Vaccins Covid : ce qu’on sait (ou pas) sur les 6 candidats retenus en Europe

(Article mis à jour le 15 janvier 2021)
Dans la course aux vaccins contre le Covid-19, l’Union européenne en a retenu 6 pour le moment. A quel stade de développement sont-ils ? Que sait-on à ce jour de leur efficacité, sécurité et conservation ? Quelles sont les inconnues ? Bruno Pitard, chercheur du CNRS au centre de cancérologie et d’immunologie de Nantes-Angers et spécialiste des vaccins à ARN, donne à WUD son éclairage d’expert. 

Depuis la fin de l’année 2020, la course pour obtenir davantage de doses de vaccins s’intensifie partout dans le monde. Pour répondre aux nombreuses critiques au sujet de l’insuffisance des commandes passées par l’Union européenne en décembre, la Commission a européenne a annoncé le 8 janvier la conclusion d’un nouveau contrat avec Pfizer et BioNTech pour la livraison de 300 millions de doses supplémentaires. « Nous avons désormais sécurisé l’achat de suffisamment de doses pour vacciner 380 millions d’Européens, soit 80% de la population, et d’autres vaccins vont suivre dans les semaines et mois à venir », avait alors affirmé Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission. 
Pour rappel, des accords avec six laboratoires ont été passés ces derniers mois, pour arriver à un total de 2 milliards de doses réservées fin décembre. Cette « réservation » en amont visait à augmenter la probabilité d’avoir un vaccin le plus rapidement possible et pour cela, l’UE a déboursé 2,15 milliards d’euros. Ensuite, chaque pays européen est destinataire d’une certaine quantité de doses, au prorata de sa population (15% en France). Sachant que d’autres labos pourront encore entrer dans la course dans les prochains mois (la Commission est en pourparlers avec 23 laboratoires en tout). 
Si les procédures d’évaluation ont été très fortement accélérées, « nous n’avons pas allégé les exigences de sécurité et d’efficacité », souligne la Commission européenne. Les autorisations de mise sur le marché (AMM) conditionnelles délivrées signifient que les fabricants auront l’obligation de fournir par la suite toute une liste de données qui pourront conduire à valider ou lever cette AMM. Bref, si nous ne savons pas tout sur ces vaccins, leurs dossiers vont être complétés le plus vite possible. 
Concernant les différents variants en circulation (britannique, sud-africain…), sur lesquels le monde entier a les yeux rivés, les vaccins développés avant leur apparition devraient être protecteurs. Et si ce n’est pas le cas, le PDG de BioNTech a indiqué que 6 semaines seulement seraient nécessaires pour fabriquer un nouveau vaccin. 
 
1-Pfizer/BioNTech : 
-Type de vaccin : ARN messager
Dans sa version classique, la vaccination repose sur l’administration d’un agent atténué ou inactivé ou bien sur celle de certaines de ses protéines. Avec les vaccins à ARN messager, le principe est de laisser nos cellules fabriquer elles-mêmes le composant contre lequel notre organisme va se défendre. Pour cela, on administre un ARN messager (ou plan de fabrication d’une protéine). Voici un résumé éclairant de Willy Rosenbaum, professeur honoraire de maladies infectieuses : « Un vaccin à ARNm ne contient pas le virus. C’est comme un email envoyé à votre système immunitaire qui lui révèle à quoi ressemble le virus et les instructions pour le tuer, puis, comme dans Snapchat, il disparaît ». 
-Stade de développement : l’essai clinique de phase 3 est toujours en cours sur 43 000 participants, dans 6 pays, depuis juillet 2020. La FDA lui a délivré son AMM le 11 décembre et l’agence européenne du médicament (EMA) le 21 décembre. 
-Conservation : ce vaccin doit être conservé à une température de -70°C.  « Ce point est complexe. Mais mon équipe travaille depuis des années sur les vaccins à acides nucléiques (ARN, ADN) et nous avons réussi à lyophiliser certains vaccins et à avoir de la stabilité plus de 6 mois à 25°C. Je ne doute pas que Pfizer réussira à sortir un vaccin stable à des températures raisonnables », souligne Bruno PitardSi la mise au point de cette forme en poudre devrait prendre quelques mois, le fabricant est très occupé à augmenter ses lignes de production pour le moment. Et les contraintes de conservation de ce vaccin sont désormais intégrées. 
-Ce qu’on sait : l’efficacité affichée par les fabricants est de 94,5%. « Dans les essais, sur 43 000 participants, 162 ont eu le Covid-19 dans le groupe placebo et 8 dans le groupe vacciné. C’est très encourageant ! », estime Bruno Pitard. La FDA a publié un document le 8 décembre dans lequel elle affirme que ce vaccin ne présente pas de risque de sécurité sanitaire. Les réactions observées après la vaccination sont « classiques » : fatigue, maux de tête, courbature, frissons….  Une vaccination sur 100 000 en moyenne entraîne une réaction allergique, le composant incriminé étant le PEG (polyéthylène glycol). 
L’agence du médicament américaine (FDA) confirme que son efficacité est bien de 95% pour prévenir les formes symptomatiques légères à modérées de Covid-19 chez les personnes n’ayant jamais été infectées. Au sujet des variants, le laboratoire BioNTech assurait dans un communiqué en date du 8 janvier que « Les anticorps des personnes ayant reçu le vaccin Pfizer-BioNTech COVID-19 neutralisent efficacement le SRAS-CoV-2 avec une mutation clé qui se trouve également dans deux souches hautement transmissibles" identifiées en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud ».
-Ce qu’on ne sait pas : « est-ce que ce vaccin préviendra les formes graves ? nous ne pourrons répondre à cette question qu’au fur et à mesure, cela peut prendre plusieurs mois », indique Bruno Pitard. Dans son avis en date du 23 décembre, la Haute Autorité de Santé concluait à « une efficacité vaccinale du BNT162b2 contre les cas de Covid-19 symptomatiques, l’efficacité restant toutefois à confirmer contre les formes sévères et à démontrer pour les hospitalisations et la mortalité, ainsi que contre l’infection ou la transmission virale ». 
 
