Délit de grossesse

Critique de "Enorme" de Sophie Letourneur  (sortie le 2 septembre 2020). 

Claire, pianiste de renommée internationale, passe sa vie autour du globe flanquée de Fred, son mari et agent. Elle n'imagine pas avoir le temps, ni la place, pour un enfant dans leur vie. Mais l'horloge biologique tourne, et ce n'est pas celle de qui on pense... Sophie Letourneur signe avec trois fois rien, hormis son sens de l'absurde et le talent complice de son duo de comédiens, une comédie culottée.

Évacuons d'emblée la ridicule polémique née de l'intervention mal à propos d'une chroniqueuse en manque de buzz à propos du film Enorme, comédie sans conséquence et idéale pour la rentrée : quand bien même provoquer une grossesse chez une femme qui ne désire pas d'enfant est immoral, voire pénalement condamnable - dans une inégalité de genre qui, dans ce sens, ne choque personne - , on ne voit pas pourquoi cela ne pourrait pas servir d'argument pour une comédie. Au contraire, il suffit de voir Jonathan Cohen enfiler de façon jouissive le costume de Fred, quarantenaire confit d'égoïsme, pour se convaincre qu'avec Enorme, Sophie Letourneur a ce truc en plus pour hisser le film sympatoche un cran au dessus.

À l'image de ses deux comédiens, impeccables dans des registres totalement différents - Cohen en fait des caisses tandis que Foïs choisit fort à propos de baisser son jeu d'un octave - la réalisatrice ajoute à chacune de ses scènes quelque chose d'inattendu, de décalé, que ce soit dans le cadrage ou encore dans la tonalité de jeu - ou de non jeu - dont elle enveloppe ses différents personnages. En résulte un sens de l'absurde assez bluffant, d'autant que la cinéaste se laisse la liberté, le droit, de plus en plus rares dans ce milieu, de taper à côté. Une volonté brouillonne de ne pas millimétrer qui n'encombre aucunement la forme ni le propos du film. D'où l'inutilité des controverses : Letourneur se contente juste de renouveler, avec sa fraîcheur et son originalité, la comédie de caractères, un art français s'il en est.

On vous laissera le plaisir de découvrir les scènes d'anthologie qui égrènent le film, l'intervention rouée d'une mère juive, la façon dont Marina Foïs - qui fume au neuvième mois parce qu'elle a bu du vin, qui lui-même accompagnait le camembert - dézingue les clichés politiquement corrects de la grossesse... Et l'on notera que, mine de rien, un bel hommage est rendu à tous ces corps de métier qui accompagnent les parturientes et leurs conjoints dans leurs névroses les plus diverses. Enorme : burlesque, mais pas que...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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