Comment réagir face à une erreur médicale ?

Marc Chanelière est médecin généraliste. Dans un ouvrage paru aux éditions Le Coudrier, il raconte pourquoi il juge important de dédramatiser les erreurs médicales et comment y faire face sans oublier de prendre soin du patient.

WUD. Parler d’erreur médicale en médecine est assez peu répandu, et vous, vous écrivez un livre à ce sujet avec des témoignages de soignants. 
 
Marc Chanelière. L’idée était de faire un livre didactique avec des cas pratiques. C’est un livre qui parle de la sécurité du patient avant tout. D’un côté, je partage l’idée qu’il reste beaucoup à faire pour plus de bienveillances dans les soins. Mais en même temps, je ne peux pas croire que les soignants ne soient pas engagés dans une volonté de prendre soin des patients. 
Néanmoins, force est de constater que c’est un thème peu abordé. Ça fait une quinzaine d’années que je réfléchis sur cette notion d'erreur. Puis, je suis arrivé à cette notion “de la sécurité des soins”. De plus, quand on amène des cas pratiques, ça permet de s'identifier, tout simplement.
 
WUD. Certes, mais l’erreur médicale reste encore perçue comme un échec. Quand cela arrive, quelle est la marche à suivre ?
 
MC. Il est nécessaire de d’abord faire attention au patient. Pensez à lui, à sa sécurité, aux soins. A son bien-être aussi. Une fois que l’on a dit ça, il y a le soignant qui doit gérer cette épreuve. Ne restez pas seul, parlez-en. Et le troisième temps, c’est l’après : comment mettre en place un système pour éviter que cela se reproduise ? Les erreurs, ça arrive. C’est assez banal et dans les 3/4 des cas, il n’y a pas de conséquences graves. Néanmoins, voir ce que l’on peut changer pour éviter que ça revienne est fondamental. L’erreur doit servir à nous améliorer. 
 
WUD. Il arrive aussi que ces erreurs médicales soient dramatiques pour les patients. 
 
MC. Oui, c’est exact. Pour les erreurs graves, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide, à s’entourer de praticiens compétents. Quand c’est grave, on a souvent des soignants qui sont souvent en peine. Et là, il est vraiment important de ne pas rester seul. Ne pas oublier la bienveillance envers le patient, tout en prenant soin de soi. 
 
WUD. Ce que vous dites aussi dans votre ouvrage c’est que prendre soin des patients, c’est avant tout prendre soin de soi. N’est-ce pas paradoxal de penser d’abord à soi pour parler du bien-être des patients ?
 
MC. Non parce qu’il faut être capable d’en parler, de se remettre en cause et d'avancer ensemble. Cela déconstruit aussi les représentations actuelles sur le médecin sûr de lui, fort, puissant qui ne se trompe jamais. L'erreur est extrêmement banale, on en fait tous les jours. Se remettre en cause, demander de l’aide peut aussi être protecteur face à l’épuisement professionnel que l’on rencontre. Prendre le temps de l’écoute est essentiel dans notre pratique. La question n’est pas de savoir si un médecin va faire des erreurs, mais quand et comment limiter les conséquences. Il faudrait vraiment réhabiliter le droit à l’erreur. La personne la plus dangereuse n’est pas celle qui va vous dire ‘oui je peux me tromper’, mais celle qui ne va jamais se remettre en cause et ne jamais dire “je me suis trompé”
 
WUD. Mais là encore, mettre en doute son propre diagnostique n'est-ce pas aussi faire peur aux patients ?
 
MC. Pas du tout. Les patients sont demandeurs de cette parole. De ce doute, de cette écoute. Dire “je ne sais pas, on va suivre ensemble l’évolution de vos symptômes" est une force qui est préférable à l’idée de poser une chape de plomb, sans laisser la place au doute. L’erreur peut être là pour nous rassembler, tous, plutôt que de nous diviser. 
 

 

Source: 

Prendre soin des patients en toute sécurité, Marc Chanelière aux Editions Le Coudrier

Portrait de Elodie HERVE

Vous aimerez aussi

En raison des troubles psychologiques observés chez les soignants confrontés à la Covid-19, l’Académie de médecine demande un suivi à long terme de...

Convoqué par l’Ordre des médecins à la suite de la publication des résultats de son traitement à l’azithromycine dans la lutte contre la Covid-19, le...

Pour permettre une meilleure diffusion, le ministère de la Santé va autoriser les “médecins de ville” à faire la première prescription pour la PreP. 

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.