Anesthésiants, produits stériles, paracétamol, masques, respirateurs… La France ne produit pas assez. Il faut que ça change

Afin de relever la place "déclinante" de la France dans l'industrie pharmaceutique, rendue plus évidente par les récentes pénuries de produits de santé et l'absence d'un vaccin français contre le Covid-19, plusieurs parlementaires appellent à une série de mesures ciblées.

"Notre place décline, c'est un constat global", a souligné le député socialiste Gérard Leseul mercredi 19 janvier au cours d'une conférence de presse présentant les conclusions d'un rapport parlementaire.

Rapporteur de ce document, M. Leseul appelle les industries du médicament à "reprendre pied", dans le sillage de deux années de pandémie ayant montré certaines fragilités.

"L'ensemble des classements internationaux et européens rendent compte d'un déclin relatif de la filière française des industries et technologies de santé depuis près de deux décennies", est-il écrit dans le document de plus de 400 pages, dont la publication est prévue dans les prochains jours, l'AFP ayant pu consulter une version quasi-définitive.

Ce rapport est le fruit d'une commission d'enquête parlementaire qui visait à identifier les causes du déclin industriel au sein du PIB français. Il dresse près de 80 propositions afin de retrouver le chemin d'une nation industrielle plus prospère, dont un certain nombre concernent la santé.

D'après l'OCDE, la part de l'industrie dans la richesse nationale a inexorablement reculé ces dernières décennies en passant de plus de 22% dans les années 1970 à 13,5% en 2018.

Et le thème du danger des délocalisations industrielles est revenu en force à la faveur de la pandémie et des perturbations des chaînes de productions internationales. Celles-ci affectent encore aujourd'hui la planète dans de nombreux secteurs, dont celui très stratégique des semi-conducteurs.

Seulement 80% des composants de médicaments sont de production française

Concernant l'industrie pharmaceutique, la crise du Covid-19 est venue poser une lumière crue sur certaines vulnérabilités françaises en matière de masques ou de respirateurs, est-il rappelé, mais aussi d'anesthésiants, de produits stériles ou de composants de médicaments de consommation courante tel que le paracétamol.

Ces pénuries sont survenues pour partie en raison d'une "dégradation progressive" de la part des entreprises françaises et européennes dans la fourniture des composants de médicaments : 80% de la production destinée au marché français provient de France et 95% d'Europe, contre respectivement 95% et 99% il y a vingt ans.

Le rapport prend notamment l'exemple des corticoïdes durant la crise sanitaire, soumis à une forte tension en raison de la fermeture d'un fournisseur chinois auprès duquel sept fabricants de génériques se fournissaient.

Parmi les dizaines de propositions énoncées, les députés appellent :

  • à renforcer la prise en compte de la sécurité d'approvisionnement dès les appels d'offres des hôpitaux,
  • à augmenter les dépenses de recherche et développement afin qu'elles atteignent globalement 3% du PIB,
  • à raccourcir les délais nécessaires pour autoriser la mise sur le marché de médicaments.

Le rapport parlementaire, fruit de 70 heures d'auditions avec 135 personnes dont des chefs d'entreprises du secteur et des experts, appelle également

  • à doter le tout nouvel organisme européen Hera, destiné à mieux préparer l'Europe à de futures crises sanitaires, d'un budget propre.

Cet organisme pourrait alors assurer un approvisionnement en médicaments, précisent les parlementaires, et se voir confier "l'élaboration d'une liste de principes actifs et dispositifs médicaux indispensables car vitaux pour l'Europe".

Sans cibler spécifiquement les délocalisations dans la santé, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a affirmé mi-janvier que l'Europe était "peut-être allée trop loin dans les délocalisations industrielles" et "trop loin dans le partage de la valeur mondiale", au nom de la baisse des coûts de production.

Toutefois, le rapport parlementaire "ne remet pas en cause les orientations industrielles", c'est-à-dire les réformes mises en place ces dernières années afin de relancer l'outil industriel, a estimé mercredi le député En Marche et président de la commission d'enquête, Guillaume Kasbarian, observant que de nombreuses personnes auditionnées ont fait part d'un rebond de la compétitivité

Avec AFP

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