Etranglé par la crise Covid, le monde des soignants peut-il se relever ?

Contaminations, journées interminables et des revalorisations insuffisantes de leurs postes et salaires. Le monde des soignants a été ébranlé par la crise sanitaire. Jusqu’au point de non-retour ? Entretien avec Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI).

On le sait, les soignants se battent en première ligne contre le virus depuis un an. « Pendant la crise Covid, 70 000 hospitaliers et 55 000 en EHPAD et IME ont été contaminés », rapporte Thierry Amouroux. Ces données sont celles des syndicats des établissements. « Pour les libéraux, nous n’avons pas de statistiques. On demande régulièrement des données officielles, pour les décès également. Mais nous n’avons rien. A l’étranger, ils suivent de très près les chiffres. Dans les pays anglo-saxons ou en Allemagne, on dispose de données », s’agace Thierry Amouroux.

La crise a aggravé une situation déjà mise à mal. « Le refus de la reconnaissance en maladie professionnel du Covid a fait un dégât énorme sur le moral. Olivier Véran s’y était engagé en mars et finalement cela ne comprend que les morts et ceux placés en assistance respiratoire ». Résultat, des départs en masse. « On est passé de 7 500 postes infirmiers vacants en juin à 34 000 en septembre », déplore Thierry Amouroux.

« On entend tous les jours des collègues qui veulent quitter l’hôpital, les jeunes reprennent les études, les plus anciens, vont travailler en clinique près de chez eux pour s’épargner au moins le temps de trajet. Il y a des pertes de compétences, un turnover continu, c’est dur de construire un projet d’équipe dans ces conditions. »

Le Ségur, des promesses insuffisantes

« La revalorisation ne répond pas aux attentes. Il y a eu tromperie sur la revalorisation salariale. Elle a fait passer de moins 20% à -10% sous le salaire infirmier moyen européen. Au niveau de l’OCDE, la France était 26 sur 29, maintenant elle est 18 ème. Ca reste un mauvais classement. On ne peut pas blâmer les jeunes qui sont tentés d’aller en Suisse où le salaire est le double », explique le porte-parole du SNPI.

 L’hôpital est asphyxié et en réponse on serre la corde. Mais le poteau de la potence sera moderne.

« Le plan Castex sur l’hôpital, de qui on se moque ? 9 milliards en 10 ans en investissements mais on s’en fiche de construire un nouveau bâtiment, notre problème est un manque de budget de fonctionnement : on manque de lits, de matériels, de personnels. On n’arrive pas à fonctionner et on sait que demain va être pire. Mais on continue à faire des économies. La loi prévoit 1,4 milliards d’économie sur le budget des hôpitaux », déplore Thierry Amouroux.

Avant d’ajouter, non sans amertume : « L’hôpital est asphyxié et en réponse on serre la corde. Mais le poteau de la potence sera moderne ».

Que faire pour changer de cap ?

« Il faut vraiment réenchanter l’hôpital, rouvrir les lits, créer des postes attractifs, revaloriser les salaires, reconnaître les compétences des soignants. L’exemple de la vaccination est frappant, il y a un décalage entre les compétences réelles et les compétences légales. On est formé pour ça et on ne peut pas le faire. Cela aboutit à une perte de sens en terme du travail », explique Thierry Amouroux.

« Une prestation n’est pas un enchainement d’actes mais une réflexion clinique. Les patients attendent qu’on leur explique la maladie, le traitement, qu’on les accompagne, il faut du temps, il y a un travail d’écoute, d’accompagnement. On est là pour répondre à leurs besoins. Pendant notre formation, on nous enseigne que chaque patient est unique et doit être traité comme tel, on arrive gonflés à bloc à l’hôpital qui veut des techniciens qui font des actes à la chaîne », se désole Thierry Amouroux. Avant de répéter : « il faut réenchanter l’hôpital. »

Portrait de Constance Maria

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