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Encore un peu d’ECNi

Les ECNi qui ont succédé aux concours de l’internat restent jusqu’en 2023 la voie marquant le passage vers le 3e cycle. Notre classement analyse chaque année les choix de CHU et de spécialités formulés par les nouveaux internes en fonction de leur rang de classement aux ECNi. Cette analyse exclut les internes du Service de santé des Armées (SSA) ainsi que ceux sous contrat d’engagement de service public (CESP), qui choisissent parmi des postes dédiés.

Ces résultats permettent de classer les 28 établissements et les 44 spécialités selon le rang de classement moyen des futurs médecins qui les ont choisis.
Le classement est établi pour l’ensemble des CHU dans chacune des spécialités mais aussi pour les spécialités dans chaque CHU.

En 2021, 8 266 étudiants (hors CESP) ont été affectés et ont débuté leur internat
en novembre. Pour connaître leurs choix et ce qui a contribué à les décider, tournez la page…

Grenoble en tête de classement, le CHU de La Réunion qui laisse sur place l’AP-HP et l’AP-HM et tape à la porte du trio de tête, la remontada historique du CHU de la Martinique / Pointe-à-Pitre… Ça bouge dans les CHU préférés cette année !

Notre classement analyse les choix de CHU formulés par les nouveaux internes en fonction de leur rang de classement. Ces résultats permettent de classer les 28 CHU selon le rang de classement moyen des futurs médecins qui les ont choisis.

C’est le CHU de Grenoble qui fait sensation cette année, puisqu’il gagne 4 places dans notre classement, pour se hisser en tête (il était 6e en 2018, 4e en 2019 et 5e en 2020). Il relègue les Hospices civils de Lyon en seconde position ; le CHU de Rennes quant à lui reste à la 3e place. Celui de Montpellier, dauphin de Lyon l’année dernière, sort du trio de tête pour chuter au 6e rang.

La perte d’attractivité du CHU de Nantes, que nous avions observée et analysée l’année dernière, se confirme… Il poursuit sa dégringolade pour tomber au 7e rang – il était 1er en 2017, 2e en 2018, 1er en 2019 et 6e en 2020.

Nous nous demandions l’année dernière si le CHU de la Réunion allait dépasser l’AP-HP (aujourd’hui 10e, comme en 2020) et l’AP-HM (9e, +3 places cette année). Et bien il l’a fait !

David a écrasé Goliath ! Avec sept places prises, il cogne même à la porte du trio de tête, en se plaçant en 4e position ! (voir page 25)

Une autre belle ascension, une « remontada » même : celle du CHU de Martinique / Pointe-à-Pitre. Bon dernier en 2019, dans les trois dernières places en 2020, il monte de… 10 places cette année, pour accrocher la 16e position ! Ces deux établissements ultra-marins obtiennent leurs meilleurs scores depuis la création de notre classement.

Quand certains montent, d’autres y perdent, comme les malheureux CHU de Besançon, de Reims et de Limoges -ce dernier, accusant la plus forte chute (-6 places), termine derrière Reims, en dernière position, à la 28e place.

Enfin, il reste ceux qui n’ont pas fait le plein, comme le CHU de Clermont-Ferrand avec 6,3% des postes vacants restés vacants.

Indélogeables ! Sans surprise, le tiercé de tête des spécialités favorites se compose, dans l’ordre : de la chir’ plastique, reconstructrice et esthétique, de l’ophtalmo, et de la dermato-vénéréologie.

Si tout le quinté de tête reste inchangé cette année, on assiste à des mouvements pour les places suivantes :  la néphro et la radio gagnent 3 places chacune, en se positionnant respectivement aux 7et 9e places.

Fait notable : l’infectiologie accélère sa dégringolade pour se retrouver en 10e position (elle était 3e en 2017, 4e en 2018, 5e en 2019, 6e en 2020).
Les effets d’un Covid long ? « Si les services de maladies infectieuses continuent à être dédiés uniquement au Covid, les conséquences sur l’attractivité risquent de se faire sentir », pouvait-on lire dans notre analyse, l’année dernière. L’autre victime collatérale de la pandémie, c’est la médecine interne / immunologie, qui avait regagné 6 places l’année dernière. Elle les perd à nouveau pour retomber en 24e position. Cette perte de vitesse pour ces deux spés s’explique-t-elle par une activité envahie par le Covid-19 ? Ou s’agissant de deux spécialités à exercice très hospitalier (beaucoup dans le public), est-ce la situation des hôpitaux impactés par le manque
de personnels, de moyens qui altère leur attractivité ? Nous chercherons à le savoir ! (lire page 22)

On compte 3 autres spés exercées essentiellement en milieu hospitalier souffrant elles aussi d’une certaine désaffection : l’hémato, la médecine intensive - réanimation et la génétique médicale perdent 4 places chacune, et se retrouvent respectivement aux 25e, 27e et 38e positions.

