Téléconsultation : des médecins témoignent

Du fait de l’épidémie de COVID-19, nombreux sont les médecins à opter pour la téléconsultation. Quelle que soit la spécialité, chacun semble y trouver son compte. Trois médecins (une psychiatre, un cardiologue et un généraliste) répondent à nos questions.
 

Pour faire face à la crise sanitaire, les docteurs Raymond Salas (cardiologue à Montauban), Bérengère Tougeron (psychiatre à Nantes) et Catherine Thiebaut-Defaux (généraliste à Saint-Mandrier-sur-Mer) ont tous les trois opté pour la solution de téléconsultation CLICKDOC. Ils ont fermé leur cabinet et n’exercent plus pour l’instant qu’à distance. Ils témoignent de leur « nouvelle » façon de pratiquer. 

Depuis quand utilisez-vous la téléconsultation ?

 R.S. : Ça fait maintenant un mois et demi. C’est la crise sanitaire qui m’y a poussé mais cela faisait un moment que je voulais me lancer. J’ai commencé à sérieusement l’envisager au mois de janvier.
 
B.T. : J’ai commencé quelques jours après le début du confinement. J’étais pourtant à mille lieux de la téléconsultation. Je la considérais contraire à mon éthique. Mais quand le confinement a été annoncé, j’ai eu beaucoup d’annulations. J’étais inquiète pour le suivi au long cours de mes patients, que je ne voulais pas interrompre. J’ai donc décidé de sauter le pas.
 
C.T-D. : Depuis le 17 mars. J’ai vraiment été la dernière car j’étais hyper réfractaire. Mais je suis revenue sur mon opinion. 

Comment ont réagi vos patients ? 

R.S. : Quand j’ai proposé ce mode de consultation à mes patients, quelques-uns ont été réfractaires. Mais dans leur majorité, ils ont été plutôt enthousiastes.
 
B.T. : Au départ, très peu étaient d’accord. Mais le temps de se faire à l’idée, certains changent maintenant d’avis et je reçois de plus en plus d’appels.
 
C.T-D : Je n’ai pas rencontré de réticences. J’ai même fait une téléconsultation avec un patient de 96 ans aidé par sa petite fille. 

Pour quels motifs êtes-vous consulté en ce moment ?

 R.S. : Actuellement, mes consultations se résument à dépanner certains patients qui souhaitent un avis complémentaire ou qui ne peuvent pas physiquement se déplacer. Je suis notamment bénévole dans un EHPAD situé à 30km de Montauban. Grâce à la transmission des électrocardiogrammes réalisés par les infirmières sur place, je peux établir des diagnostics de pathologie cardiaque si un patient fait un malaise, par exemple.
 
B.T. : J’assure principalement la continuité de suivi de dépression et de psychothérapie de mes patients. Mais il arrive aussi qu’un rendez-vous ponctuel soit nécessaire pour des angoisses liées à la situation du confinement, vécue difficilement.
 
C.T-D. : On a des diagnostics variés : une fracture de la clavicule en trampoline, une entorse du genou, une hospitalisation pour rétention urinaire, des phlébites, des constipations … et quelques cas suspects de COVID-19, que nous avons orientés vers des centres dédiés. 

La téléconsultation est-elle adaptée à votre pratique ?

 R.S. : Oui, en partie. Les cardiologues travaillent beaucoup grâce à des examens complémentaires. Avec un électrocardiogramme, on peut faire un dépistage, repérer des irrégularités (fibrillation auriculaire…). Dans une situation de malaise ou de déficit d’une partie du corps, on pourra par exemple diagnostiquer un risque d’AVC lié à une arythmie. Nous avons eu deux cas de ce genre à l’EHPAD. Ils ont été mis tout de suite sous anticoagulants.
En revanche, si on souhaite faire un diagnostic précis, à l’aide d’épreuves d’effort ou d’une échographie, c’est bien évidemment impossible à réaliser en télémédecine.
 
B.T. : Instinctivement, on aurait tendance à penser que la téléconsultation est très appropriée à la psychiatrie. Mais rien ne vaut l’échange physique car nous avons des indices physiques lors d’une consultation en cabinet que l’on ne peut voir en téléconsultation. Cela reste néanmoins une bonne solution lorsqu’on ne peut pas faire autrement.
 
C.T-D. : Grâce à la visioconférence, on peut réellement apprécier l’état des patients. Pour certains d’entre eux, la téléconsultation peut donc être intéressante. Mais pour des actes comme les frottis de dépistage ou les vaccins, elle est inadaptée. 

Vous utilisez CLICKDOC, une plateforme de téléconsultation gratuite pendant la crise. Qu’en pensez-vous ?

 
R.S. : Je n’ai eu aucune difficulté pour m’adapter. Ça s’est fait immédiatement. Tout a bien fonctionné. J’ai trouvé ça très simple, et j’ai apprécié les fonctionnalités d’échange de documents entre les patients et nous.
 
B.T. : Après avoir suivi la formation dispensée en ligne, j’ai découvert en même temps que mes patients les intérêts de CLICKDOC : une bonne qualité d’image et de son, la facilité d’utilisation, la simplicité de l’interface… J’en suis très satisfaite et mes patients apprécient. Les éditeurs nous ont bien aidés sur ce coup !
 
C.T-D. : J’ai été surprise par la rapidité d’adaptation. Ça a été beaucoup plus vite que je ne le pensais. Et c’est efficace ! On voit nos patients avec une impression d’être vraiment « dans la consultation ». En plus, la plateforme est gratuite et fonctionne avec mon logiciel métier. Et puis, travailler de chez soi, c’est confortable !

Et pour la suite ?

 
R.S. : Une fois qu’on s’habitue, on ne peut plus s’en passer ! Après la crise, je continuerai à utiliser la téléconsultation quand cela est possible.
 
B.T. : Je compte bien continuer à utiliser la téléconsultation. Elle pourra être très utile pour le suivi de patients qui le demandent suite à un déménagement, un voyage, une grossesse …
 
C.T-D. : Je garderai un créneau de téléconsultation. Mais je ne veux pas l’utiliser en exclusif car mes patients me manquent !
 
 « Avec le partenariat de Compugroup Medical »
 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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