2-Moderna 
-Type de vaccin : ARN messager
-Stade de développement : la phase 3 de l’essai clinique a lieu aux Etats-Unis sur 30 000 participants, dont 7000 âgés de plus de 65 ans et 5000 à risque. La FDA a donné son feu vert le 15 décembre à la distribution de ce vaccin, jugé efficace et sans risque particulier de complication. L’EMA a suivi le 6 janvier. Elle avait réservé 160 millions de doses de ce vaccin. 
-Conservation : à -20°C pendant 6 mois, 30 jours au réfrigérateur. « Même problème de conservation que pour le vaccin Pfizer. Les pharmaciens et les particuliers peuvent conserver à 4°C, mais  à -20°C c’est plus difficile», indique Bruno Pitard. 
-Ce qu’on sait : Selon le communiqué diffusé par le laboratoire le 30 novembre, l’efficacité du vaccin est de 94% et même 100% dans les formes graves. « Ce sont des chiffres extraordinaires. Jusqu’à début 2020, aucun candidat vaccin à ARN n’avait dépassé la phase 1. Là, c’est presque miraculeux de passer directement à une phase 3. Derrière, il y a une société canadienne, Arcturus, qui travaille depuis 30 ans sur les systèmes de vectorisation. La difficulté aujourd’hui n’est pas de tant de détenir du savoir sur l’ARN messager, mais que cet ARN pénètre dans les bonnes cellules pour jouer son rôle en exprimant l’antigène », pointe Bruno PitardConcernant les effets secondaires après injection, un précédent communiqué du laboratoire Moderna indiquait les prévalences suivantes : fatigue (9,7%), douleurs musculaires (8,9%), douleurs articulaires (5,2%), maux de tête (4,5%), douleurs diverses (4,1%). Des réactions classiques. « Par rapport au vaccin Pfizer, celui-ci est un peu plus dosé en lipides stabilisés dans des molécules de PEG et donc plus réactogène, pour la même efficacité. Il est plus adapté par exemple pour les patients sous immunosuppresseurs, qui ont besoin d’une réaction un peu plus inflammatoire pour booster leur processus d’immunisation », souligne Bruno Pitard. 
-Ce qu’on ne sait pas : la durée d’immunité conférée par ce vaccin serait au minimum de 4 mois, sans doute davantage, mais il est trop tôt pour le dire avec certitude. 
 
3-AstraZeneca/Oxford
-Type de vaccin : vaccin à vecteur adénoviral non réplicatif (adénovirus de chimpanzé) contenant le gène codant pour la protéine Spike (S) du SARS-CoV-2. L’organisme produit cet antigène (la protéine S) et des anticorps spécifiques en réponse. 
-Stade de développement : en phase 3 mais il y a eu un problème. Un sous-groupe (2700 Anglais) a reçu par erreur une demi-dose lors de la première injection. Ce vaccin a été autorisé au Royaume-Uni le 6 janvier.  
-Conservation : classique : entre 2 et 8°C pendant au moins 6 mois
-Ce qu’on sait : contre toute attente, le groupe ayant reçu une demi-dose s’est révélé mieux immunisé contre le Sars-CoV2 (90% d’efficacité), contre 62% pour les patients ayant reçu deux doses entières. « C’est comme ça qu’on fait des grandes découvertes ! En recherche, c’est souvent d’une erreur qu’on apprend des choses. Maintenant, ce qui fait désordre, c’est que faire des essais cliniques coûte des fortunes et que ce n’est pas une bonne image pour le laboratoire », pointe Bruno Pitard. L’article publié le 8 décembre dans « The Lancet » confirme le profil d’innocuité du vaccin et son efficacité contre la maladie : aucun cas grave de Covid-19 dans les groupes des volontaires vaccinés (plus de 23 000 personnes au total). Selon une étude pas encore publiée mais mentionnée par la « Commission on Human Medicines » britannique, l’administration d’une dose unique conférerait une protection de 70% après 21 jours. Et une seconde dose la ferait passer à 80%. 
L’avantage de ce vaccin par rapport à ceux à ARN messager est son faible coût et la capacité d’Astra-Zeneca à produire rapidement des quantités plus importantes.
Ce qu’on ne sait pas : suite à cette erreur de dosage, une nouvelle étude est en cours. De nouveaux résultats sont donc attendus dans les prochains mois. Le dossier est à l’étude par l’EMA. A part le Royaume-Uni, on ignore dans quels pays et quand il pourrait être mis sur le marché. 
 
