MakAir, le respirateur nantais prête main forte à l’Inde

Le respirateur open source MakAir, créé par des Nantais pendant le premier confinement s’apprête à s’envoler pour l’Inde. Entretien avec Baptiste Jamin, co-fondateur.

L’aventure commence en mars 2020 alors qu’en France, un manque de respirateur plane. « Avec quelques copains, on a eu l’idée de créer un nouveau type de respirateur, simple, pas cher et adapté à la pandémie de Covid, que l’on peut produire en masse », se souvient Baptiste Jamin.  

A l’origine, le projet a été initié par 5 personnes du milieu nantais, Pierre-antoine Gourraud, Quentin Adam, Baptiste Jamin, Valérian Saliou et Emmanuel Feller.

« Au départ nous sommes des entrepreneurs, notre métier c’est la programmation. On s’est donc mis en relation avec des gens du monde médical et des médecins ont rapidement rejoint le projet comme le CHU Nantes et de Brest », précise Baptiste Jamin.  

Et l’engouement a été direct au rendez-vous. « En 2 semaines on passe de 5-10 personnes à 200. On a eu un financement de l’AID qui a donné 426 000 euros puis le CEA a suivi ainsi que la région Auvergne-Rhône-Alpes. Cela nous a aidé à passer de l’idée du prototype à l’industrie ».

© MakAir 

Un noyau dur d’une vingtaine de personne a participé pendant le premier confinement à une caserne scientifique, confinée à Nantes, « on a travaillé H24 et 7j/7 pour la création des premiers prototypes », se rappelle Baptiste Jamin.

Là encore, la transition est rapide. Le 16 mars, la première conception de MakAir voit le jour, et le 3 avril, la machine est branchée pour la première fois sur un animal. « Courant avril on fait les dépôts de dossier à l’ANSM et fin juin, l’agence a validé notre dossier et on a pu lancer les essais cliniques en France ». L’équipé a maintenant déménagé au CEA pour poursuivre son aventure.

Qu’est-ce que le respirateur MakAir ?

« En termes de fonctionnement, il n’est pas si différent d’un respirateur à turbine qui va compresser l’air, cette technique est utilisée dans d’autres respirateurs. En revanche, le système de valve est différent : à pincements. C’est un système qui existait dans les années 90 dans d’autres dispositifs médicaux, notamment pour le sang. On l’a détourné, on va comprimer de l’air qui passe dans un tuyau en silicone flexible et une valve qui va avec un petit moteur va écraser le tuyau, en fonction de l’angle de la valve on l’écrase plus ou moins pour délivrer plus ou moins d’air. On mesure mille fois à la seconde tous les paramètres et on va moduler en temps réel l’air respiré par le patient », détaille Baptiste Jamin.

Et depuis son prototype, MakAir évolue. « Au départ, Makair a été créé en urgence pour faire face à la crise Covid, c’était un appareil simple et robuste avec uniquement de la ventilation invasive et en pression. Depuis septembre on travaille une nouvelle version avec plus de fonctionnalité, un écran tactile, il couvre toutes les fonctions d’un respirateur artificiel : ventilation invasive, en pression, en volume, non invasive... », illustre le co-fondateur.

La ventilation non invasive permet des protocoles sans sédation en cas de manque de curare par exemple.

Petit prix et open source 

Le principe fondateur de MakAir, l’accessibilité. Sa fabrication est à moindre coût et les fondateurs envisagent de le revendre à prix coûtant. « Le respirateur est un équipement qui coûte en général entre 10 000 et 40 000 euros. On ambitionne un coût de production autour de 2 000 euros. On divise les coûts par dix ! »

Le but, « monter une fondation qui fabrique en open source, les plans, les pièces, tout est dispo sur internet ».

© MakAir 

A la rescousse des hôpitaux indiens

Aujourd’hui, MakAir s’exporte : des machines ont été envoyées à Madagascar, au Sénégal, en Guinée, au Burkina Faso, au Togo, au Cameroun et en Côte d’Ivoire.

Plus récemment pour aider l’Inde à faire face à la crise. « Les hôpitaux manquent de machines, sont contraints à la sélection des patients. Le groupe Seb qui nous fabrique nos machines, en accord avec les autorités de santé indiennes, va fabriquer 100 respirateurs MakAir dernière génération. Ils seront fabriqués gratuitement en France et envoyés en Inde ».

Portrait de Constance Maria

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