La fin de notre classement reste inchangé depuis 2 ans : nous retrouvons le même quinté perdant, composé de la santé publique, la biologie médicale, la gériatrie, la psychiatrie et la médecine / santé au travail. La situation est particulière-ment préoccupante dans ces deux dernières spés, où de nombreux postes n’ont pas été pourvus : 11,5 % de postes vacants en psychiatrie, 23,5 % en médecine et santé au travail !

 

 

 

Certains internats et certaines spécialités sont boudés par les futurs internes plusieurs années de suite. Comment l’expliquer ? Comment se construisent la réputation d’un internat et l’attractivité d’une spécialité en 2022 ? Quels outils de com’ utilisent les CHU et les syndicats pour faire venir de nouvelles recrues ? What’s up Doc a pris le pouls du terrain.

«La reproduction sociale et les représentations collectives jouent à fond dans le choix des spés et des villes, à travers les classements publiés. On prend la spé et la ville qu’on peut avoir grâce à son rang, sans se poser trop de questions ».

Le constat de Thibaut Steinmetz, en charge des questions de formation à l’ISNI et interne de médecine du travail à Grenoble, est sans appel. Selon lui, le nombre d’internes usant du droit au remords pour changer de spé en cours de route en est la preuve.
« J’ai vu beaucoup d’internes autour de moi ayant choisi "une spé de rêve" dans "une ville de rêve" regretter totalement leur choix et faire jouer ensuite le droit au remords au bout de deux semestres », témoigne-t-il.

Depuis, il s’est emparé de cette question et mène un travail de recherche sur l’attractivité des carrières médicales. « Il y a encore beaucoup d’étudiants qui me disent qu’on dénigre auprès d’eux la médecine générale ». La médecine gé, toujours une sous-spécialité ; la médecine du travail, une spé pour les planqués ; la gériatrie, une spé ennuyeuse, etc. Les clichés ont la vie dure.

Heureusement, ces quasi-dogmes commencent à s’effriter : de (rares) internes très bien classés choisissent la médecine générale ou la médecine du travail. Ce qui ne manque pas de faire le buzz… « En 2021, on a fait le portrait de Marie, qui a choisi médecine générale en étant première aux ECN et ça a très bien marché. Ça parle beaucoup aux étudiants de lire ce que font les autres », raconte Marina Dusein, porte-parole à l’ISNAR-IMG et interne de médecine générale à Bordeaux.
Pour attirer les futurs médecins, l’ISNAR-IMG mise beaucoup sur ces portraits.

Webinaires, stories Insta et groupes WhatsApp

« Nous faisons beaucoup de com’ au moment des choix des internes. Et chaque année, nous diffusons un webinaire qui présente la médecine générale sur les réseaux sociaux. Il est disponible en direct sur Facebook, Youtube, Twitter et Instagram. On est aussi nouvellement présents sur LinkedIn. Encore un peu "vieux" en matière de réseaux sociaux nous utilisons toujours beaucoup Facebook, mais nous nous tournons de plus en plus vers Insta car les stories marchent très bien et sont partagées sur les deux réseaux sociaux », explique Marina Dusein, qui souligne l’importance de scruter les statistiques pour savoir quelles publications ont fait le plus de vues. Alors qui s’occupe de tout ça à l’ISNAR ? « Une salariée spécialiste en communication et graphiste, qui nous aide notamment sur les graphiques et les visuels. C’est vrai que sinon, nous ça nous prend un temps fou sans forcément avoir des résultats à la hauteur », ajoute Marina.

