Une mobilité au pays du soleil levant ?

Au delà d'un goût immodéré pour les mangas et les sushis, il existe des raisons plus scientifiques qui poussent à faire un fellowship japonais. Encore faut-il les connaitre et ne pas se tromper.

Premier argument de poids en faveur de cette destination, le Japon illumine le monde par ses innovations en… endoscopie digestive. Autant dire que si on est psychiatre, l’intérêt est plus limité. Les endoscopes, produits dérivés des appareils photo, sont à plus de 95 % japonais ! Les prototypes et techniques innovantes qui en découlent sont en grande majorité développés sur cet archipel de 120 millions d’habitants. Autrement dit, pour les spécialistes travaillant sur l'image, il est certain que découvrir des endoscopes qui n’arriveront peut-être en Europe que dans 10 ans et côtoyer un savoir-faire technologique sans équivalent sont des raisons suffisantes pour franchir le pas.

Mais le Japon n'est pas la destination idéale pour toutes les spécialités, contrairement à nombre de pays européens ou anglosaxons réputés pour accueillir des fellows. En particulier, si, comme on l’a dit, les Japonais sont très à la pointe dans certaines spécialités techniques, surtout celles utilisant de l’image (coelioscopie, endoscopie, radiologie interventionnelle, techniques endovasculaires…), il en va autrement pour un certain nombre d’autres domaines. D’ailleurs, les Japonais eux-mêmes reconnaissent assez humblement ne pas briller en oncologie, par exemple (excepté pour le cancer de l’estomac). Du coup, sur place on constate un afflux d’étudiants et de fellows étrangers dans les quelques services de rayonnement international, pendant qu’en médecine, plus globalement, c’est le désert ! Le Japon est ainsi. Unique pour certaines niches et sans intérêt pour d'autres. Il est donc absolument nécessairement de très bien se renseigner avant de partir.

Surtout que l’intégration dans un projet de recherche y reste difficile et assez exceptionnelle. Cela ne doit pas décourager ceux qui en rêvent, mais clairement le Japon, ça se mérite ! Et la participation à des sujets de recherche est si ardue que forcé, ça s’en ressent sur les publications qui en découlent… parfois très (trop ?) rares malheureusement. Il faut donc s'assurer que son fellowship ne sera pas évalué en France uniquement sur l’aspect du nombre de publications…

Dans tous les cas, certaines précautions doivent être prises avant de choisir le Japon qui est, pour le moins, très éloigné aussi bien géographiquement que culturellement ! Et ça commence par ne pas sous-estimer l’épineuse question de la langue. Le niveau local d’anglais est assez faible, et peu de personnes font l’effort au quotidien de s’exprimer dans la langue de Shakespeare. Du coup, collaborer est parfois très difficile, sauf à parler japonais bien sûr, ce qui en soi relève aussi d’une forme de difficulté non négligeable.

En tout cas, un conseil : si vous demandez à un Japonais au boulot s’il parle anglais, et qu’il répond « chiotto » (« un peu » en langue nippone)… fuyez vite ! ou vous risquez de vous arracher les cheveux chaque jour de recherche.

Enfin, pas question de se lancer solo dans l’aventure japonaise. L’appui de ses patrons est un in-dis-pen-sa-ble pour assurer sa prise de contact avec les équipes locales, pour être écouté et avoir des chances de voir son projet fleurir.

En résumé
Le Japon ne se choisit pas par hasard, et sûrement pas sans conseil ni recommandations de patrons. Il faut un minimum de goût pour la culture nippone et une justification scientifique vérifiée, car les codes locaux et le coût de la vie peuvent rendre ce choix de fellowship très peu rentable, financièrement comme intellectuellement. Mais si tout est checké, le Japon peut s'avérer un choix excellent !

Portrait de Clémentine Gandilhon
article du WUD 20

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