Une construction professionnelle en réaction

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N'étant pas décidée à rentrer dans les moules bien coulés et préparés par nos aînés, notre génération peut être prise de doute. Pas de place effectivement pour la certitude, si ce n'est celle d'avoir à réinventer de nouveaux modèles.

Une construction professionnelle en réaction

L’appellation « génération Y » ne renvoie pas à une définition communément et uniformément admise. Le Y ferait référence à « why ? », en raison de la propension que cette génération a de tout remettre en question à grands coups de « pourquoi ? ». On trouve aussi souvent comme explication la similitude entre la forme du Y et les écouteurs de musique qui caractériseraient cette population. Après quoi, cette génération connaît d’autres appellations ; on recense pas moins de 70 autres références : digital natives, e-génération, les suivants...

La « génération y » c’est quoi, c’est qui?

Le concept occidental de génération Y n’est en fait pas récent. Il est apparu tandis que les nouvelles technologies se développaient de façon accrue. Pour faire simple, on pourrait dire qu’elle regroupe ceux qui ont grandi avec les CD, DVD, mp3, smartphones, ou encore n’ont pas eu à faire leur service militaire. Tous ceux qui, dans le milieu médical, ont toujours connu TDM, IRM, plateau technique et monitoring au bloc, etc. Nés entre les années 80 et le milieu des années 90, ils n’ont jamais vécu dans un monde sans SIDA et constituent aujourd’hui 40 % des actifs en France.

Emmanuelle Duez, fondatrice du BosonProject, start-up de counselling pour grandes entreprises en génération Y notamment, et de WoMen’ Up, association par et pour la génération Y, est une représentante active et visionnaire de cette génération. Lors de la 4e édition du Positive Economy Forum au Havre, en 2015 (vidéo disponible sur Youtube), elle explique que cette génération est « symptomatique d’un changement du monde qui la dépasse bien largement ». Pour elle, la génération Y est aussi championne des toutes premières fois : première génération mondiale, première grande génération puisque 50 % de la population mondiale a moins de 30 ans, première génération postmoderne, première génération numérique et connectée, donc première génération omnisciente qui a le savoir à portée de main, en un clic.

Ce dernier point est essentiel : comme le souligne Emmanuelle, cet accès à l’information change le rapport à l’autorité, la hiérarchie, l’entreprise. Car jusqu’alors c’était le savoir qui donnait le pouvoir. Autant dire qu’avec un deuxième cerveau dans la poche mais pas sa langue, la génération Y a de quoi irriter et bousculer ses aînés. Et justement, à l’hôpital comme ailleurs, ces derniers ne se gênent pas pour répliquer et qualifier cette jeunesse de tous les manquements possibles. Bref, c’est un véritable choc des générations qui est à l’œuvreet la santé n’en fait pas l’économie.

Génération y médicale

Si nos aînés, nos patrons n’ont pas vu la génération Y arriver, c’est uniquement parce que l’entrée tardive dans la carrière médicale a retardé sa présence dans le corps médical. Jusqu’ici, il ne s’agissait que d’étudiants et d’internes aux comportements « immatures ». Il s’agit maintenant de jeunes chefs de clinique, de PH, de jeunes installés en libéral. Bref, la génération Y est maintenant bien là.

Panique !

Parce que là aussi, comme dans l’entreprise, la confrontation des attentes et des besoins de la génération Y à ceux de ses aînés n’est pas sans poser des incompréhensions. S’il existe un décalage entre ce que notre génération entend dire d’elle et la manière dont elle se voit, c’est tout simplement que son référentiel est différent.

Cécile Monteil, pédiatre, blogueuse et startupeuse considère que sa génération n’a pas les mêmes aspirations que les précédentes, mais que la passion du métier reste inchangée. « On conçoit la vie différemment. Le contexte socio- économique ainsi que les nouvelles technologies contribuent à cette différence. Même si la génération Y s’inscrit plutôt dans une conception multicarriériste et qu’elle est plus mobile qu'avant, il n’y a pas de remise en cause de la pratique de la médecine. Les gens font médecine pour être médecins et prendre soin des patients. Les jeunes médecins aujourd'hui deviennent de vrais navigateurs du savoir plutôt que des disques durs d'apprentissage par cœur. Ils comptent sur les nouvelles technologies pour les aider dans leur travail, ce qui peut aussi libérer du temps de relation humaine en plus pour le face-à-face avec les patients. »

Voici donc les nouveaux médecins. Nos aînés qui, pour les plus anciens, avaient réécrit les carrières médicales, se confrontent à un nouveau changement. Avec un référentiel de valeurs et des envies différentes, les jeunes médecins vont avoir eux-mêmes à écrire non pas leur carrière, mais leur métier.

 

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