"Nazis dans le rétro"

Ciné week-end: Remember, de A. Egoyan, sortie le 23 mars 2016

Démence vs mémoire traumatique: le dernier combat de Zev, rescapé des camps atteint de démence sénile qui, peu après le décès de son épouse, se voit confier par son voisin de maison de retraite une lettre retraçant la mission de toute sa vie, retrouver et assassiner le SS responsable de la mort de sa famille à Auschwitz, qui se cache sous une fausse identité quelque part en Amérique...

Remember constitue un cas typique de cinéma dans lequel les dernières minutes d'un film mené jusque là de main de maître cristallisent des questionnements sans fin sur ses intentions et sa crédibilité. Et des réponses potentiellement apportées par le spectateur dépendra son verdict final : coup de génie ou invraisemblance nauséabonde. Rien que pour cela, et la polémique qu'il risque de susciter, le film est à voir.

La traque d'un nazi réfugié sous une fausse identité dans une Amérique profonde dont les démons entrent en résonance avec ceux d'un passé de plus en plus lointain, menée de plus par un nonagénaire totalement sénile qui a oublié jusqu'à ses propres traumas, a quelque chose de vertigineux et de passionnant. Atom Egoyan utilise admirablement les procédés narratifs et de mise en scène pour distiller un suspense digne des meilleurs Hitchcock, lorgnant parfois vers l'absurde à la manière d'un Polanski. Martin Landau, et surtout Christopher Plummer, sont tout bonnement prodigieux dans leur composition de vieux survivants de l'Holocauste. Le film est d'autant plus émouvant qu'il nous rappelle avec lucidité que de cette tragédie du siècle dernier il ne restera bientôt plus aucun survivant, et qu'aucun des criminels ne pourra plus être jugé. La mémoire historique, tout comme celle de Zev, risque alors de partir irrémédiablement en lambeaux...

Remember semble inattaquable. Et pourtant, le choix de son épilogue, forcément inattendu sauf pour celui qui saura repérer les rares dissonances habilement disséminées tout au long du film, prend le risque d'annihiler toutes les bonnes intentions présentes jusqu'alors. Les questions qui se posent sont tout autant d'ordre médical (jusqu'à quel point la démence peut-elle entamer les valeurs et la mémoire d'un individu ?) et psychologique (la mémoire traumatique peut-elle être totalement effacée? la reconstruction identitaire peut-elle aller jusqu'au déni total de son passé ?) qu'éthique et philosophique (a-t-on le droit de confondre dans le même magma - engendré par la sénescence - victimes et coupables de crimes contre l'Humanité ?). 

A vous de juger!

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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