Télémédecine : ca fait soixante ans qu'on l'attend

Et on commence à se lasser

Soixante ans après ses débuts, la télémédecine attend toujours à la porte du cabinet médical. Comment se fait-il qu’en plus d’un demi-siècle, à l’heure d’internet, on ne puisse pas encore faire coucou à son patient via une webcam ?  

 

L’aventure de la télémédecine ne date pas d’hier. Les premières expériences sur le sujet nous viennent du Nebraska Psychiatric Institute en 1956. Soixante ans après, médecins et patients attendent toujours de pouvoir consulter à distance. Alors que l’Ordre a pointé en février dans un rapport de mission les principaux problèmes freinant le développement de la télémédecine, c’est au tour de l’OMS de faire de même dans un document daté de mai dernier.

Qui veut plonger dans la paperasse ?

Si la télémédecine donne des sueurs froides à beaucoup de praticiens français, c’est essentiellement à cause des démarches à effectuer. En effet, un médecin libéral ou hospitalier qui souhaite l'exercer doit passer par un contrat avec son ARS. Et le dossier à remplir est épais. Pour simplifier les choses, un programme national serait le bienvenu, mais « pour le moment, il n’est pas encore mis en place », constate le Dr Bernard Astruc, médecin et fondateur d’Eutelmed, une société de télémédecine spécialisée dans la prévention des risques psychologiques liés à l’expatriation. « Aujourd’hui, la télémédecine se répartit essentiellement entre les hôpitaux », ajoute le médecin.

L’autre obstacle à franchir pour être un bon télémédecin, c’est la formation. Les bonnes attitudes face au patient en visio-conf’ ou au téléphone sont en effet différentes d'une consultation classique et ne s’acquièrent pas en un claquement de doigt. « Il ne faut pas se placer trop près de l’écran, expliquer au patient la marche à suivre, ce qu’il faut faire par exemple en cas d’interruption de la connexion », explique le Dr Astruc. Il est donc indispensable de passer par des organismes tel que l'Association nationale de télémédecine (Antel), habilitée par l'Organisme gestionnaire du développement professionnel continu (OGDPC) depuis 2014 à dispenser des programmes de formation professionnelle. Autre possibilité de formation, le DU de télémédecine de l’université de Bordeaux, mis en place la même année.

 La téléconsult’, un poil plus compliquée qu’un appel Skype

À ce stade, on s’en doute, votre front goutte et vous doutez d’avoir la force mentale d’aller plus loin. Mais si vous êtes encore là, sachez que les difficultés ne s’arrêtent pas aux tracasseries administratives. Les aspects technologiques auront peut être raison de votre motivation, car, pour proposer la téléconsultation à son patient, il est indispensable d’utiliser une plateforme sécurisée, garantissant la confidentialité de l’entretien et des données fournies par le patient. Or, pour le moment, aucune  plateforme officielle n’a été mise en place par les tutelles à une échelle nationale. 

Au final, la téléconsultation, parce qu’elle fait appel à des démarches administratives contraignantes couplées à des contraintes technologiques décourageantes, sort rarement des systèmes mis en place à l’hôpital. Si on a bien conscience de la complexité de mettre en place un tel dispositif au niveau national, on espère malgré tout, comme l'OMS et l'Ordre, que l'attente prenne bientôt fin. Soixante ans, c'est bien long. 

Source: 

Johana Hallmann

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