De son côté, le Dr Lucas Reynaud, 32 ans, ex-président du Syndicat autonome des internes des Hospices civils de Lyon (SAIHL) et médecin urgentiste en Rhône-Alpes, reconnaît que la communication est aussi un enjeu majeur pour les syndicats locaux.
« Comment toucher le plus de monde et ne pas voir son mailing finir dans les spams ? Nos canaux officiels sont les e-mails et Facebook. Depuis peu, nous avons des comptes Twitter et Insta assez actifs. Mais le plus gros canal reste un groupe WhatsApp de bouche-à-oreille entre référents (qui réunit un interne/an/spé), soit une centaine d’internes avec qui nous communiquons au quotidien ».
Un bureau des internes actif est aussi un sacré plus. « Beaucoup de villes n’en ont pas. À Lyon, on a la chance d’avoir 10-15 internes qui s’investissent chaque année et 2 employés administratifs qui gèrent l’événementiel et les réponses aux nombreuses questions des internes », ajoute Lucas Reynaud.

Les internes sont des jeunes (presque) comme les autres

L’emplacement géographique (proximité de la mer ou de la montagne, climat) et la taille de la ville jouent beaucoup sur la réputation d’un internat. Sans aucun levier à actionner ! Sur ces critères-là, certains internats d’excellente qualité pédagogique partent malheureusement perdants... « L’héliotropisme des internes est important, mais la taille de la ville joue aussi : plus une ville est de grande taille avec une offre culturelle, sportive, etc., plus elle est attractive pour les jeunes », souligne Patrice Diot, doyen de la faculté de médecine de Tours.
Et il sait de quoi il parle. « Tours (21e)l’illustre à ses dépens car notre région souffre d’un manque d’attractivité. ». D’où l’accent mis dans sa faculté sur l’organisation et la qualité de l’enseignement, avec notamment des stages ambulatoires bien organisés (logements mis à disposition des internes, etc.), respect du temps de travail et bienveillance dans les relations hiérarchiques. D’autres CHU n’hésitent pas à employer les grands moyens, comme Angers qui, en 2015, avait créé un gros buzz avec sa campagne #Adopte1PUPH. Un peu d’humour pour attirer les internes, une bonne façon de dépoussiérer l’image de certains établissements.

Placer la qualité pédagogique au top des critères

Reste que l’impact des classements, comme celui publié par What’s up Doc chaque année, est questionné par certains. « Ces classements sont une chose, mais je pense qu’ils sont limités pour prendre en compte le critère de qualité de l’enseignement », estime Patrice Diot. Cet avis est partagé à l’ISNI, qui est en plein brainstorming pour concevoir un nouveau classement. « Notre objectif est un nouvel outil qui permettra d’aller vers une formation plus vertueuse, avec notamment des indicateurs sur la formation, les stages, la qualité de vie et le fonctionnement de la subdivision. On ne prendra pas en compte les aspects géographiques : la météo à Caen ou à Lille ne sont pas des facteurs modifiables ! », pointe Thibaut Steinmetz. Première parution annoncée pour juin 2022.

Choisir une spé, choisir la ville où on va l’apprendre, c’est choisir une bonne partie de sa vie. Mieux vaut donc fonder sa décision sur de bonnes informations. Parmi toutes les sources possibles, les jeunes internes semblent en privilégier une : leurs prédécesseurs.

La tension est à son comble.
Le face-à-face est cruel. D’un côté, un écran ouvert sur CELINE, la célèbre interface du Centre national de gestion (CNG) permettant aux futurs internes de choisir leur spécialité et leur CHU. De l’autre, un jeune lauréat des ECN. Son doigt s’approche de l’écran. Il s’apprête à décider du métier qu’il exercera pendant l’ensemble de sa carrière professionnelle. Soudain, un doute l’étreint. Est-il sûr de s’être suffisamment renseigné avant d’appuyer sur « valider » ? Est-il certain que les renseignements qu’il a pris sont fiables à 100 % ? N’aurait-il pas dû mieux fouiller le site de la fac, écumer davantage les réseaux sociaux, éplucher plus avant les possibilités d’interCHU ? Et surtout : n’aurait-il pas dû échanger avec davantage des personnes ayant, avant lui, choisi la même spé dans la même ville ?

Car c’est un lieu commun qu’il n’est jamais inutile de rappeler : nos décisions les plus importantes sont, le plus souvent, le fruit d’une rencontre « Je marche à l’affect, à l’identification, et au moment de choisir une spécialité, je me suis dit que j’allais faire pareil que des gens que j’admirais », assume par exemple Quentin Estrade, interne en 2e année de cardiologie à Toulouse (et accessoirement candidat aux législatives à Narbonne, mais cela est une autre histoire). Il se trouve que durant toutes ses études médicales, le jeune homme a joué au rugby dans deux équipes de sa fac de médecine. « Il y avait dans ces équipes deux médecins qui m’ont beaucoup expliqué ce qu’ils faisaient, qui ont rendu leur quotidien vivant à mes yeux », poursuit-il.

