Retraites : les médecins libéraux alertent sur une forte baisse des pensions

Cinq syndicats de médecins libéraux (SML, FMF, UFMLS, Le Bloc, Avenir Spé) ont manifesté le 3 février dernier pour s’opposer à la réforme des retraites du gouvernement. L’occasion de connaître les raisons de leur mécontentement.

Médecins, infirmiers, aides-soignants, masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes, avocats, pilotes de ligne, personnels navigants, experts comptables… Au total, 18 professions membres du collectif SOS Retraites (1) ont manifesté à Paris le 3 février dernier, afin de s’opposer au projet de réforme des retraites. Des professions « dont les caractéristiques communes sont d’avoir un système de retraites autonome qui ne génère pas de déficit, ne coûte rien à la collectivité car il est financé par les professions », tient à préciser le Dr Xavier Gouyou Beauchamps, le secrétaire général du syndicat Le Bloc joint par WUD.
 
Faisaient notamment partie du cortège : cinq syndicats de médecins libéraux (SML, FMF, UFMLS, Le Bloc, Avenir Spé) désireux de préserver leur régime de retraites et le niveau de leurs pensions qui pourrait être nettement revu à la baisse. Ce sont en effet les projections de la Carmf qui s’est lancée dans un comparatif prévisionnel pour l’année 2050 de la retraite des médecins libéraux, avec et sans réforme.
 
Verdict ? Si le système actuel était maintenu, la valeur des pensions serait de 50 729 euros par an en 2050 pour les médecins en secteur 1 qui auraient 80 000 euros de revenus. Si le système universel (SU) était appliqué, la valeur des pensions baisserait de 33 % pour atteindre 33 897 euros, soit une perte de 16 800 euros de pension par an !


 
Par ailleurs, pour un revenu de 80 000 euros, la baisse des cotisations serait de l’ordre de 7 000 euros, « somme insuffisante pour alimenter un nouveau régime complémentaire capable de compenser la baisse des retraites induite par le SU », considère le communiqué commun des cinq syndicats de médecins libéraux du collectif SOS Retraites.
 
Pour résumer, « les médecins libéraux auraient une retraite en forte baisse avec des cotisations en petite baisse, donc on est tout sauf gagnants dans ce système », estime Xavier Gouyou Beauchamps.
 
Par ailleurs, cette baisse des retraites serait « fragile », poursuit le communiqué qui précise que « si le principe de la participation financière de la sécurité sociale à nos cotisations retraites en secteur 1 est garanti, son montant ne l’est pas ».
 
En effet, une partie du régime de retraites des médecins est géré par l’État. Il s’agit de l’Allocation supplémentaire vieillesse (ASV) qui constitue en moyenne 35 % de la pension du médecin, avec une participation de l’assurance maladie à hauteur de 2/3 en secteur 1 et OPTAM (option pratique tarifaire maîtrisée, NDLR) » Mais « l’Assurance maladie ne cesse de vouloir baisser sa participation avec différents artifices », déplore Xavier Gouyou Beauchamps. 

Avenir incertain

Pour le chirurgien orthopédiste, l’avenir s’annonce donc plus que brumeux pour les médecins libéraux si le régime universel est mis en place : « On nous vend un projet de loi avec un emballage, mais on ne sait qui pas ce qu’il y a dedans, car la plupart des choses importantes qui vont être réglées le seront par ordonnance a posteriori. Donc l’Assemblée nationale discute du choix de l’emballage pour le cadeau, mais on ne sait pas encore quel cadeau il va y avoir à l’intérieur. » C’est ce qu’on appelle un « cadeau surprise » !
 
Et d'ajouter que le système proposé par le gouvernement met les médecins libéraux dans « dans un brouillard complet » car « on a fait une réforme sans connaître les chiffres des pensions à venir ».
 
En outre, les syndicats de médecins libéraux considèrent que le système universel condamnerait les régimes complémentaires des médecins « car il impacterait les revenus jusqu’à 120 000 euros (plafond de l’assiette de cotisations, NDLR), ce qui ne laisserait aucune place à un régime complémentaire conséquent », précise le communiqué qui ajoute que la Carmf perdrait ainsi « son action sociale envers nos confrères les plus fragiles et notre solidarité disparaîtrait ».

Fin des régimes autonomes ? 

La Carmf avait pourtant proposé que le régime universel s’applique jusqu’à 40 000 euros par an, précise Xavier Gouyou Beauchamps : « Il s’agissait d’un système redistributif. Et, au-delà de 40 000 premiers euros, les médecins auraient complété avec leur régime complémentaire. »
 
Or, le SU « englobe dans un système les revenus jusqu’à 120 000 euros, donc il y a pratiquement peu de choses qui lui échappent, donc plus aucune latitude pour les professions libérales comme la nôtre. Donc cela voulait dire que la caisse autonome disparaitrait pour les médecins, dans la mesure où elle n’aurait plus rien à gérer », poursuit Xavier Gouyou Beauchamps.
 
Et de conclure en rappelant la bonne gestion des régimes complémentaires par les médecins depuis une trentaine d’années, ce qui a permis de constituer des réserves financières « évaluées à 9 ans de prestations », selon le Syndicat national des médecins concernés par la retraite (SN-MCR).
 
Et, pendant ce temps-là, « la part de nos retraites qui dépendent de l’État a été mal gérée, donc on ne voit pas pourquoi le mauvais gestionnaire se permettrait de gérer la totalité de ce que sont nos cotisations », s’indigne Xavier Gouyou Beauchamps.
 
Dit autrement : « la survie de la médecine libérale exige de garder le contrôle du pilotage financier de nos retraites », demandent dans leur communiqué les syndicats de médecins libéraux qui ont enjoint la Carmf de faire un audit indépendant pour le comparer avec les simulations du gouvernement.

 
1 : Les organisations membres du collectif SOS Retraites sont : 
Conseil national des barreaux - Les avocats
ACK - Masseurs- Kinésithérapeutes
CONVERGENCE INFIRMIÈRE
FMF - Fédération des médecins de France
FOF - Fédération des orthophonistes de France
Groupe Facebook « Manifestation du 16/9 »
IFEC - Institut français des experts comptables et Commissaires aux comptes
ORA - Orthophonistes
SNGAF - Navigants du groupe Air France
SNPL - Syndicat national des pilotes de ligne
SNPNC - FO - Syndicat national du personnel navigant commercial
SNPNAC - Syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile
SNUP -Syndicat d’Union des Psychomotriciens
Syndicat ALIZÉ - Masseurs-Kinésithérapeutes
UCDF LE BLOC - Union des chirurgiens de France et médecins spécialistes libéraux
UFMLS - Syndicat de l’Union française pour une médecine libre
UNAC - Union des navigants de l’aviation civile
UNIDEL - Union Nationale des infirmiers Diplômés d’État Libéraux
UNSA PNC - Syndicat des Métiers de l’aérien Français

 

Portrait de Julien Moschetti

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