations et des lois. Car derrière la joute verbale, il est tout de même question aussi - passé le bilan de ce qu’on a apporté aux autres et de ses réussites - de quitter les siens la conscience apaisée du poids des remords et des douleurs morales. Les derniers mots de poésie qui apaisent le mourant, et probablement la future veuve, permettent d'ailleurs de quitter la scène, quand il quitte la vie, en s'appuyant sur ce magnifique outil de défense psychique qu'est la sublimation. 

Il faut dire quelques mots des compositions musicales d'Alexis Pruniaux qui accompagnent merveilleusement ces deux films. Ce travail très fin réussit à accompagner et transcender la réalisation. Dans "Pasteur", les notes finales et les quelques vers de poésie contribuent à éteindre la caméra en laissant le spectateur dans l'intimité que provoque toute mort.

Applause...

 

Source: 

Retrouvez toutes les infos sur les films : https://dieu2p0.com 

Portrait de Alice Deschenau

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