Émeline Fontenoy, actuellement en 7e semestre de médecine du travail à Paris, a également privilégié le contact direct pour choisir sa future spécialité. Elle avait, très tôt au cours de son externat, identifié la médecine du travail comme étant la discipline qui l’intéressait le plus. Et pour être sûre de ne pas se tromper, elle s’en est remise à ses aînés. « En cherchant sur internet, j’ai trouvé des noms d’internes qui avaient été interviewés pour divers articles, et je les ai contactés, se souvient-elle. J’ai aussi contacté un PU qui travaille à Créteil, avec lequel j’ai pu échanger, et grâce auquel j’ai pu assister à des visites. » Résultat : arrivée à l’heure du fameux choix, la Francilienne s’estimait suffisamment renseignée pour cliquer en toute confiance.

Le test du téléphone

Mais qu’en est-il lorsque la principale inconnue porte non pas sur la spécialité que l’on souhaite exercer, mais sur la ville où l’on va effectuer son internat ? Eh bien à en croire Capucine Piat, actuellement en 2e année de neurologie à Nantes, la réponse est la même : ce qui prime, c’est ce que disent les gens qui ont vécu ce que vous allez vivre. « Mon critère, c’était la neuro, et la ville suivait », raconte-t-elle. Rapidement, avec les premières simulations sur CELINE, deux pistes se sont dessinées pour elle : Nantes et Toulouse. « J’ai cherché sur internet les noms des internes de neuro qui avaient pris ces villes et je les ai contactés, se souvient la jeune femme. J’ai eu plusieurs personnes des deux CHU au téléphone, j’ai aussi parlé avec un chef de clinique de Nantes… Rien qu’à entendre la voix des gens, on voit s’ils sont bien là où ils sont ou pas. »

Et les questions à leur poser ne manquaient pas. « J’ai essayé de voir si l’internat était bien, s’il y avait une bonne ambiance, si on était libres dans les choix de stages… », se souvient-elle. Des coups de fil qui lui ont permis de se rendre compte que les internes toulousains « avaient l’air plus surchargés, plus fatigués… ». Voilà qui, en plus d’autres critères tels que la localisation géographique, a fini par faire pencher définitivement la balance en faveur de la cité atlantique. Et un an et demi plus tard, elle ne regrette pas son choix. « On m’avait plutôt bien présenté le service, l’organisation, les opportunités, l’ambiance, je n’ai pas eu de surprise », se félicite la Nantaise d’adoption.

Élargir le champ de sa curiosité

En revanche, elle se rend compte qu’elle aurait pu s’intéresser à bien d’autres choses. « Je n’ai pas pensé à demander comment le CHU était organisé, remarque-t-elle. Or à Nantes, nous avons deux sites, et les urgences ne sont pas avec la neuro, ce qui influence beaucoup la pratique. » Elle conseille donc aux futurs internes de ne pas se contenter d’informations sur le service qui les intéresse, mais d’élargir leur curiosité à l’ensemble du CHU. « Pour ceux qui veulent faire des interCHU, ou des masters, tout ne dépend pas uniquement de votre spécialité, mais souvent d’institutions comme les facs ou les ARS », souligne-t-elle. D’où l’importance de voir un peu plus loin que le bout de son nez.

Fait notable, parmi les internes interrogés, aucun ne dit avoir été influencé par la communication institutionnelle : ils sont restés complètement indifférents aux campagnes sur les réseaux sociaux, plaquettes, etc., que peuvent diffuser les sociétés savantes, associations de jeunes des différentes spécialités, ou les CHU. « Cela ne m’a pas vraiment atteinte, je n’ai pas vraiment vu de communication de ce style », avoue Capucine. « Je me suis très peu renseigné via les associations, les forums ou les réseaux sociaux… », explique pour sa part Quentin. Je n’ai pas demandé à savoir, cela ne m’intéressait pas forcément. » Reste que comme pour tout, il faut se prémunir des réponses uniques. « On est tous différents, pour moi c’est comme cela que ça a fonctionné, mais c’est une solution parmi d’autres, prévient le futur cardiologue. Ce qu’il faut, surtout, c’est être curieux. » Chacun sa route, chacun son chemin en quelque sorte.

