KEROS : le genou lu par l’IA

Ne pas rater de lésions majeures, ni perdre de temps sur des cas simples. Telle est l’ambition affichée de KEROS, dispositif d’intelligence artificielle appliqué à l’IRM du genou. Gaspard d’Assiginies, radiologue, chercheur et co-fondateur de la startup Incepto qui a créé KEROS, nous explique ses atouts.

Incepto, c’est une startup qui a un peu plus de 3 ans d’existence. Son but ? Centraliser sur une plateforme « des algorithmes d’IA appliquée à l’imagerie médicale pour les distribuer dans les mains des cliniciens et radiologues », explique Gaspard d’Assiginies.

Son activité est double. Dans un premier temps il s’agit de trouver des startups d’IA, adaptées à la radiologie et pertinentes cliniquement, donc faire une curation des solutions existantes. Mais c’est aussi un labo de production interne pour trouver des solutions qui n’existent pas. « Un petit peu comme Netflix, qui avant ne faisait que de la distribution et maintenant produit également », image le co-fondateur en souriant.

Pour ce radiologue et chercheur, la pratique de terrain a naturellement fait ressortir un vide qui pouvait être comblé par l’intelligence artificielle. « Après mon expérience universitaire j'ai eu envie de connaître l'univers de la startup. Ces outils d’IA sont très transformatifs pour la médecine et la radiologie surtout, mais il faut des moyens. J’ai choisi le véhicule de l’entreprenariat pour rendre cette intuition concrète. »

Et en tant que radiologue, Gaspard d'Assignies avait une vraie vision des besoins du métier. « On reçoit une quantité d’infos très importante et le cerveau a du mal à les traiter. On se retrouve à faire les aiguilleurs du ciel. On est perdu et il y a toujours la peur de rater des choses. L’IA permet de chercher à résoudre la complexité de l’information », résume-t-il. 

KEROS est un algorithme d’analyse automatique de lésions en IRM de genou. Un terrain particulièrement riche dans le quotidien d’un radiologue. « D’origine traumatique ou dégénérative, les lésions des principales structures anatomiques du genou (ligaments, ménisques, cartilages) sont extrêmement fréquentes : 1,5 million d’IRM du genou sont ainsi réalisées chaque année en France seulement. Ce volume écrasant de données à traiter par les radiologues représente un défi quotidien. Or, une lésion non diagnostiquée ou diagnostiquée tardivement peut avoir des conséquences sur le pronostic fonctionnel des patients (arthrose précoce, etc) », peut-on lire dans le communiqué.

© KEROS - Incepto 

« Rien n’existait et pourtant il y a un vrai besoin », insiste Gaspard D’Assiginies, qui nous détaille les étapes de la création de KEROS. « On identifie d’abord des besoins, ensuite on creuse avec des experts pour se concentrer sur les sujets les plus pertinents. Une fois le cahier des charges en place, il faut acquérir de la donnée, mais ensuite aussi les annoter, créer de l’information. Une fois ces données enrichies, il faut entraîner nos algorithmes pour avoir des performances, ensuite il faut les tester. Puis avoir une validation, obtenir un marquage règlementaire et pour cela, faire des études cliniques de performances ou qualité. Enfin, il faut penser le design du produit pour qu’il s’intègre de manière fluide dans le quotidien des médecins. »

KEROS a passé toutes ces étapes et est déjà utilisé dans 6 établissements. Cette solution est pensée pour offrir un gain de temps mais aussi de qualité de lecture de l’image et en bout de chaîne, réduit la charge mentale du radiologue. Concernant le coût, « comme la quasi totalité des algorithmes d'IA appliqués à l'imagerie médicale, il est fonction du volume d'examens réalisés. Il peut aussi dépendre d'autres paramètres (infrastructure technique existante, homogénéité du parc technique, ...). Cela dit, ce sont des solutions qui sont tout à fait accessibles pour les radiologues, par abonnements mensuels, dont l'ordre de grandeur est autour du millier d'euros », précise Gaspard d'Assignies.

Prochaines étapes pour KEROS « passer à plus grande échelle, diffuser plus largement l’outil avec notamment une ambition de se développer en Europe. Nous avons vocation à y devenir la plateforme de référence. Puis d’ici quelques années, la conquête des Etats-Unis». Avec en parallèle, l’objectif d’améliorer les performances de l’algorithme et de le compléter, « d’autant mieux avec des retours plus larges du terrain ». 

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Portrait de Constance Maria

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