Suicide de médecins : études, confidentialité et stigmatisation pointées du doigt

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Une psychiatre et une médecin généraliste canadiennes résument en cinq points les particularités liés aux suicides de médecins.

Suicide de médecins : études, confidentialité et stigmatisation pointées du doigt

L’actualité l’a malheureusement encore montré en 2019 : les médecins sont exposés aux risques psychosociaux. Les suicides de praticiens et d’internes se sont multipliés. Si les chiffres robustes manquent pour tirer des conclusions scientifiquement intouchables sur le taux de suicide, son évolution ou encore les raisons qui le favorisent, deux médecins canadiens (1) se sont lancées dans une mini-revue de la littérature, publiée dans le Canadian medical association journal, afin d’isoler cinq points importants pour appréhender le phénomène.
 
Des informations à prendre avec des pincettes, donc, mais qui ont le mérite de fournir quelques indications.
 

1 Le suicide est le point noir de la santé des médecins

« Le suicide est la seule cause de mortalité qui est supérieure chez les médecins, en comparaison du reste de la population », rappellent les deux chercheurs. Si une meilleure santé physique est corrélée avec le statut de médecin, c’est donc l’inverse pour la santé mentale. Le risque de suicide serait ainsi supérieur de 40 % chez les hommes, et plus que doublé chez les femmes (méta-analyse de 2004, American journal of psychiatry)
 

2 Les études de médecine comme point de départ

Plus d’un étudiant en médecine sur dix (11,1 %) aurait des idées suicidaires, et plus d’un sur quatre (27,2 %) présentent des symptômes dépressifs (méta-analyse de 2016, JAMA)
 

3 Les risques juridiques pèsent sur le moral

Une étude portant sur 8 000 médecins britanniques a montré que les médecins subissant des poursuites étaient presque quatre fois plus susceptibles de présenter des idées suicidaires que leurs confrères et consœurs (9,3 % contre 2,5 %). Le taux monte même jusqu’à 13,4 % chez les médecins qui ont eu affaire à des plaintes dans le passé (BMJ Open, 2014).
 

4 La prise en charge des médecins est compliquée

Parce que la maladie est plus stigmatisante chez les médecins, ceux-ci s’imposent des barrières supplémentaires dans la prise en charge de la maladie mentale. « Les médecins subissent un fardeau supplémentaire en ce qui concerne la confidentialité, la peur de la discrimination dans leur capacité à exercer, et dans leur avancement professionnel à l’hôpital », précisent ainsi les auteurs (JAMA, 2013).
 

5 L’empoisonnement et le traumatisme comme causes de décès

Les auteurs mettent en avant les armes à feu comme cause principale de décès lors des suicides de médecins. Sans doute vrai aux États-Unis, où l’étude (General Hospital psychiatry, 2013) a été menée, peut-être également au Canada, mais beaucoup moins en France. L’étude montre cependant une forte tendance au suicide par empoisonnement, notamment par benzodiazépines et antipsychotiques. L’accès aux médicaments favorisant évidemment leur utilisation… Les traumatismes liés à des chocs violents complètent les méthodes les plus utilisées.
 
 
En cas de détresse, les soignants peuvent s’adresser à la ligne d’écoute du Conseil national de l’Ordre des médecins au 0800 288 038 (numéro gratuit).
 
 
(1) Joy Albuquerque, psychiatre, département de psychiatrie de l’Université de Toronto (Canada)
Sarah Tulk, médecin généraliste, département de psychiatrie de l’Université de Toronto (Canada)
 

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