De quoi les déserts médicaux sont-ils le nom ?

Les déserts médicaux sont d’abord l’expression d’une émotion populaire vive, d’un sentiment d’inquiétude relayé sans discernement par les élus locaux qui tentent À longueur de discours de théoriser sur cette désertification.

« Les jeunes ne veulent plus s’installer (…) plus travailler (…) plus porter de sacerdoce (…) plus s’imposer d’isolement géographique pour eux-mêmes, leurs familles, leurs enfants, (…) plus s’éloigner de leur conjoint(e)… » Oui, peut-être… et  mais ne peut-on y voir d’autres  raisons ?

Les mêmes hommes et femmes politiques promeuvent une santé publique malthusienne qui vide les campagnes et les zones urbaines, encouragée par la Sécu et les syndicats médicaux via le déremboursement de la médecine de ville et la désorganisation des soins.

Nouvelles organisations du XXIème siècle et crise économique violente sont autant de bouleversements qui renforcent les peurs et favorisent les résistances aux changements. Le droit à la santé pour tous justifie toutes les émotions. La santé est devenue un exutoire.

La crainte des déserts médicaux trouve ses racines dans les attentes irrationnelles du XIXème qui entretiennent les consciences dans un schéma de santé universelle, gratuite et accessible à tous. De fait, chaque commune revendique la nécessité d’avoir son médecin, son hôpital, ses services d’urgences, ses maisons de retraites, etc. Même les médicaments doivent se défaire de leurs effets secondaires… La médecine a été mystifiée et déconnectée de sa réalité.

Il faut revenir à un discours plus rationnel et se souvenir que la médecine n’est marquée ni du sceau de la facilité, ni de celui de la certitude.

Les déserts médicaux sont bien souvent une récupération politique servant l’idée d’un essoufflement de l’attractivité libérale, particulièrement pour la médecine générale dans les zones difficiles. Réalité ou simple effet de la courbe démographique ?

Quoi qu’il en soit, ce manque d’attrait pour certaines zones est entretenu de convention médicale en avenants conventionnels. Le « recul du libéral » évoqué aboutit à la justification de l’établissement de mesures drastiques allant des obligations d’installation à l’exercice salarié.

Pourtant, des réponses existent mais peinent à être appliquées. Avant tout, doter les soignants de moyens organisationnels nécessaires à un exercice satisfaisant pour tous et développer les coordinations pluri-professionnelles. S’organiser en équipe, c’est le maître mot, la clé d’un exercice moderne, un modèle dans lequel se reconnaissent les jeunes générations médicales, organiser les trajectoires de vie professionnelle ensuite et construire une protection sociale digne de ce nom.

A quand le réveil des consciences ?

Les déserts médicaux ne sont pas la maladie, ils sont le signe de notre désorganisation. Imposons-nous un nouveau système collectif, pluriprofessionnel, en équipe de soins et des déserts médicaux pousseront alors des oasis.

*MOK est Médecin généraliste, auteur du blog « Panser la santé », ancien président du syndicat MG France et fondateur de l’association « Soins coordonnés ».

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article du WUD 7

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