4-Johnson&Johnson (Janssen)
-Type de vaccin
 : technologie du vecteur viral, comme chez Astra-Zeneca, mais avec un adénovirus humain comme vecteur. Janssen a déjà utilisé cette technologie pour la mise au point de son vaccin contre Ebola. 
-Stade de développement : phase 3, avec 2 essais portant sur un objectif de 60 000 participants. Un premier essai avec une dose et un deuxième avec deux doses. 
-Conservation : selon le fabricant, il peut rester deux ans à -20°C et trois mois entre 2 et 8°C. Assez simple à transporter et distribuer donc. 
-Ce que l’on sait : le laboratoire a annoncé que 98% des 1045 participants des essais de phases 1 et 2 avaient développé des anticorps. « Les essais ont pris du retard car il y a eu un évènement indésirable lors de la phase 3, l’été dernier, ce qui a ralenti le protocole », indique Bruno Pitard.  
-Ce que l’on ignore : quand sera finie la phase 3. Donc pas de visibilité sur la date de commercialisation. Pour le moment, aucun pays n’a commercialisé ce vaccin. 

5-Sanofi/GSK
-Type de vaccin : à protéine recombinante, basé sur la protéine Spike qui se trouve à la surface du Sars-CoV-2. Après multiplication de cette protéine in vitro, elle est injectée dans le muscle avec un adjuvant. Le corps sera ensuite capable de bloquer le passage du virus dans les cellules en cas de future exposition. 
-Stade de développement : les phases 1 et 2 ont été effectuées, mais des retards ont été annoncés début décembre. « Sanofi parle maintenant d’une mise sur le marché fin 2021. C’est catastrophique pour eux ! Dans un an, peut-être que le virus aura muté de nombreuses fois ou aura disparu comme il est arrivé, personne ne peut le savoir », analyse Bruno Pitard. Par ailleurs, Sanofi développe depuis décembre une deuxième stratégie à ARN messager, mais la phase 1 a également été retardée. 
-Conservation : comme le vaccin contre la grippe, il pourra être conservé au réfrigérateur. 
-Ce que l’on sait : les essais cliniques ont été repoussés pour améliorer la réponse immunitaire chez les personnes âgées, jugée insuffisante lors des phases 1 et 2. Résultat, ce vaccin ne devrait être disponible qu’au 4ème trimestre 2021, ont annoncé les deux labos. L’objectif des laboratoires est d’affiner la concentration d’antigènes de manière à obtenir une réponse immunitaire élevé dans toutes les tranches d’âge. « Ce vaccin représentait une alternative connue [les vaccins contre le cancer du col de l’utérus et l’hépatite B sont des vaccins protéiques]. La communication aurait été facile et rassurante et de plus, c’est une entreprise Française…», souligne Bruno Pitard. 
-Ce que l’on ignore : « Le problème des vaccins protéiques, c’est qu’ils sont plus longs et coûteux, d’autant que la protéine S est complexe à produire. L’une des difficultés est d’avoir une protéine S ayant une bonne conformation. In fine, cela fait beaucoup d’inconnues… », ajoute l’expert. 

6-CureVac
-Type de vaccin : ARN messager, comme Moderna et Pfizer
-Stade de développement : le fabricant indique avoir 4 mois de retard sur ses concurrents. La phase 3 a démarré le 14 décembre. Elle porte sur plus de 35 000 participants en Europe et en Amérique Latine. Pour accélérer le développement de ce vaccin, le géant de la pharmacie Bayer a annoncé le 7 janvier un partenariat avec CureVac. 
-Conservation : selon les annonces du laboratoire, ce vaccin à ARN messager serait bien plus simple à conserver que ses concurrents Moderna et Pfizer. La stabilité du produit a été testée à deux températures pendant 3 mois, à 5°C et à -60°C et, dans les deux cas, l’efficacité était préservée. 
-Ce que l’on sait : selon le DG de CureVac « les données collectées à ce jour sur la sécurité clinique et l’immunogénicité sont prometteuses ». 
On sait aussi que ce vaccin, fortement soutenu par l’Union européenne, sera fabriqué à grande échelle sur le territoire européen, grâce à des partenariats, notamment en France. L’UE a déjà réservé 405 millions de doses de ce vaccin. 
-Ce que l’on ignore : sa date de commercialisation. Il pourrait être disponible à partir de fin avril, sans certitude.

Pour en savoir plus : https://www.infectiologie.com/UserFiles/File/groupe-prevention/covid-19/vaccins-covid-19-questions-et-reponses-spilf-24dec2020.pdf 
 

Portrait de Sophie Cousin

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