La Paces est morte… Vive la Paces !

Portail santé remplace la paces
On prend les mêmes et on recommence ?

Les syndicats étudiants s’inquiètent des pistes évoquées par la Conférence des doyens pour le remplacement de la première année de médecine. Le mode de sélection et le manque d’intégration dans le parcours universitaire ne changent pas assez à leur goût.

« Ils ont proposé quelque chose qui a l’odeur de la Paces ». Le « Portail santé » imaginé par la conférence des doyens d’universités semble loin de convaincre l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf) et son vice-président chargé de la Paces et de l’enseignement supérieur, Pierre-Adrien Girard. Interrogé par What’s up Doc, il revient sur les propositions faites par les doyens et sur la tribune que les syndicats étudiants ont rédigée en réaction, dans l’Obs.

« Globalement, on retrouve la structure de la Paces, avec une sélection », résume-t-il. « Il y a toujours une filiérisation au cours de la deuxième année et ce qui change, c’est la suppression du redoublement, comme ce qui se fait déjà dans plusieurs facs ». Manque de temps pour mettre une réforme systémique en place, ou manque de volonté par peur de perdre « l’élitisme » de la filière médicale ? Quelle que soit la raison de la frilosité des doyens, ils ne semblent pas encore totalement prêts à faire la révolution.

Portail santé VS majeure santé

La Conférence des doyens propose un « Portail santé », qui serait toujours une première année sélective de préparation aux études de santé, estiment les syndicats étudiants. Elle serait soumise à l’impératif d’avoir suivi trois ans de SVT au lycée, excluant ainsi les profils issus des filières non scientifiques. Ce qui tombe un peu à l’opposé de ce qui était recherché pour cette réforme de la première année de médecine.

« Nous défendons l’idée qu’on puisse rentrer dans les études de médecine à partir de n’importe quelle autre filière » explique Pierre-Adrien Girard. L’idée serait d’intégrer la médecine dans un parcours universitaire, avec des doubles cursus possibles. « Nous soutenons la création d’une majeure santé, une licence faite pour tous les métiers qui tournent autour de la santé », détaille le VP de l’Anemf. Elle réunirait les futurs médecins, sages-femmes, pharmaciens et autres, mais également des profils destinés à d’autres métiers, dans la bio-informatique ou encore le droit de la santé, par exemple. C’était l’idée de base, défendue du bout des lèvres par Agnès Buzyn et Frédérique Vidal.

Diversifier les profils

Comment faire pour adapter la Paces et sa montagne d’informations ? Pierre-Adrien Girard distingue trois types de connaissances issues de la Paces-concours actuelle. Les connaissances utiles sur lesquelles les médecins ne reviennent pas dans leur cursus, et qui seraient maintenues dans cette majeure santé, les connaissances utiles mais réapprises par la suite, et les connaissances visant à discriminer et sélectionner en première année. Ces deux dernières auraient vocation à disparaître de cette majeure. Ensuite, des mineures viendraient compléter les connaissances utiles pour chaque métier.

Ce système laisserait de la place à l’une des volontés affichée du Gouvernement et de l’ensemble des acteurs : diversifier les profils. Une diversification que valident les intentions des doyens, qui adhèrent à l’instauration de cette mineure santé, labellisée comme filière médicale dès Parcoursup. « Les doyens semblent viser 30 % d’étudiants en provenance d’autres filières dans les études de médecine », estime Pierre-Adrien Girard. « À l’Anemf, nous sommes plus sur du 60/40, voire même à terme du 50/50. Mais nous savons que d’ici 2020, c’est compliqué à réaliser ».

Côté sélection, le numerus clausus disparaît, au profit d’un numerus apertus, un chiffre plus ouvert qui permettra d’adapter le nombre d’admis en fonction de la capacité d’accueil des facs et des besoins des territoires correspondant.

Le changement, c’est maintenant ?

« Le changement est effrayant par nature. Cependant face aux enjeux auxquels nous sommes confrontés il faut faire preuve de courage et d’ambition », concluent les syndicats dans leur tribune. Mais réunir les responsables des enseignements de médecine, de pharma, de maïeutique et tous les autres concernés, pour revoir complètement leur mode de sélection dans un temps aussi court – la réforme doit être prête pour Parcoursup 2019-2020 –, ce n’est apparemment pas si simple !

Un texte législatif est en cours d’écriture. Un texte « très light » qui actera la fin de la Paces et du numerus clausus, explique Pierre-Adrien Girard. Pour les détails, il faudra attendre les décrets et les arrêtés qui suivront. En attendant, il faudra bien s'habituer au flou.

Retrouvez La Consult' d'Agnès Buzyn et Frédérique Vidal

Portrait de Jonathan Herchkovitch

 

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