Et Gaspard augmenta la radiologie

Avec l’intelligence artificielle (IA), la radiologie devrait faire un bond en avant. Le Dr Gaspard d’Assignies l’a compris un peu avant tout le monde, en lançant sa start-up Incepto.

Il aurait pu être marin, il est devenu médecin. À cheval entre La Roche-sur-Yon où il pratique la radiologie interventionnelle et la région parisienne où il développe Incepto, Gaspard d’Assignies, 40 ans, a finalement choisi de surfer sur les données de santé et de caboter sur des algorithmes d’intelligence artificielle. Depuis janvier 2018, ce radiologue est à la tête de la start-up Incepto. Il s’agit de la première plateforme – française tout du moins – de radiologie augmentée, en mode SaaS*. Ce qui semble aller de soi – l’application de l’IA pour l’analyse de milliers d’images médicales afin de détecter cancers et autres pathologies – était de l’ordre de la science-fiction lorsque Gaspard finissait son internat à la fin des années 2000.

D’ailleurs, était-ce sa préoccupation ? Non, pas vraiment. L’océan l’attirait plus que les progrès  en imagerie : « Entre la 4e et la 5e années, j’ai pris deux années, dont l’une pour faire une traversée en transatlantique à la voile ». Mais déjà, le numérique le titille puisque Gaspard a aussi consacré un an à travailler un master, à Montréal, sur la problématique du signal et de l’imagerie. Ce brusque intérêt pour l’innovation n’a pas pour autant débouché sur une carrière hospitalouniversitaire classique, vouée à la recherche. « La carrière universitaire me paraissait très linéaire. Après quatre ans de clinicat et une thèse science en poche, plutôt que de continuer, je suis parti m’installer à Rennes ». Pas loin de la mer, en somme, sa passion, tout en pratiquant la radiologie à la clinique Saint-Grégoire.

La révélation

« Mais l’esprit a besoin de se nourrir », et Gaspard d’Assignies puise ses nourritures spirituelles, dès 2015, dans l’oeuvre de Yann Le Cun, chercheur en intelligence artificielle, considéré comme l’un des inventeurs de l’apprentissage profond ou deep learning : soit la capacité d’un ordinateur à reconnaître des représentations (images, textes, vidéos, sons) à force de les lui montrer. La découverte des travaux de Le Cun est pour lui comme une illumination : le deep learning appliqué à l’imagerie médicale permettrait de détecter automatiquement, via l’intelligence artificielle, des patterns que l’on pourrait louper à l’oeil nu.

Clairement, pour Gaspard d’Assignies, il s’agit d’une innovation de rupture. Tel saint Paul sur la route de Damas, Gaspard prend alors son bâton de pèlerin pour convertir ses proches. Premier apôtre conquis, Vincent Barrau, un ami radiologue, qui l’accompagnera dans la création de sa start-up. Mais ce n’est pas assez : Gaspard crée donc le groupe IA au sein de la Société française de radiologie (SFR), et publie à la volée le premier livre blanc sur la question. Fin 2017, le jeune radiologue se sent prêt à franchir le pas et à fonder sa société. « Vincent Barrau m’a présenté Antoine Jomier, directeur commercial de la branche imagerie en France chez GEHealthcare. Nous avons ensemble décidé de nous lancer », se rappelle-t-il. Officiellement, la société est créée en janvier 2018. Après Antoine Jomier, les a rejoints Florence Moreau, « notre troisième associée co-fondatrice, une ingénieure normalienne. Nous avons levé notre fonds d’amorçage d’un million d’euros en mars 2018.»

Réunion de deux activités 

Incepto réunit deux grandes activités : la détection de start-up à même de créer des algorithmes appliqués à l’imagerie médicale, et la création de nouvelles applications. « Nous avons commencé à nouer des relations avec l’une d’entre elles qui fait du dépistage du cancer du sein, et une autre spécialisée dans le dépistage de pathologies pulmonaires en deux dimensions. » Côté création d’outils, « nous avons contracté avec l’hôpital Saint-Joseph, l’hôpital Marie-Lannelongue et un grand groupe privé 3R en Suisse. Nous allons développer trois applications, l’une sur l’IRM du genou, une autre sur l’occlusion digestive, difficile à détecter au scanner, et la troisième sur la pathologie cardiovasculaire. » L’ensemble de ces outils est ou sera disponible sur une plateforme mutualisée : « Le radiologue doit avoir accès à un hub qui regroupe différentes solutions. »

Pour le moment une petite dizaine d’établissements testent les applications d’Incepto. Le marquage de ces premiers outils est prévu pour mars 2020, avant commercialisation. Le modèle économique ? Simple : un abonnement que contractent les établissements de santé. L’avenir ? Les datas en imagerie ne manquent pas vet les applications possibles sont légion. Gaspard ne s’inquiète pas : l’IA ouvre un horizon infini sur un océan d’algorithmes agiles...

* Software as a Service, un modèle d'exploitation sur des serveurs distants.
 

Bio express
DATE DE NAISSANCE › 27 JUILLET 1977
DÉBUT D'INTERNAT › NOVEMBRE 2002
DOCTORAT EN MÉDECINE › MAI 2009
DOCTORAT EN SCIENCE › MAI 2014
DÉPART À RENNES À LA CLINIQUE SAINT-GRÉGOIRE › NOVEMBRE 2014
PRATICIEN HOSPITALIER AU CHU DE RENNES › NOVEMBRE 2015
PH À LA ROCHE SUR YON › NOVEMBRE 2017
DATE DE CRÉATION D’INCEPTO › JANVIER 2018
Portrait de Jean-Bernard Gervais
article du WUD 45

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