Million peso baby

Ciné week-end: El Acompanante, de P. Giroud (sortie le 17 août 2016)

Posons le décor. Cuba, fin des eighties. Une page méconnue de l'histoire de l'épidémie de SIDA, gérée sous une dictature. A la fois glaçant et touchant...

À Cuba, dans les années 80, les séropositifs sont soumis à une politique hygiéniste sous contrôle militaire (surtout) et médical (un peu quand même). Horacio, boxeur ambitieux rattrapé par une affaire de dopage, se voit contraint de participer à un programme thérapeutique "innovant" dans le cadre de sa réhabilitation. C’est dans ces circonstances qu’il rencontre Daniel, jeune soldat aux faits d'arme héroïques, contaminé par le virus et dont il va devenir l’ « accompagnant ». Son rôle : endiguer la transmission du virus en encadrant Daniel durant ses rares sorties autorisées…

Voici un film qui mérite indéniablement le détour. Il repose sur le principe d'une narration ultra-classique et d'une thématique a priori banale (quand boxe rime avec rédemption), pourtant contrariées par un élément inhabituel. Le contraste saisissant entre cette apparente normalité et ce sur quoi elle repose est accru par des choix scénaristiques et une mise en scène qui ne montre à l’écran que que le minimum de l'horreur qui sous-tend la prise en charge des sujets porteurs du virus. 

Égrenant la routine de l'hospitalisation et de la vie en communauté des patients et des soignants, le film fouille leur humanité au travers des sentiments contradictoires qui les animent. Il rappelle par petites touches la cruauté fondamentale de ce "traitement", ainsi que ses dérives.

Car ceci aurait très bien pu arriver chez nous, et pas seulement parce que des personnalités politiques extrêmes préconisaient à peu près la même chose. On pense à l'ostracisation de fait de nombreux malades qui, par peur de la contamination en raison de préjugés tenaces, se retrouvaient isolés de leurs proches mais aussi d'un personnel soignant insuffisamment formé.

Et l'on en vient à se demander, quand on observe ce médecin qui croise la route de Daniel et dont l'objectivité froide n'empêche pas une certaine forme de bienveillance, ce que nous pourrions être contraints d'appliquer en cas d'épidémie plus brutale. Et, surtout, si nous l’accepterions.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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