Santé mentale des jeunes médecins : quelles propositions pour venir en aide aux étudiants en souffrance ?

Ce mercredi 27 octobre, la salle Colbert de l’Assemblée nationale a accueilli le colloque consacré à la santé mentale des jeunes médecins. L’occasion de faire le point sur les résultats de l’enquête 2021 et discuter de solutions à mettre en place.

Derrière ces chiffres, on vous demande de ne pas oublier les visages de celles et ceux qui souffrent », déclarait Gaétan Casanova, président de l’ISNI, en préambule du colloque sur la santé mentale des jeunes médecins, organisé à l'Assemblée ce mercredi 27 octobre. « Pour continuer à prendre soin des autres demain, il faut prendre soin de nous aujourd’hui », renchérit Mathilde Renker, président de l’ISNAR-IMG. « On espère que ce colloque débouchera sur de nombreuses mesures concrètes », poursuivait Nicolas Lunel, président de l’ANEMF.

Ce colloque était en effet l’occasion de présenter les résultats (accablants) de l’enquête 2021 sur la santé mentale des futurs médecins, tous cycles confondus. Ils étaient 11 754 à avoir répondu à l’enquête. Résultats :

  • 75% des répondants présentaient des symptômes anxieux ;
  • 39% des symptômes dépressifs ;
  • 25% avaient vécu un épisode dépressif caractérisé ;
  • 19% avaient eu des idées suicidaires ;
  • 67% des externes et internes se sentent en burn-out ;
  • 23% avaient subi des humiliations ;
  • 25% du harcèlement ;
  • 4% une agression sexuelle.

Une sombre liste, avec des résultats probablement majorés un peu par la crise sanitaire, mais pas que. Parmi les victimes de violences sexistes et sexuelles, dans 76% des cas, les faits avaient eu lieu à l’hôpital et leurs auteurs étaient dans 60% des cas des médecins thésés.

Les trois organisations représentantes des internes constatent donc que les étudiants en médecine vont mal, qu’il y a urgence à agir et que la situation s’est même dégradée depuis la dernière enquête, en 2017.

Proposer des solutions

Les chiffres exposés sont amenés certes à faire le constat d’une situation dramatique et de l’urgence à agir, mais aussi une impulsion pour proposer des solutions et faire changer les choses.

« Ces chiffres me donnent la nausée et me rendent triste », commente Laurence Marbach, présidente de la LIPSEIM (Ligue Pour la Santé des Étudiants et Internes en Médecine) présente à la table ronde. « La LIPSEIM est issue d’un drame personnel. Le 2 mai 2019, ma fille, interne, a été retrouvée morte après avoir pris des bétabloquants suite à un épuisement professionnel. La situation se dégrade, on a créé une ligue pour que les choses changent », témoigne-t-elle. « Je suis pragmatique, il existe des lois, commençons par les appliquer. La première mesure est celle du respect du temps de travail. Il faut réaliser un décompte du temps de travail effectif c’est-à-dire le temps de pratique mais aussi le temps de formation. Ce n’est pas compliqué, il suffit simplement de mettre en place un système déclaratif », propose Laurence Marbach.

Benoît Elboode, directeur de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, également présent à ce colloque, a exposé les pistes exposées par sa région pour lutter contre l’épuisement professionnel et la maltraitance des internes. « En concertation avec les internes, on a mis en avant trois solutions. Une à court terme avec la mise en place d’un canal pour que les internes puissent saisir l’ensemble des acteurs en cas de problème. Une commission se tient à mi-parcours pour analyser les situations difficiles et agir immédiatement sans attendre la fin du stage. On peut changer l’affectation des internes si cela ne se règle pas », commence Benoît Elboode.

La deuxième solution qu’il expose est « à moyen terme. On va mettre en place un dossier sur l’engagement à respecter le droit des internes et expliquer comment il le fait pour respecter le temps de travail. Nous allons également créer une sanction : celle du changement du responsable médical de stage », poursuit-il.

« Enfin, à plus long terme : il faut mettre en place un dispositif pour connaître le temps de travail des internes : nous souhaitons créer une application pour le suivre, avec un système de notifications envoyées au maître de stage, au directeur d’établissement et à l’ARS en cas de dépassement. »

Parmi les axes proposés par les trois instances représentatives, une longue liste de propositions, au sein desquelles on retrouve :

  • A l’échelle nationale : des sanctions envers les établissements et les auteurs à l’origine de maltraitance, déstigmatiser les troubles psychiatriques, ou encore allouer des moyens humains et financiers pour une meilleure qualité de vie... ;
  • A l’échelle locale : assurer la présence d’une cellule d’accueil et d’écoute, renforcer les relais locaux, assurer la prise en charge des étudiants… ;
  • A l’échelle individuelle : assurer la confidentialité de l’étudiant qui s’exprime, promouvoir la qualité de vie à travers des formation ainsi que sensibiliser les enseignants et étudiants à reconnaitre un étudiant en difficulté avec une formation aux premiers secours en santé mentale…

Les engagements gouvernementaux

A ce colloque étaient également présents, physiquement ou virtuellement, les ministres concernés. En début de séance, Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation était à distance en direct via vidéo. « Ces travaux pointent la maltraitance, pouvant conduire à des situations de détresse ou pire. Nous rappelons notre objectif : tolérance zéro, engagement total. Il y a une ferme détermination à lutter contre ce problème tabou. En mai dernier, Olivier Véran et moi-même avons adressé une lettre pour encourager les acteurs à dénoncer ces situations et nous nous sommes engagés à ce que l’agrément de stage soit retiré en cas de maltraitance », rappelle-t-elle. Avant d’annoncer également des mesures renforcées : « 7 millions d’euros seront consacrés à un plan national d’actions contre les violences sexistes et sexuelles. Nous allons également élaborer un vade-mecum à destination des équipes et des étudiants. La formation aura une place privilégiée », poursuit la ministre.

Pour clôturer l’événement, Olivier Véran est venu s’adresser aux représentants des étudiants affirmant que son cabinet avait pris « à bras le corps la question de la santé mentale ». « Nous sommes très sensibles à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, il faut un changement culturel en médecine », a-t-il ajouté. Concernant l’enquête promise au printemps sur le temps de travail, il a assuré qu’elle avait été faite et « sera présentée dans les 15 jours ». Olivier Véran assure également que « les premières mesures (retraits d’agrément, changements de chef de service) ont été appliquées dès cet été ». Il s’engage aussi à faire respecter l’application de sanctions financières. Avant de conclure : « le rendez-vous est donné à l’heure des premiers bilans. On est à vos côtés pour la suite, grâce à vous, les choses changent ».

A lire aussi :

L’ISNAR-IMG a élu sa nouvelle présidente

A l’ISNI, Gaétan Casanova repart pour un tour

 

Portrait de Constance Maria

Vous aimerez aussi

Une réforme nécessaire… mais mal orchestrée. Victor Larsonnier est étudiant en 4e année et élu étudiant à l’UFR santé d’Angers. Il nous raconte...

Avant de choisir sa spécialité, il s’en est fait une sur les réseaux sociaux : celle d’opérer des fruits sur Tik Tok pour vulgariser les techniques...

Combattre l’injustice devant la justice. Les étudiants de première année recalés à la suite de l’oral à l'Université de Paris continuent leur combat...

Le gros dossier

 

Le magazine What’s Up Doc est édité par l’agence Planète Med.