My (un)fair lady

Ciné week-end: My Lady, de R. Eyre (sortie le 1er août 2018)

Fiona Maye, juge de la Haute Cour à Londres, est habituée à résoudre les questions de droit épineuses concernant les mineurs, ayant toujours à coeur l'intérêt de l'enfant. Mais l'affaire d'un jeune témoin de Jeovah de dix-sept ans et demi refusant une transfusion vitale va se révéler plus complexe que prévu...Un drame anglais engoncé dans un classicisme ennuyeux, et pourtant il y a Emma Thompson...

Disons-le tout de suite, My Lady est une déception. Petite ou grande, là est la question à trancher. Il est difficile de trouver le film inintéressant, il a même tout pour être passionnant, tant les questions éthiques qu'il soulève sont cruciales et concernent une part éminemment difficile de notre exercice. Elles sont d'ailleurs traitées avec intelligence. 

Alors? La déception reste pourtant grande. Et double. Avant tout parce que, malgré l'interprétation subtile d'une Emma Thompson toujours au top, et chez qui il est magnifique de voir éclore puis jaillir des émotions longtemps réprimées, la description de son couple est terriblement ennuyeuse. Or, le réalisateur a clairement choisi de faire la part belle aux scènes de ménage de ce ménage sooo british, et honnêtement cela faisait longtemps qu'on n'avait pas vu un couple d'acteurs enfiler autant de perles. Il est incompréhensible que l'accent ait à ce point été mis, et de façon si conventionnelle, sur une histoire qui l'est tout autant. Faute de fond et de forme, cet aspect-là du film semble tourner d'emblée à vide. 

La relation entre cette juge et cet ado torturé et mystérieux est dès lors le coeur du film, voire est condamnée à l'être. Les scènes de procès et la première confrontation sont probablement les plus réussies, avant tout parce qu'elles sondent les âmes et décrivent les enjeux traités de façon remarquablement humaine par une justice à son meilleur. La suite du film se veut plus intrigante, mais assez rapidement le personnage de ce jeune surdoué enfiévré perd de son intérêt, devient plus irritant que réellement touchant. Là encore, voir l'intérêt central du film - à partir de quand l'implication personnelle compromet-elle la relation d'aide - noyé par des face-à-face peu subtils a quelque chose de frustrant. 

Le film est au final une occasion manquée, ou presque. Car voir Emma Thompson fendre l'armure et se laisser - enfin - submerger par sa douleur reste un moment de frisson absolu, qui permet d'entrevoir ce qu'aurait pu être ce film s'il n'était pas resté empêtré dans son élégante et étouffante surface...

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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