Par Yves Charpak

Le système de santé interagit avec l’industrie dans une approche essentiellement qualitative et économique, o`u la question de la disponibilité pérenne des produits indispensables ne se pose pas…

Quel professionnel de santé pourrait exercer sans produits industriels de santé ?

Aucun… Nous en consommons, au quotidien, sans même y penser : seringues, pansements, outils de chirurgie sophistiqués, médicaments, vaccins, compresses, lits d’hôpitaux, machines de réanimation, etc. Serait-il possible de nous en passer ? Si non, combien en faut-il ? Et au-delà, savons-nous combien sont fabriqués en France, en Europe, ailleurs ? Quels sont les risques de rupture de stocks, comme on en voit aujourd’hui de plus en plus ? Dans les pays où ces produits sont rares, les professionnels savent bien, eux, de quoi ils manquent !

Et pourtant, qui a déjà entendu parler d’une véritable stratégie commerciale et industrielle pour la santé ?

Certes, l’actualité économique est friande de pensées stratégiques pour une France industrielle. Mais cette stratégie-là est très éloignée d’un objectif de santé, au sens de couvrir les besoins de santé de la population française. Il faut dire que les industries des produits de santé, pas seulement celles du médicament, font aujourd’hui dans notre pays l’objet d’un fort rejet sociétal. Elles ont une image d’« ennemis », de profiteurs du système, de corrupteurs… Or s’il y a certes des « affaires » et des pratiques inacceptables, elles ne sont pas représentatives des activités de ces industries.

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Manquer ? Impossible, dit le monde de la santé, nous avons tout…

Et le seul problème serait alors de sélectionner les bons produits, de garantir leur qualité et leur accessibilité et de « négocier » les prix. Le paradigme sous-jacent est la disponibilité garantie et pérenne de tous les produits utiles et nécessaires : tout se passe comme si nous étions dans un supermarché, avec des industries qui produisent tout, et le livrent à notre bon vouloir… Il suffit de tendre le bras pour obtenir ce dont nous avons besoin. Le pilotage actuel des produits vise donc uniquement à réguler les excès. Mais devra-t-on attendre des pénuries inévitables pour agir ?

En conclusion…

Dans le contexte incontournable d’un marché mondial concurrentiel des produits de santé, n’est-il pas temps que notre système de soins, alors même qu’une nouvelle stratégie nationale de santé a été annoncée, fasse un peu plus de prospective sur ce thème des produits indispensables ? Définir des « produits essentiels », passer des accords d’approvisionnement avec les producteurs, soutenir spécifiquement ces secteurs le cas échéant, réfléchir à des formes d’autosuffisance nationales ou européennes…

En clair, à quand un vrai « plan national des produits de santé » au nom de la santé publique et pas uniquement de la balance commerciale ?

* Yves Charpak est médecin de santé publique, chercheur, spécialiste de l’évaluation… il a travaillé (entre autres) pour l’OMS, l’Inserm, l’Institut Pasteur, l’Établissement français du sang… Il n’hésite pas à prendre position dans l’espace public, où il décline une vision originale du futur de la santé.

Portrait de Yves Charpak
article du WUD 34

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