La remontada des labos d’analyse médicale

La consommation d’analyses et prélèvements a bondi de 37,4%, avec un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros en 2020. Le parcours était pourtant semé d’embuches au début de la crise sanitaire, mais la profession a su mettre en avant son expertise.

Un beau retour dans la course. Initialement écartés par les autorités sanitaires pour la réalisation des tests RT-PCR en mars 2020, les laboratoires d’analyses médicales ont réalisé de très beaux chiffres d’affaires en 2020, et l’année 2021 s’annonce tout aussi florissante. « Oui, nous avons dégagé des bénéfices mais c’est à mettre en rapport avec tout le personnel embauché et le matériel acheté. Lorsque le volume des tests va baisser, quid de tout le personnel embauché en CDI ? », nuance le Dr Lionel Barrand, le président du syndicat « Les Biologistes médicaux » (anciennement SNJMB- syndicat national des jeunes médecins biologistes), qui exerce à Strasbourg.
Le volume de tests est tel depuis mars 2020 -et à fortiori depuis la mise en place du pass sanitaire- qu’il a fait monter en flèche les bénéfices des labos. Entre mars 2020 et mars 2021, 67 millions de tests antigéniques et RT-PCR ont été réalisés. Cet été, après l’instauration du pass, le rythme de croisière se situait entre 5 et 6 millions de tests par semaine ! Depuis début septembre ce nombre est en légère baisse (4,6 millions/semaine), une décrue qui devrait s’accentuer avec la fin du remboursement systématique par la sécurité sociale à compter du 15 octobre.

Pénuries de matériel et de personnel
La gestion du début de crise s’était pourtant faite « dans la douleur », dixit Lionel Barrand. « Au printemps 2020, tous les médecins et pharmaciens biologistes de France ont passé leur temps à se battre pour obtenir des machines permettant d’analyser les PCR, des réactifs, des écouvillons et même des masques », rappelle le biologiste. La tension mondiale sur l’ensemble de ces approvisionnements et la mainmise chinoise et américaine ont même rendu indispensable la tenue d’un fichier commun avec le cabinet du premier ministre chaque semaine. Le manque de personnel a été très difficilement jugulé. « Tout le monde cherchait en même temps des secrétaires, des techniciens et des infirmiers pour réaliser les tests PCR, c’était la catastrophe… Idem pour les médecins et pharmaciens biologistes, on en cherche tout le temps », indique le Dr Lionel Barrand. Ces personnels ont dû supporter des horaires à rallonge et des agressions de patients. Ce qui, pour un certain nombre d’entre eux, s’est terminé en burn-out. Un rythme de croisière a néanmoins été trouvé fin 2020. Cet été 2021, les problèmes d’approvisionnement n’ont été que ponctuels et isolés, en revanche les difficultés de recrutement de personnel persistent.

Une mise en lumière de la profession
Si un certain nombre de décisions nationales (labos écartés des tests-PCR, pas de dotation en masques, etc… ) ont été vécues comme autant d’humiliations par les biologistes, l’environnement local a été très propice à la concertation.
« Les autorités locales se sont constamment tournées vers nous. Nous sommes en réunion chaque semaine avec les ARS, les hôpitaux, et avons créé un vrai partenariat de confiance qui va peut-être s’étendre sur d’autres dépistages », salue le Dr Barrand. De nouveaux groupes WhatsApp sont même nés, entre médecins biologistes et libéraux dans les régions, facilitant les questions et échanges d’avis.
C’est ainsi que les missions de prévention (diabète, IST) et de dépistage des pathologies ou infections (VIH, cancer colorectal, cancer de l’utérus…) des biologistes pourraient sortir renforcées de cette crise. « Nous espérons capitaliser sur cet effet de projecteur pour mettre en lumière toutes les facettes de notre profession, peu attractive à l’heure actuelle. Entre le virologue, le biologiste qui fait des diagnostics, celui qui fait de la qualité, du management, de la recherche ou monte des projets dans les CPTS, la variété de nos missions est passionnante », décrit le président des Biologistes médicaux.
Autre acquis de cette crise : le développement à marche forcée de la paillasse moléculaire. Alors que la France accusait un retard notable sur la technologie PCR par rapport à ses voisins -allemands notamment- la crise Covid a obligé les labos à s’équiper. La technologie PCR est désormais utilisée pour les IST, le HPV, etc… Une évolution qui était très attendue des jeunes biologistes.  

Portrait de Sophie Cousin

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