Spé récente (2017) et familiale (54 places), maladies infectieuses et tropicales rétrograde de 4 rangs cette année dans le classement de What’s up Doc, passant du 6e au 10e choix des internes, avec un rang moyen des médecins de 1898 contre 1166 l’an passé. Et une disparité des situations selon les CHU tout à fait évocatrice : 16position à Marseille et 12e à Nice, 31e à Poitiers et 32e à Limoges mais 1ère à Toulouse, 2e à Lyon, à Paris et à Rennes. La spécialité à laquelle le 9e des ECN a accédé en premier ne semble pas vraiment en danger, assure le Pr Sébastien Gallien qui dirige l’unité de Maladies infectieuses du CHU Henri-Mondor (Créteil), et qui est aussi l’un des membres du Collège MIT et du Comité pédagogique du DES MIT en Île-de-France : « Depuis la création du DES, la grande attractivité pour cette spécialité passionnante et très dynamique ne se dément pas. Elle offre une grande richesse d’enseignement et une formation remarquable : nos séminaires de formation sont très appréciés par les internes, de même que nos ouvrages de référence (Pilly, Popi). Nous accueillons des internes brillants, motivés, curieux, qui ont généralement été très bien classés ; et comme ils sont peu nombreux, nous les choyons ! »

Une spé très complète

Sébastien Gallien décrit une spé « rare et chère » aux débouchés variés (public/privé, soins ou pas, libéral…), avec une dimension recherche clinique et/ou fondamentale importante, et répondant à un vrai besoin de santé publique : « Nous avons besoin d’infectiologues pour remplacer ceux qui partent à la retraite et répondre aux enjeux sociaux, ainsi que de l’évolution de la médecine. La très forte implication des infectiologues dans la pandémie Covid en témoigne, même si la prise en charge de cette infection n’a pas été notre seule activité ces 2 dernières années, alors que nous sommes garants du bon usage des anti-infectieux et de la prise en charge des infections complexes et/ou des sujets immunodéprimés. » Le prof rappelle aussi le volet « tropical » de la spé, les internes étant encouragés au cours de leur cursus à avoir une expérience à l’étranger : « Une part importante de notre activité est tournée vers la prise en charge de migrants notamment en situation de précarité. Nous formons des jeunes médecins engagés dans le soin et cette spécialité a vraiment du sens. »

Discipline hospitalière

Comment expliquer, dès lors, cette baisse de régime que semble connaître la spé, toutes proportions gardées ? Un effet Covid, certainement : « Dans certaines régions, les prises de position, la stratégie, la politique ont pu desservir localement la spécialité dans sa capacité à gérer sereinement la formation, reconnaît Sébastien Gallien. De plus certains CHU ont pu connaitre un flottement dans le renouvellement de chefferie de service et/ou dans la stabilisation d’équipes, peut-être préjudiciable au choix d’internes de s’engager dans un centre avec cette incertitude, à présent dissipée. » Au-delà, les maladies infectieuses et tropicales sont une spé avant tout hospitalière :
« La sinistrose régnant à l’hôpital, public en particulier, rend l’exercice sans doute moins attractif actuellement. »

L’internat serait-il moins pénibleau soleil ? Entre le CHU de La Réunion, qui jouxte le podium du classement, et le CHU de la Martinique / Pointe-à-Pitre qui a gagné 10 places en un an, il semblerait que l’élite des internes rêve de douceur de vivre.

Le soleil, la chaleur, la plage, le cadre de vie… Entre le CHU Martinique / Pointe-à-Pitre, dernier en 2019, aujourd’hui 16e après un bond en avant de 10 places en un an, et le CHU de La Réunion désormais plus attractif que l’AP-HP et l’AP-HM, qui trône en 4e place avec 7 rangs de gagnés, oui, les CHU des îles ont la cote.

Première explication : et si les internes d’aujourd’hui, un peu traumatisés par les confinements dus au Covid, avaient décidé qu’après tout, on pouvait allier qualité de vie et qualité de la formation ? Mounir Serag, président du Syndicat des internes des Caraïbes, le confirme : « De la nature, de l’espace, on a vécu la crise différemment dans les DOM et en Métropole, ça a dû se voir ». Même publicité pour la vie sur la plage du côté d’Emma Carbou, secrétaire du Syndicat des internes de l’océan Indien, qui vante la vie à La Réunion : « La culture créole, le côté insulaire,la découverte de nouvelles contrées, une ambiance apaisée, un endroit où l’on peut profiter à fond de ses pauses pour visiter, se détendre ».

