Pourquoi la Réunion n’a enregistré aucun mort du Covid19

Depuis le début de l'épidémie, l'ile de la Réunion est restée en phase 2 et n'a enregistré aucun mort. Le Dr François Chieze, directeur de la veille et Sécurité sanitaire à l’ARS La Réunion, tente d'expliquer ce pourquoi cette ile fait exception. 

Depuis le début de l’épidémie de Covid19, la situation de la Réunion étonne. Non pas que le SarsCov2 soit absent de l’ile, puisque selon le dernier point de situation de l’ARS de la Réunion, 443 cas ont été investigués. À titre de comparaison, la Martinique comptait, au 15 mai, 392 cas diagnostiqués. Mais à la différence de la Martinique qui a enregistré 14 décès, il n’y a eu aucun mort à la Réunion et seulement 4 personnes en réanimation dont 3 en provenance de Mayotte.
Qui plus est, La Réunion n’est jamais passée au stade 3 de l’épidémie contrairement à d’autres territoires d’Outre mer comme La Martinique ou encore l’ile voisine, Mayotte. Bref,  la Réunion fait figure d’exception : même la Guyane, relativement épargnée par l’épidémie, compte 1 mort. Le Dr François Chieze, directeur de la veille et Sécurité sanitaire à l’ARS La Réunion, a bien du mal à trouver une explication toute simple à ce cas à part en matière de santé publique. C’est d’autant plus étonnant que La Réunion regroupe des populations fragiles : « Pourtant à La Réunion il y a beaucoup de diabétiques ce qui aurait dû augmenter le nombre de cas graves. De la même manière, on a 15% d’obésité, sans compter l’hypertension artérielle, ce qui pouvait laisser entendre que la population était plus fragile. »

Cas importés

Mais la majorité des personnes infectées sont des cas importés, et des cas contact vite isolés : de fait, la population « autochtone » a été peu touchée. « Nous avons repéré le premier cas le 11 mars, et 12 cas le 17 mars. Puis la dynamique d’épidémie est une dynamique d’importation. Nous allons monter de manière tout à fait linéaire avec une pente à 30%. . Peut-être que la population touchée par l’épidémie n’est pas une population représentative de la population réunionnaise. En effet, les gens touchés par le Covid sont des « importations » donc des personnes qui ne sont pas forcément touchées par les pathologies évoquées. »
Le Dr François Chieze pense aussi que la jeunesse de la population réunionnaise a pu la préserver de cas graves : « Autre explication  : l’âge de la population réunionnaise. La pyramide des âges est l’inverse de ce que l’on retrouve en métropole : de 0 à 14 ans, 8%, 14-44 ans 41%, 45-64 ans 39%, 65-75 ans 7,3%, et 4% pour les plus de 75 ans. Cela doit jouer sur la létalité et la morbidité. » Pourtant, la jeunesse de la population réunionnaise est comparable à celle de sa voisine, Mayotte, plus touchée par le Covid : le 18 mai, Mayotte comptait 1370 cas confirmés, et 18 morts. « Nous sommes encore en niveau 2 et nous pouvons intervenir dès que nous prenons connaissance d’un nouveau cas d’infection, alors que Mayotte est au niveau 3. À Mayotte la situation sanitaire est réellement plus dégradée. Qui plus est les conditions de confinement sont beaucoup plus compliquées qu’ailleurs. Une grande partie de la population vit à 5 dans un 2 ou 3 pièces. La circulation virale est beaucoup plus importante. Par ailleurs, le dimensionnement du CHM n’est pas proportionnel à la population », explique le Dr Chieze. Non seulement le nombre de cas graves est moins important que partout ailleurs, mais la durée de séjour hospitalier est moins importante ; les patients sortent plus vite, analyse le Dr François Chieze.

Chloroquine ? 

La chloroquine, plus consommée sur l’ile que partout ailleurs, expliquerait-elle l’exception réunionnaise ? Selon une étude de l'assurance maladie, pendant les 5 premières semaines épidémique depuis le 16 mars, « c’est à La Réunion que la chloroquine était la plus prescrite (en instauration 46,0 pour 100 000) par habitant ». Sur la question, le Dr Chieze observe une prudence de sioux : « Il y a eu un envoi de chloroquine provenant de Marseille qui a dû être utilisé de manière plus ou moins sauvage puisqu’il n’entre pas dans les recommandations de la HAS. Je ne pourrai pas vous répondre quant à l’impact de la chloroquine en tous les cas sur la partie hospitalière. »

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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