«Moi, Professeur de médecine, je me suis lancé un défi : créons de la FMC de qualité, un peu comme un reportage sur Netflix ou un documentaire d’Arte»

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Le Pr Vincent Mallet est aussi désormais le directeur scientifique de Santé Académie. Comment un professeur, un universitaire, s’est retrouvé dans une startup de formation ? Envie de transmettre, Covid et rencontre, il nous raconte comment tout a commencé…

 

«Moi, Professeur de médecine, je me suis lancé un défi : créons de la FMC de qualité, un peu comme un reportage sur Netflix ou un documentaire d’Arte»

«L’histoire de Santé académie c’est l’histoire d’une rencontre entre un startuper et un médecin. Un jeune homme qui a fait l’ESSEC, qui vient de la finance et moi, Vincent Mallet, qui suis hépatologue à l’hôpital Cochin, enseignant-chercheur à la faculté de médecine Paris Centre.

Quand j’ai rencontré Stanislas De Zutter, il y a 3 ans, il montait sa boite. C’étaient les balbutiements. Il m’a approché, par le biais d’un externe, un de mes étudiants. Stanislas voulait que je l’aide à créer des formations, mais à l’époque, dans un format très descendant, des cours, un peu filmés, un peu comme à la fac. Le modèle n’était pas affiné.

Enfin un effet positif du Covid

Mais le Covid a tout changé. A Cochin, nous étions en première ligne, j’avais transformé mon service en unité Covid, et Stanislas était confiné à Lyon. Nous ne nous étions vus que deux ou trois fois autour d’un kebab. Et il m’a rappelé pour me dire : « je ne sais pas quoi faire si je peux aider, je suis dispo. »

A l’époque de cette première vague, le problème aigüe, c’était transmettre l’information. Tout le monde partait dans tous les sens, sans aucune cohésion. Chacun disait la sienne. C’était épouvantable. Il fallait glaner l’information.

Et en pensant aux médecins généralistes, qui ne savaient plus à quel saint se vouer, pour savoir quoi dire, quoi faire face à leurs patients, j’ai pensé à créer une radio : appeler tous mes collègues de Cochin, de toutes les spécialités et faire des interviews.

Première étape : Radio Cochin

Stanislas a créé une web radio, on s’est organisé avec la fac, parce que ce manque d’information était un problème global. Tout le monde était sous le choc, tout le monde était sidéré. Et ensemble on a lancé Radio Cochin.

Et ça a très bien marché. Très rapidement j’avais réalisé plus de 60 interviews, et on était suivis par plus de 50 000 médecins généralistes. Le format était un peu particulier, parce que les spécialistes que j’appelais étaient des amis, nous étions chacun dans nos bureaux, je leur demandais de me raconter le quotidien dans leur unité, car nous étions tous impactés. Et puis on continuait en parlant d’un cas clinique, on présentait toujours des cas très concrets. Je me mettais à la place d’un médecin généraliste à chaque fois, qui posait des questions à un spécialiste, un professeur, et on échangeait de manière très directe.

On a reçu beaucoup de mails des généralistes, beaucoup de remerciements, et j’ai vraiment eu l’impression que nous avions rendu service. Et ça, ça nous a fait réfléchir. On s’est dit, on va faire la même chose pour changer les modèles de FMC qui sont un peu dépassés.

De la radio… à la FMC

Dans un formation, en général on déroule des diapos, les gens regardent, écoutent d’une oreille distraite, et puis ils valident les UV. C’est ce que font les étudiants à la fac. Les cours qu’on voit dans les FMC sont du même acabit.

Je me suis dit :  « peut-être qu’on peut créer du DPC de qualité. Les médecins sont obligés de se former, on peut faire des entretiens avec des auditeurs de très haut niveau et échanger, un peu comme dans un documentaire d’Arte ou un reportage Netflix, que ce soit agréable à regarder. »

Et à partir de là, Stanislas a monté la startup Santé Académie, a trouvé des financements, a débauché une personne de Netflix, et on a réalisé les premiers entretiens. On a travaillé la mise en forme, et ça rendait bien. Pour nous différencier des autres sites de FMC, on a misé sur un côté pro, une réalisation pro.

Ma vision, c’est une médecin généraliste rentre de son cabinet. Il se met sur son canapé. Il prend sa tablette. Il regarde des PU-PH ou des experts dans leur domaine, des entretiens très agréables. Il n’est pas en train de visionner des diapos dans une salle de cours, au fin fond de je ne sais pas où, avec une personne qui lit des PDF. Ce n’est pas la même expérience. Et avec le modèle du CPF, c’est entièrement financé, avec le DPC.

Santé Académie fait travailler 40 personnes

Et ça fonctionne, parce que la société que Stanislas a créée en 2020, aujourd’hui elle fait travailler une quarantaine de personnes.

Mon rôle c’est d’être le directeur scientifique, j’essaie de monter une formation par mois. C’est moi qui choisis les sujets, l’immunité, les lombalgies, l’ECG. Puis je recrute les experts, essentiellement dans mon réseau d’enseignants. Ils sont rémunérés. La difficulté, comme ils sont tous débordés, c’est qu’ils trouvent le temps. Ensuite j’aide à la préparation, je les briefe pour qu’ils ne fassent aucun diapo, qu’ils réfléchissent à plusieurs situations concrètes, des cas cliniques spécifiques.

Puis on tourne, dans un lieu magnifique, la bibliothèque de la Fondation Deutsch à Paris. Il y a une belle production : il y a une personne pour l’accueil des participants, au moins deux cameramans, un preneur de son, un metteur en scène, des informaticiens, plus les équipes de marketing. Toutes les équipes sont jeunes, c’est sympa !

Moi qui suis dans l’enseignement, qui suis sollicité partout en France, à l’étranger, je suis ravi de cette nouvelle façon d’enseigner, de transmettre de cette façon-là. C’est une nouvelle aventure. J’adore mon boulot, j’aime les histoires qui partent de zéro et qui s’envolent, que ce soient des étudiants, des questions scientifiques… Je n’ai pas d’expérience entrepreneuriale, mais partir de rien et avancer, c’est ça qui me plait dans la vie. »

 

 

Quelques chiffres sur Santé Académie :

Choix des formations par les médecins généralistes (chaque formation dure plusieurs heures) :

  • ECG : 32 %
  • Antibiotique : 19 %  
  • HTA : 16 %
  • Endométriose : 16 %
  • Lombalgie : 9 %

98 % des formations commencées ont été terminées

53 % des formations sont suivies sur smartphone

95 % sur du financement DPC (le reste sur du financement personnel)

 

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