No go zone

Critique de "Bacurau", de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles (sortie le 25 septembre 2019)

Le petit village de Bacurau, no man's land perdu au beau milieu de l'arrière-pays brésilien, est en proie à une prolifération de signes annonciateurs de mort et d'anéantissement, au moment où la doyenne de la communauté s'éteint... Un combo brésilien réussi entre film de genre et film militant, Coco pour adultes et souvent bien barré. Jouissif...

La première qualité de Bacurau et de son duo de réalisateurs est de ne pas se prendre au sérieux. Il y a dans cette volonté de filmer à l'ancienne, comme au temps de la bonne vieille pelloche de série B, une dimension d'hommage mémoriel qui est déjà un message politique en soi. Plus que les évidents signifiants d'un scénario de western post-capitaliste très premier degré - dans lequel les critiques ont décelé de façon pavlovienne et un peu lassante une audace et une préscience annonciatrices de Bolsonaro - c'est cet amour du cinéma et cet attachement aux racines, finalement au cœur du film, qui lui apportent une qualité nécessaire pour dépasser le simple pastiche. Même si le film peut tout à fait se voir uniquement comme un jeu de massacre réjouissant et ultra-balisé !

Teresa fait régulièrement des aller-retours entre la ville et son village natal, pour le fournir en médicaments de première nécessité et autres denrées nécessaires à la survie de sa communauté. Il faut dire que dans ce trou folklorique à souhait, les habitants ne doivent pas trop espérer compter sur la bienveillance et l'efficacité des autorités locales. Peut-être même que rayer Bacurau de la carte arrangerait tout le monde... Face à une mort programmée et exécutée par une bande de psychopathes assoiffés de violence et de sang, la résistance viendra finalement de la cohésion d'un groupe d'individus dépassant les dissensions et les clivages. Et aidé en cela par l'esprit de ses ancêtres, que vient de rejoindre Carmelita, la doyenne un peu sorcière.

Ce brassage des vivants et des morts, des adultes et des enfants, portés par une farouche pulsion de vie carburant à la mémoire - la seule attraction du village se limitant à un improbable musée d'histoire - nous a fait penser à Coco, film Pixar qui soulignait déjà à quel point la survivance du passé, la persistance de la mémoire, constituaient un enjeu de survie. C'est bien par son histoire commune, plus que par des valeurs parfois discutables, que la population résistera à une invasion de dégénérés rejetant toute appartenance, toute étiquette, même celle de nazi - le sadique Michael, joué par le toujours inquiétant Udo Kier, aime à souligner qu'il n'a jamais remis les pieds en Allemagne depuis des lustres... Enfin, soulignons l'humour qui irrigue tout cela, apportant à la fois une note d'exotisme et une touche de grossièreté permettant d'échapper à la lourdeur parfois manichéenne du propos. A voir, donc...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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