Emprise de tête

Ciné week-end: La Nina de fuego, de C. Vermut (sortie le 12 août 2015)

Une jeune femme instable qui noue les lacets de son mari - dont on découvrira peu après qu'il est aussi son psychiatre - avant que celui-ci la force à avaler un médicament. Un instituteur envoûté par son élève âgée d'une dizaine d'années. Un père obligé de dépasser les limites pour réaliser le rêve de sa petite fille en train de mourir d'une leucémie. Une maison de maître permettant de réaliser les pires fantasmes d'un paralytique libidineux....Un inventaire à la pervers qui ne lésine pas sur les clichés ni ne brille par son originalité et qui, confié à un réalisateur talentueux et ambitieux, se pare d'une sophistication dont on subodore rapidement l'inutilité.

Non seulement cette vacuité se confirme, mais elle est d'autant plus nauséabonde qu'elle s'accompagne d'un sous-texte pseudo-intellectuel brodant autour de la dualité raison/passion dont on se demande ce qu'il vient faire là tant les caractères présentés semblent dénués de la moindre humanité.

Almodovar a cautionné ce film qui se réclame clairement de lui, et on se demande bien pourquoi. Lui dont le talent a toujours été de rendre acceptable voire aimable l'impensable au moyen d'une mise en scène flamboyante et d'une empathie envers ses personnages, ce qui est exactement l'inverse ici (malgré, reconnaissons au moins cela, une direction d'acteurs impeccable)...

Devant tant de misogynie - évidemment, la personne la plus perverse est la jeune femme borderline qui cache sa monstruosité derrière une froideur et des vêtements qui la sanglent - et tant de cruauté infligée au spectateur - le pire semble toujours à venir et il ne nous sera pas épargné - , tant de froideur aussi, on aperçoit pourtant plutôt l'ombre de Lars Von Trier. Tant de vanité et de vacuité nous permet de nous rappeler que la manipulation voire la fascination exercées par le pervers narcissique n'ont pour autre but que de cacher un vide abyssal.

Au final, la violence - explicite ou non - de cet empilement de scènes ne semble se justifier qu'en tant qu'échappatoire à un ennui et qu'alibi à l'invraisemblance. Et force est de constater qu'au scénario, comme au puzzle dont il est question dans le film, il manque trop de pièces pour rendre l'exercice appréciable.

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Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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