Requiem pour un don

Ciné week-end: Amy, de A. Kapadia (sortie le 8 juillet 2015)

L'été 2015 démarre décidément en musique et en larmes dans les salles obscures.

Après l'immense Brian Wilson, place aux jeunes! Et dans le cas de la regrettée Amy Winehouse, on peut dire que le diagnostic ne fait guère de doutes. Asif Kapadia, extraordinaire réalisateur de biographies filmées, a pourtant la rare intelligence de ne pas vouloir démontrer, expliquer, aller aux racines du mal. De l'enfance d'Amy, il taira pratiquement tout, idem pour les hypothèses psychopathologiques ayant pu fleurir sur son compte, se concentrant exclusivement sur la longue décennie couvrant l'éphémère carrière de la star. 

Tout nous est relaté de façon crue et claire, dessinant de façon terriblement illustrative une descente aux enfers qui constitue l'essence de l'addiction. Mais le plus terrifiant est la vitesse à laquelle s'effectue la combustion de la jeune fille alimentant sans cesse le bûcher sur lequel elle repose au gré de vertigineuses montagnes russes émotionnelles. On assiste ainsi, autant ébahis qu'atterrés, à des revirements d'état d'esprit qui font passer la chanteuse du plus profond de la déchéance aux sommets de la renaissance, mais aussi d'une dépendance affective de petite fille perdue à une sérénité et une intelligence artistiques et humaines qui ne suffiraient pas à une vie entière mais qui se condensent parfois sur quelques semaines voire quelques jours. Ainsi la consécration aux Grammy Awards, moment de grâce piégé entre deux abîmes, pendant lequel une Amy rayonnante et émue finira pourtant par faire cette confidence glaçante à sa meilleure amie: "Si tu savais comme tout ça n'est rien sans la dope..."

De façon non appuyée, le film suggère que, au-delà du cannibalisme d'un monde du show-biz détruisant les idoles qu'il a enfantées, la célébrité soudaine d'Amy Winehouse a précipité le parasitisme voire le vampirisme en gestation de deux figures masculines s'alliant pour gérer sa carrière de façon quasi-incestuelle, et authentiquement intéressée.

On sort de la séance lessivés, gardant pourtant intacte à notre conscience la pureté de cette voix et de ce talent livrés en pâture à la cruauté de l'époque, pour faire de ce film une tragédie à la fois terriblement moderne et authentiquement intemporelle.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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