Téléexpertise : "fluidifier la communication entre les hospitaliers et les libéraux"

Spécialisée dans les applications web médicales et la téléexpertise, la startup française Postelo s’est s'associée au Centre hospitalier intercommunal (CHIC) Castres-Mazamet, afin d'améliorer la coordination des soins entre les spécialistes de l'hôpital et les libéraux de la région. Créée en février 2018, leur plateforme web facilite la mise en relation des professionnels de santé via un annuaire dédié à la téléexpertise et leur permet d'échanger simplement grâce à une messagerie conçue spécifiquement pour cette nouvelle pratique. La plateforme permet de rémunérer les médecins pour leurs demandes d'avis, sans ajouter de travail administratif. Membre de la French tech bordeaux, la startup a été primée l’année dernière lors des Trophées de la e-santé (dans la catégorie coordination des soins). Nous avons posé quelques questions à Jean-François Schaff, cofondateur et président de Postelo.
 

What’s up Doc. Comment fonctionne votre plateforme de téléexpertise ?

Jean-François Schaff : La téléexpertise permet à un médecin de solliciter l'avis d'un spécialiste face à une situation médicale donnée. Quand un médecin généraliste se pose une question et a besoin de l’aide d’un confrère, il pourra désormais passer par la plateforme web de Postelo. Nous lui fournissons l’accès à un annuaire de médecins qui se sont inscrits sur notre plateforme pour faire de la téléexpertise. Le médecin peut choisir dans cet annuaire le médecin qui a la spécialité qu’il recherche et les compétences spécifiques pour répondre à sa question. S’il s’agit par exemple d’équilibrer un traitement de diabète, il posera des questions à un diabétologue. Le patient n’aura donc plus besoin de passer par la case « spécialiste », car le médecin traitant sera directement conseillé par les spécialistes. Cela va permettre de réduire les dépenses de santé car va on réduire le nombre de consultations. Cela va aussi faire gagner du temps à tout le monde, car le patient n’aura pas besoin de se déplacer pour aller voir un spécialiste. En effet, pour les choses relativement simples, c’est beaucoup plus rapide pour le spécialiste de répondre à une question par mail, plutôt que de faire une consultation. Les prises en charge seront donc plus précoces, ce devrait permettra de diminuer la chronicisation des maladies.

WUD. À quels besoins spécifiques répond votre plateforme de téléexpertise ?

J-F. S. Notre plateforme permet de fluidifier la communication entre les spécialistes de l'hôpital et les libéraux. Aujourd’hui, cette communication n’est pas fluide parce que les technologies utilisées datent un peu. Il y a aussi un gros blocage réglementaire sur la sécurité des données. Par exemple, les hôpitaux utilisent comme tout le monde le mail. Le mail peut être utilisé en interne à l’hôpital, mais il ne peut pas être utilisé quand l’hôpital communique avec la médecine de ville car ce n’est pas assez sécurisé. Imaginons que l’hôpital envoie un mail à un médecin qui est sur Gmail, les données médicales vont être stockées sur un serveur Gmail qui ne respecte par le RGPD (Règlement général sur la protection des données) et le droit européen en matière de protection des données (1). À l’inverse, notre service ne fait pas de concessions sur la partie sécurité des données. Nous respectons la réglementation française en matière de sécurité des données, mais aussi le RGPD. Nous sommes également hébergés sur des serveurs dédiés agréés santé. Notre modèle économique ne consiste pas à exploiter les données médicales d’une manière ou d’une autre. Nous n’avons pas le droit de voir les données, seuls les médecins peuvent les voir.

WUD. Quel est l’apport de votre solution pour les médecins ?  

J-F. S. L’apport principal pour le médecin généraliste (ou médecin requérant), c’est qu’il va vraiment gagner du temps quand il fera une demande d’avis médical. En général, quand les médecins traitants ont besoin d’un avis, ils appellent l’hôpital pour essayer de joindre le service concerné et tombent sur des secrétariats. De plus, le spécialiste hospitalier n’est pas forcément disponible. Mais quand on utilise notre plateforme, on envoie une question écrite via un logiciel qui ressemble à de la messagerie instantanée. Le médecin traitant va donc trouver une personne « ressource » qui lui répondra sous 24h ou 48h, en fonction de l’urgence du cas.

WUD. En dehors du gain du temps, quel est l’intérêt de votre solution pour les médecins ?

J-F. S. Pour les spécialistes hospitaliers qui vont répondre aux demandes, notre plateforme fait aussi office d’outil d’organisation en interne. Il y a un aspect « travail collaboratif ». Tous les médecins d’un service prêts à donner des avis médicaux vont rejoindre un groupe commun. Ils vont pouvoir s’organiser entre eux pour faire en sorte que les avis puissent être donnés. Ils auront aussi tous accès à l’information, parce que tous les médecins voient tous les avis donnés par le service.

WUD. Est-ce que vous rémunérez les médecins libéraux pour leurs demandes d'avis ?

J-F. S. Tout à fait. En dehors du cadre hospitalier, nous proposons une offre spécifique pour les médecins libéraux qui seront rémunérés pour leur téléexpertise. Par exemple, un cardiologue pourra s’inscrire chez nous pour faire de la téléexpertise via Postelo. Il existe deux types de téléexpertises, dont le niveau varie selon la complexité du dossier du patient et de leur fréquence. La téléexpertise de niveau 1 est rémunérée 12 euros par avis. La téléexpertise de niveau 2 est rémunérée 20 euros. C’est aussi un avantage pour les établissements de santé qui seront rémunérés pour les actes de téléexpertise. Jusqu’à présent, ils étaient réalisés par téléphone ou par fax, ils ne permettaient donc aucune traçabilité et aucune rémunération.

1 : Pour Jean-François Schaff, Gmail et Google « respectent en gros le RGPD dans le cas général », c'est à dire hors santé. Mais il y aurait « un souci » quand « des données nominatives de santé sont hébergées sur Gmail. Le RGPD prévoit des dispositions particulières pour ce cas précis des données nominatives de santé, qui ne sont alors pas forcément remplies quand les médecins s’échangent de telles données par mail. En plus de cela, les services des gros acteurs du web ne sont pas hébergés sur des serveurs certifiés santé (au sens français du terme cette fois-ci, il ne s'agit plus du RGPD) ce qui les rend impropre à traiter des données de santé. »
 

Portrait de Julien Moschetti

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