Sur le fil du rasoir

Avant-première: "Les Equilibristes", de Perrine Michel (sortie le 14 octobre 2020)

Hôpital des Diaconesses, Paris: la réalisatrice Perrine Michel a installé sa caméra dans le service de soins palliatifs. Elle observe l'équipe médico-infirmière lors de moments d'échange, formels ou non. Parallèlement, une autre histoire se raconte, celle de l'accompagnement de sa propre mère, atteinte d'un cancer incurable, jusqu'aux soins palliatifs. Un docu qui nous laisse derrière la porte tout en nous plaçant par moments dans une position de voyeurs, et qui peine, justement, à trouver un équilibre...

Filmer la vie d'une équipe de soins palliatifs, ou plus exactement la façon dont se conçoit et se construit ce soin si particulier. Peut-être la seule spécialité, en médecine, où les objectifs de soins prennent un sens différent. Où identifier un signe d'apaisement, même furtif, chez un patient, donne lieu à des victoires partagées, petites seulement en apparence. Filmer ce moment de vie et de soins à la fois hors du temps, comme suspendu, et pleinement vivant : voilà ce qui semble être le défi de Perrine Michel, et ce qui a probablement donné son titre à ce documentaire. Cette façon d'écouter et de regarder, sans jamais intervenir, cette équipe qui se réunit régulièrement, en est l'aspect le plus réussi.

La réalisatrice a pris soin de ne pas franchir la porte de la chambre des malades, comme si filmer de trop près la maladie, la souffrance et la déformation des corps, risquait de compromettre notre compréhension de l'essentiel pour elle: observer et montrer ce qui fait corps chez une équipe, ce qui leur permet de rester en équilibre. Démarche louable et intéressante, mais on peut alors se demander pourquoi elle est lestée par un contrepoint qui, s'il s'explique très bien de par la trajectoire personnelle de Perrine Michel, peine à compléter le coeur du film, ou plutôt ce qui était censé l'être. Car les moments où l'on assiste aux conversations téléphoniques enregistrées de la réalisatrice à ses proches durant cette période phagocytent peu à peu ces scènes basées sur l'altérité et l'échange. En choisissant de ne nous donner accès qu'à sa voix, elle nous enferme dans un monologue intérieur qui est l'inverse même de cette altérité.

Cette alternance de points de vue est certainement intéressante, mais elle est trop impactante, trop maladroite - cette effraction dans l'intime est doublée de scènes de danse qui à la fois alourdissent et affadissent le propos. Le retour régulier aux Diaconesses constitue peu à peu une bouffée d'oxygène mais dure trop peu de temps pour nous faire reprendre le souffle ou récupérer notre attention. C'est ce déséquilibre qui finit par nuire à ces Equlibristes : un comble...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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