Terre ceinte

Critique de "Don't Forget Me", de Ram Nehari (sortie le 30 janvier 2019).

Une histoire d'amour improbable entre une jeune anorexique et un musicien schizophrène qui tentent avant tout de trouver leur place au sein d'une société de plus en plus rejetante et individualiste, et surtout de plus en plus folle...Comment conserver son identité et donner un cap à sa vie avec une pathologie psychiatrique, et au milieu d'un tel désordre? Eléments de réponse avec ce film israélien souvent bancal mais qui réussit à nous toucher sur la fin.

Niel vit dans un foyer thérapeutique. Il a pour passion le tuba et se met dans la tête de rejoindre le groupe de musique d'un de ses amis d'enfance, retrouvé par hasard sur les réseaux sociaux. Il monte à Tel Aviv pour le rencontrer. Ce dernier, qui visiblement n'a pas compris que Niel s'était autopersuadé d'un projet qui n'a jamais existé, doit se rendre avec sa compagne, mannequin, dans un centre de traitement des TCA, tendance manière forte, où elle prétend sensibiliser la société à cette problématique. Niel les accompagne et se retrouve confronté à la jeune Tom, qui ne rêve que d'échapper au traitement et de s'évader...

On ne va pas vous mentir, Don't Forget Me est un film à côté duquel on pourrait aisément passer, la faute à une réalisation poussive jouant un peu trop sur la corde "amateur", et aussi à une certaine complaisance pour le glauque. Néanmoins, Ram Nehari parvient à nous transmettre deux messages intéressants. On peut en effet apprécier ce film sous l'angle d'une lecture immédiate, quasi-documentaire, concernant la prise en charge "musclée" de certaines maladies psychiatriques, en particulier l'anorexie. Don' Forget Me montre bien à quel point la puissance des distorsions cognitives à l'oeuvre dans cette pathologie confine au délire, et conduit à l'application de moyens psychothérapiques délirants.

Le deuxième message lance subtilement un pavé dans la mare. Tout d'abord, il est frappant de constater qu'à aucun moment ce film hautement sociétal n'aborde un sujet politique. Comme si celle-ci était absente d'une société pourtant en proie à de nombreuses crises intestines. La seule référence au monde extérieur est cette diatribe délirante dans laquelle part la mère de Tom, végétarienne de l'extrême, quand elle apprend que celle-ci veut suivre Niel à Berlin, cette ville qui cuit et mange de la viande comme autrefois elle brûlait les bébés juifs. Pourtant, le constat est assez clair: en cherchant désespérément à se trouver eux-mêmes, peut-être grâce à la force de cet amour qui est avant tout une union de leurs forces, Tom et Niel se heurtent à une société emmurée, au bord de la folie et du chaos, comme un grand hôpital psychiatrique à ciel ouvert. La fin du film nous fait d'ailleurs nous demander si l'HP n'est finalement pas leur refuge le plus sûr...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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