© iStock / Eliott Hergat
Vous êtes médecin généraliste de formation. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à ce point à une maladie spécifique, le diabète ?
Le diabète de type 1 relève effectivement plutôt de la diabétologie spécialisée. En revanche, le diabète de type 2, qui concerne environ 92 % des patients diabétiques, est avant tout une pathologie de médecine générale.
Seuls 10 % des patients diabétiques auront besoin d’un suivi par un diabétologue. Dans la grande majorité des cas, ce sont les médecins généralistes qui assurent leur prise en charge.
Pourquoi vous a-t-il semblé nécessaire de fonder un centre entièrement dédié au diabète ?
Le diabète est une pathologie complexe, qui nécessite une coordination importante entre de nombreux intervenants. Pour un médecin généraliste exerçant seul, assurer une prise en charge complète et conforme aux recommandations est un véritable défi.
L’Académie de médecine parle d’ailleurs de la prise en charge du diabète comme d’« un grand bricolage ».
Du côté des patients, la fragmentation des soins est également difficile à vivre. Ils doivent eux-mêmes chercher des spécialistes, enchaîner les rendez-vous chez l’ophtalmologiste, puis le cardiologue, parfois à l’autre bout de la ville. Cela génère du stress et complique considérablement le parcours de soins.
Les conséquences sont visibles dans les données épidémiologiques, qui sont très préoccupantes. À titre d’exemple, seuls 32 à 34 % des patients bénéficient d’un suivi cardiologique correctement mené. En ophtalmologie, alors que tout médecin sait qu’un patient diabétique doit avoir un fond d’œil régulier, seulement 50 % des patients sont suivis conformément aux recommandations.
L’idée du centre est née en décembre 2023. La phase opérationnelle dure depuis un an. Les premières consultations ont eu lieu en novembre 2025, et le recrutement se poursuit actuellement.
Concrètement, qu’est-ce qu’on retrouve dans le centre ?
L’objectif est de proposer un parcours de soins coordonné pour les patients diabétiques. Nous avons ouvert un premier centre dans le 13ᵉ arrondissement de Paris. Il s’étend sur 428 m² et comprend 16 cabinets de consultation, ainsi que des salles d’attente et un espace de repos pour les soignants.
Le centre regroupe à la fois des professionnels médicaux et paramédicaux. Côté médical, on retrouve la médecine générale, la diabétologie, la cardiologie, la médecine vasculaire, l’ophtalmologie et la néphrologie. Nous souhaitons désormais recruter des neurologues, ainsi que des psychiatres, car on estime que 70 % des patients diabétiques présentent une comorbidité dépressive.
Sur le plan paramédical, sont présents des kinésithérapeutes, podologues, diététiciennes, psychologues, infirmiers et infirmiers en pratique avancée.
Le centre se veut une véritable porte d’entrée pour tous les patients diabétiques, quels que soient leurs besoins. Ils doivent pouvoir y trouver l’ensemble des compétences nécessaires à leur prise en charge.
Le parcours de soins débute par une première consultation avec un infirmier en pratique avancée. Celui-ci coordonne le suivi, analyse les examens déjà réalisés, les antécédents et identifie les éventuels manques dans le suivi. Le patient est ensuite orienté vers les professionnels concernés.
En moyenne, un patient repart avec cinq rendez-vous. Nous essayons de les organiser au maximum sur un temps regroupé, selon un fonctionnement proche de celui d’un hôpital de jour. Les patients peuvent ainsi être convoqués sur une matinée et voir successivement un cardiologue, un diabétologue, un néphrologue ou un podologue, par exemple. C’est un mode d’organisation très apprécié.
« Le centre se veut une véritable porte d’entrée pour tous les patients diabétiques, quels que soient leurs besoins. Ils doivent pouvoir y trouver l’ensemble des compétences nécessaires à leur prise en charge. »
Quels sont les retours des médecins qui travaillent pour Diabet’ ?
Nous avons investi fortement dans les locaux, avec l’objectif de proposer un cadre de travail agréable et du matériel de très haute qualité.
En ophtalmologie par exemple, nous disposons d’équipements de pointe, parmi ce qui se fait de mieux actuellement, et que l’on retrouve très rarement ailleurs.
Par ailleurs, le projet médical en lui-même fait sens pour beaucoup de professionnels. Cela facilite clairement le recrutement.
Il n’existe aucune structure semblable en Europe. N’avez-vous pas peur d’être rapidement saturé ?
Ce n’est pas un problème. Si le centre est saturé, nous en ouvrirons d’autres. C’est précisément l’objectif du projet.
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