Pétition : les soignants appellent à cesser de canarder les gilets jaunes

Policiers en tenue de maintien de l’ordre
Policiers en tenue de maintien de l’ordre à Bordeaux, lors de la manifestation des gilets jaunes du 22 décembre 2018.

Près de 60 000 soignants réclament un moratoire sur l’utilisation des lanceurs de balle de défense et autres grenades lacrymogènes contre les gilets jaunes et autres manifestants. Laurent Thinès, chef de service de neurochirurgie de Besançon et initiateur de la pétition, alerte sur la « dangerosité extrême » de ces armes.
 

Énucléation, amputations, visages fracassés, traumatismes crâniens… La liste des mutilations subies par les manifestants gilets jaunes est longue. Laurent Thinès, chef de service de neurochirurgie au CHRU de Besançon, a décidé de lancer une pétition en ligne. Objectif : obtenir du ministère de l’Intérieur l’interdiction jusqu’à nouvel ordre des armes employées par les forces de l’ordre.

« Nous, soignants (médecins, chirurgiens, urgentistes, réanimateurs, infirmier(e)s, aides soignant(e)s…) apolitiques et attachés à l’idéal de notre pays, la France, au travers de la déclaration des droits de l’homme, de la femme et du citoyen, demandons qu'un moratoire soit appliqué sur l’usage des armes sublétales de maintien de l’ordre en vue de bannir leur utilisation lors des manifestations. », réclame le texte.

Lancée il y a une semaine, la pétition compte presque 60 000 signatures à l’heure où l’on écrit ces lignes.

Mais où sont les médecins ?

« Ce qui m’a poussé à prendre cette initiative, c’est le silence assourdissant de la communauté médicale sur ces faits », confie Laurent Thinès, joint au téléphone par What’s up Doc. Pour ce jeune (44 ans) chef de service bisontin, qui n’est affilié à aucun syndicat ou parti politique, la situation appelle à un sursaut immédiat des soignants. « C’est très inquiétant, on a des gens qui vont en manifestation et se retrouvent à jouer à la roulette russe ! », s’indigne-t-il.

Le texte mentionne également une revue systématique américaine conduite récemment sur les blessures consécutives aux lanceurs de balle de défense. Sur près de 2000 cas publiés dans le monde depuis 1990, les auteurs ont recensé 300 patients avec un handicap grave et permanent (15,5 %) et 53 décès (3 %). Autrement dit, les armes sublétales employées en maintien de l’ordre sont, d’un point de vue épidémiologique, d’une dangerosité certaine.

Une centaine de blessés graves

Deux types d’armes sublétales sont au centre de la controverse actuelle. Le LBD-40, successeur du Flash-Ball en beaucoup plus puissant, propulse de petites balles de caoutchouc à très grande vitesse. En cas de tir tendu ou d’impact à faible distance, il peut occasionner de très graves blessures, dont des énucléations ou des mâchoires fracassées.

L’autre arme controversée est la GLI-F4, une grenade lacrymogène instantanée avec effet de souffle. La  GLI-F4 produit une explosion capable d’arracher une main ou un pied, avec des éclats pouvant traverser les chairs. D’après Libération, qui cite un rapport interne à la gendarmerie, sa dangerosité aurait été clairement sous-estimée. La France est d’ailleurs le seul pays européen à employer ce type de matériel en maintien de l’ordre.

Les blessures subies par les gilets jaunes ces dernières semaines n’ont fait l’objet d’aucun recensement officiel. À ce jour, la source la plus complète est le fait de l’écrivain ex-journaliste David Dufresne, dont la réputation de rigueur n’est plus à faire. Il publie sur son compte Twitter l’ensemble des cas de violences subies par les gilets jaunes, sans omettre d’interpeller la « Place Beauvau ». Sur plus de 360 signalements, il dénombre à ce jour une centaine de blessés graves.
 
 

Source: 

La pétition, intitulée « Les soignants français pour un moratoire sur l’utilisation des armes sublétales » est disponible en ligne sur Change.org.
 

Portrait de Yvan Pandelé

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