Qui a peur de la téléconsultation ?

La tribune du 4 mai, signée par 118 élus de toute la France sur l’accès aux soins met en avant la télémédecine comme solution aux déserts médicaux. Mais cette délocalisation de la santé ne plaît pas à tout le monde et certains syndicats se font entendre.

Dans le Journal du Dimanche, 118 élus ont signé une tribune pour presser les politiques à prendre des décisions urgentes sur l’accès aux soins en France. La tribune promeut le développement de la télémédecine, et en particulier la téléconsultation, afin de connecter les déserts médicaux à des médecins, parfois trop loin, souvent débordés. Les signataires voient et croient au potentiel de la téléconsult’ mais pensent que son utilisation reste trop faible. Moins de 8 000 téléconsultations remboursées depuis le début de l’année, en comparaison des 500 000 prévues par l’Assurance Maladie en septembre dernier.

Parce que c’est leur(re) projet

La téléconsultation, l’oasis tant attendu ? Beaucoup répondent par la négative, dont Patrick Bouet, président du Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom), qui s’exprime lui aussi dans le Journal du Dimanche. Il pense que c’est « une avancée », mais que « c'est un leurre de dire qu'elle réglera tout ». Les 118 élus, principalement inscrits sur les listes LREM et LR on pourtant de l'espoir, et affirment : « Nous, élus, sommes confrontés au quotidien à ces problématiques », expliquent-ils, même si nombre d’entre eux sont élus dans des départements qui figurent parmi les mieux desservis en médecins : Rhône, Alpes-Maritimes, Val-de-Marne… 

Une illusion de solution

La téléconsultation se fait uniquement si le patient a déjà vu au moins une fois le médecin et se déroule comme une consultation normale. À la différence qu’avec la distance qui sépare les deux interlocuteurs, il y a une perte significative des avantages de la visite en présentiel. Cette distance, cette perte de contact, c’est ce qui fait peur à la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF). Elle partage ses craintes dans son communiqué de presse du 6 mai : « Une téléconsultation ne remplacera jamais une consultation en cabinet : ce n’est qu’un complément ou une alternance dans le cadre d’un suivi médical. Nous n’accepterons pas la création d’une médecine à deux vitesses, dont l’une se ferait uniquement par écrans interposés ! »

La tribune a fait réagir, en particulier du côté du syndicat UFML. Son représentant, Dr Jérôme Marty parle d’une « uberisation de la santé ». D’après lui, le risque réside dans l’illusion de la proximité. La téléconsult’ pourrait remplacer la visite traditionnelle et rendre obsolète la présence de médecins de proximité. Au final, décourager les médecins de s’installer dans les régions les moins desservies. Le Dr Jérôme Marty continue, en soulevant l'ironie de la situation.

 

 

Portrait de Angela Herrmann

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