D’ailleurs leurs aînés ne les démentent pas sur l’attrait de la vie outre-mer, additionnée à la qualité de la formation et du plateau technique des CHU. « Nous proposons aux internes un environnement à taille humaine, qui semble presque familial par rapport à certains très gros centres hospitaliers. Nous faisons attention à leurs problèmes (ce qui n’est pas rare quand on est loin de chez soi) », explique le vice-doyen de l’UFR Santé à la Martinique, le Pr Christophe Deligny. Son confère le Pr Arnaud Winer, vice-doyen en charge de la formation au sein de l'UFR Santé à La Réunion, le rejoint : « Nous avons la chance d'évoluer au sein d'une structure
à échelle humaine, ce qui permet un encadrement et un suivi personnalisés de la formation de l'ensemble de nos internes ». À taille humaine, oui, mais avec les derniers équipements médicaux : « Nous disposons au CHU de La Réunion d'un plateau technique du plus haut niveau, de robots chirurgicaux et de projets médicaux motivants pour de jeunes praticiens ». Et les Antilles ne sont pas en reste : « Nous allons avoir un tout nouvel hôpital à Pointe-à-Pitre. Nous n’avons pas de PET scanner en Martinique ; nous allons en obtenir un, ainsi qu’un PET scanner de recherche et un TEP-IRM, c’est assez rare d’être aussi bien équipé ! Cela va permettre d’améliorer le niveau de diagnostic. Il y a également un nouveau plateau technique en Martinique, qui est aussi à la pointe ; beaucoup d’hôpitaux aimeraient disposer de tels outils. »

Côté internes, justement, les jeunes médecins ont bien compris que désormais, on ne perdait rien à se former sous les tropiques. « Le plateau technique est très performant à La Réunion, la formation est de qualité, il y a une bonne pédagogie, et surtout comme les promotions sont petites nous sommes très proches des coordinateurs », souligne Emma Carbou. Mounir Serag en a autant à dire sur la Martinique / Pointe-à-Pitre : « Le plateau technique martiniquais, avec le nouvel hôpital, est vraiment performant ; à la Guadeloupe, un nouveau plateau technique sera prêt d’ici 2 ans. Et il y a une forte concentration d’hospitalo-universitaires sur ces deux territoires ».

Grosse différence entre les deux CHU : l’attrait des stages à Mayotte, côté Réunion, et en Guyane côté Martinique. « Le passage à Mayotte dépend du classement dans chaque filière ainsi que des besoins. Parfois personne ne veut y aller. Mais il est évident que si on est en fin de promo en médecine gé, Mayotte ne pourra pas être évitée », prévient Emma Carbou. Alors que côté Martinique, la Guyane n’est pas, mais alors pas du tout une punition d’après Mounir Serag. « L’attrait pour la Guyane est réel. On y observe même une fuite des internes ces derniers temps. Déjà l’ARS et le CHU se plient en quatre littéralement pour un accueil vraiment exemplaire, ils ont une politique d’attractivité très poussée, mais on y trouve aussi beaucoup de spécialités atypiques comme les maladies infectieuses qui attirent de nombreux internes. »

Et en Guadeloupe, la violence des récents événements « anti-pass » au CHU vont-ils casser cette belle dynamique ? « Ça n’aura pas d’impact. Ça n’a pas été tant médiatisé que ça. Et surtout on continue de recevoir beaucoup de demandes d’internes qui veulent venir faire deux mois d’été en tant que FFI en Guadeloupe ou en Martinique : un signe pour les prochains choix aux ECN… »

CONCLUSION

Encore et encore

Les générations se succèdent, les réformes se suivent. Pourtant qu'il s'agisse d'internat ou de troisième cycle, il y a ce temps du choix.

Choix de spé, choix de CHU, choix de ville, choix de vie...

A l'époque de l'hyper-information, il est fort probable que finalement, le contact humain, la rencontre avec un pair, reste un élément clé dans l'opération de ce choix.

Si les promesses formulées aux futurs arrivants peuvent être facteurs d'attractivité, il ne faudra donc jamais négliger ceux qui sont déjà là...

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.