Gynéco jolie

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Critique de "Sage-Homme" de Jennifer Devoldère (sortie le 15 mars 2022). Léo rêve de devenir médecin mais échoue à intégrer la deuxième année. Parce que son père n'a pas les moyens de lui payer sa médecine à l'étranger, il intègre le cursus d'études en sciences maïeutiques. Comment accepter une identité professionnelle dont on ne veut pas et à ce point genrée? Le hasard des rencontres et sa foi en son engagement vont bousculer peu à peu ses certitudes.

Gynéco jolie

"Sage-Homme" est un film qui parvient à se défaire d'un formatage extrême pour nous amener vers une vraie émotion. 

Un jeune étudiant maïeuticien se fait caricaturalement rabaisser par une senior un peu cagole et très tête-à-claques, mais chacun est rattrapé par la gravité d’une prise en charge douloureuse : la toilette d’un bébé mort-né qui sera ensuite confié un éphémère instant à sa mère. Cette scène de « Sage-Homme » résume à elle seule le numéro d’équilibriste qui permet au film de ne pas verser dans tout ce qu'il était sur le point d'être, à savoir un objet à la mode et dans l'air du temps, lesté de messages à l'antithèse de la subliminalité.

Ainsi, le scénario empile les poncifs comme un joailler enfilerait des perles, à savoir l'histoire d'un jeune issu de banlieue qui tente de s'extraire des multiples préjugés auxquels il est renvoyé, entre parcours de transfuge de classe et stéréotypies de genre. Cette question de la difficulté qu'il y aurait à être sage-femme quand on est homme, est finalement assez évacuée, à la fois parce que nous sont évitées les blagues lourdaudes sur le sujet mais aussi parce que la réalisatrice préfère se concentrer sur certains aspects pratiques du métier, certes survolés. Malgré tout, elle ne s'exonère pas de la part pédagogique de ce film d'apprentissage, nous montrant parfois un peu plus de matière intellectuelle et organique qu'un téléfilm ou une série de base le ferait. On reste certes dans un descriptif proche du catalogue, où rien ne dépasserait, on a du mal à respirer l'odeur et l'ambiance des services de gynécologie, mais on ne tombe pas non plus dans le clip de promotion des métiers de la santé que l'on aurait pu craindre. 

Ce qui permet à ce film de ne pas être lesté de toute la lourdeur symboligène et lénifiante du produit marketé doublé d’un scénario d’élève appliqué est sans aucun doute lié au choix des deux comédiens : Melvin Boomer - excellent débutant dont la fraîcheur n'empêche pas la rigueur et l'aplomb - et Karin Viard - qu'on ne présente plus mais qu'on prend plaisir à redécouvrir - parviennent sans trop de peine à nous faire croire à cette histoire de rencontre entre deux personnages, à la transmission qui en résulte, bien au-delà des compétences, à l'humanité qui s'en dégage. C'est quand il se resserre sur ces deux-ci que le film nous permet d'oublier tout le reste - le côté à la fois normalisant et idéalisant du contexte - et qu'il se densifie, avec un discours intéressant sur ce qui se joue lors du moment de l’accouchement, pour atteindre pleinement sa thématique la plus intéressante : la part de renoncement dans l'engagement et finalement dans l'accomplissement. Une forme d'Hippocrate inversé (le héros est renvoyé sans cesse à sa classe et à sa place au sein de celle-ci, mais n'est pas un héritier) et plus sirupeux. 

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