Classement des Spés : Oops, je me suis trompée de spécialité !

Droit au remord

Le « droit au remord » existe. Heureusement…

Pour Constance, 28 ans, c’est un stage en réanimation qui lui a permis de comprendre qu’elle ne voulait pas travailler en médecine interne. « Au moment des choix d’internat, je ne savais pas trop vers quoi m’orienter, admet-elle. Je voulais une discipline transversale, où l’on peut prendre du temps avec le ou la patiente. La médecine interne semblait correspondre à cette demande. Mais très vite, je me suis rendu compte que la cadence était trop rapide pour prendre du temps avec les patient·es et qu’il me manquait quelque chose. Je n’arrivais pas vraiment à savoir quoi. »

Les mois passent et arrive alors le stage obligatoire en réanimation. « J’ai trouvé dans cette pratique de la médecine ce qui semblait me manquer dans ma précédente spécialité : l’adrénaline, les gestes techniques et l’humain. C’est assez surprenant parce qu’avant ce stage, je n’avais jamais pensé à changer de spé, et là il me restait deux mois pour prendre ce tournant ou non. »

Au sein des syndicats d’internes, les représentant·es parlent de « quelques cas » qui viennent de plus en plus tôt. « Il arrive que nous devions accompagner des étudiant·es dès le premier semestre pour un changement de spécialité », souligne une membre du Saihm (Syndicat autonome des internes des hôpitaux de Marseille) qui souhaite rester anonyme. « Ce que je leur conseille toujours, c’est de faire un stage hors filière dans leur nouveau choix. Déjà pour confirmer que cela correspond à leurs attentes mais aussi parce que cela va appuyer leur dossier au moment de la demande de changement. »

"Si je n'avais pas changé de spé, ça aurait été vraiment difficile pour moi de continuer à travailller"

Ce droit au remords est possible une seule fois et avant la fin du quatrième semestre d’internat validé, précise l’article L. 632-2 du code de l’éducation. Pour que ce changement soit validé, il est nécessaire de remplir un dossier dans lequel l’interne doit motiver son choix, apporter l’accord écrit du responsable de la spécialité d’accueil et faire parvenir ce dossier à l’ARS, au directeur de l’UFR de médecine et à la scolarité pour faire valider ce choix. 

« Côté réa, ils étaient ravis que je veuille les rejoindre, continue Constance. En revanche, côté médecine interne, c’était plus compliqué humainement. Je suis rentrée dans le bureau de mon responsable de stage pour le lui annoncer et il n’a posé aucune question, ne m’a pas demandé pourquoi. C’était froid, impersonnel, comme si je n’existais déjà plus pour lui. J’aurais vraiment apprécié qu’il me demande pourquoi je partais. »

Cette possibilité de changer de spé peut se faire sous deux conditions : « le rang initial de classement est situé à un rang au moins égal à celui du dernier candidat issu des mêmes épreuves classantes nationales, affecté dans cette spécialité au niveau de la subdivision et ayant signé un contrat d’engagement de service public », précise le syndicat Saihm. Cette démarche ne permet cependant pas de changer de ville, ajoute le syndicat Isnar-Img. Enfin, pour être validé, ce changement doit répondre à une demande, à savoir un poste vacant. Impossible de changer de spécialité s’il n’y a pas de place.

Pour Constance, en réanimation et avec la pandémie actuelle, il restait des places. « Aujourd'hui, je suis très heureuse d’avoir changé de spé. Je me dis que si je n'avais pas fait ce choix, ça aurait été vraiment difficile pour moi de continuer à travailler. »

 

 

Portrait de Elodie HERVE

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