Pharming cinéma party

Archétype du grand méchant conspirationniste, il est rare que l’industrie pharma dépasse le stade de la boîte à outils rêvée pour scénariste de science-fiction débutant. Pourtant, point n'est besoin de franchir les frontières du réel pour voir que nos chers labos méritent toute leur place dans le panthéon cinématographique… aux dépens d’un manichéisme inévitable ?

L'antipsychotique

THE CONSTANT GARDENER, DE FERNANDO MERELLES (2005)

BÉNÉFICE - Nul (on sort du film  en voyant des complots partout !)

RISQUE - Aucun (du grand cinéma…)

Une mise en scène à donner le tournis servant une histoire haletante, aux acteurs prodigieux, pour une dénonciation… salutaire ?

Ce film donne envie de se révolter contre la toutepuissance des « méchants » labos qui, au cours de l’histoire, n’ont jamais hésité à se servir de pans entiers de la population du Globe pour tester leurs produits… Mais alors qu’il frise en permanence la dénonciation pavlovienne, le réalisateur, aidé par le talent grandiose de John Le Carré, nuance son propos en autopsiant la relation complexe d’un couple d’idéalistes, suggérant ainsi qu’en tout être humain coexistent une lâcheté ordinaire et un héroïsme en gestation.

C’est bien plus pour ces deux beaux portraits (magnétiques Ralph Fiennes et Rachel Weisz !) que pour le contexte géopolitique que le film restera dans les mémoires…  Un comble pour un film de complot !

L'antidépresseur

EFFETS SECONDAIRES, DE STEVEN SODERBERGH (2013)

BÉNÉFICE - Certain (moment réjouissant de cinéma malicieusement pervers)

RISQUE - Aucun (scénario hénaurme annulant toute forme de dénonciation)

CONFESSONS-LE D’EMBLÉE : ON ADORE ! Soderbergh reste le cinéaste de la légèreté, et ce quel que soit le sujet auquel il se confronte. Le film commence comme Erin Brockovich et bifurque brutalement vers une perversion assumée qui rappelle Sexe, Mensonges et Vidéo, sans que cette synthèse parfaite de l’œuvre soderberghienne ne se prenne jamais pour plus que ce qu’elle est : un divertissement, une diablerie imaginée par un grand enfant qui semble nous murmurer qu’à force de voir le mal partout (la vénalité des firmes pharmaceutiques), on en oublie qu’il est souvent en bas de chez nous (eh oui, les prescripteurs et les consommateurs de médocs restent humains après tout). La perversion comme antidote à la paranoïa, bien vu !

Et en prime une réjouissante galerie de psys, qui apprécieront...

L'antimigraineux

LE NOUVEAU PROTOCOLE,  DE THOMAS VINCENT (2008)

BÉNÉFICE - Aucun (comment ce film a-t-il pu obtenir son AMM ??)

RISQUE - Maximal (céphalée sévère, à rompre son anévrisme…)

Voici l’anti-Constant Gardener, sur les pas duquel, d’emblée, le réalisateur n’hésite pas à se régler. Passée cette intro ridicule a posteriori, le film n’est qu’une version anémiée des bons vieux films de complot politique des années 70, auquel il se compare sans vergogne.

À l’image d’un Clovis Cornillac sonné après la mort de son fils qui, apprendra-t-on plus tard, participait à un essai clinique consacré à un antimigraineux, on se retrouve totalement paumé au cœur d’une intrigue dont la noirceur évolue vers le grotesque (grande nouvelle : les labos sont des boîtes à fric sans scrupule !). Comble, on en devine presque immédiatement le ressort, ôtant dès lors toute originalité à ce scénario en forme de coquille vide.

À PROSCRIRE PLUS QU’À PRESCRIRE !

L'antirétroviral

DALLAS BUYERS CLUB,  DE JEAN-MARC VALLÉE (2013)

BÉNÉFICE - Faible (le traitement du Sida à ses débuts)

RISQUE - Maximal (idem)

Si le film a été vendu comme une ode romantique au combat des premiers sacrifiés de la génération Sida, son intérêt réside surtout dans le fait qu’il est traité comme un documentaire analysant, de façon extrêmement fouillée et pertinente, l’incompatibilité entre une administration à la complexité parfois ubuesque et une situation sanitaire urgente.

Dès lors, les malades sont condamnés à faire évoluer la situation par eux-mêmes. Le film décrit très bien comment l’action collective naît d’une volonté individuelle. Et quel individu !

Cow-boy macho, réac' et abuseur en tous genres, Ron va utiliser son inaltérable instinct de survie et son mépris des règles pour faire mentir le pronostic insupportable que lui offrent des médecins dépassés par la gravité de la maladie, entretenus dans un sentiment d’impuissance par des politiques et des labos englués dans leurs propres enjeux.

Trop belle pour ne pas être vraie, cette histoire de cinéma réussit par moments à dépasser la success story magnifiant un individualisme  so American et mérite toute notre curiosité !

Portrait de Guillaume de la Chapelle
article du WUD 21

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