Miel à Venise

Critique de "Du miel plein la tête" de Til Schweiger (sortie le 20 mars 2019). 

Amadeus, vieil homme excentrique et fraîchement veuf, a des comportements de plus en plus incohérents. Inquiets, son fils et sa petite-fille le rapatrient d'urgence dans le foyer familial, soumis à d'innombrables tensions. Un éléphant dans un jeu de quilles, c'est ainsi que peut être vue la maladie d'Alzheimer dans notre société de plus en plus sous pression. Til Schweiger choisit de l'aborder sous l'angle du conte pour enfants. Parfois plus féérique que pédagogique. Et un peu étiré en longueur....

Il en va de certains films comme de certains moments de notre existence. La faculté à être touché dépend parfois plus de notre parcours personnel que de critères environnementaux bien objectivables. Ce Miel dans la tête par exemple, qui use de ficelles tellement grosses qu'il ressemble trop souvent à un téléfilm de début d'aprèm', et qui a un peu trop tendance à se complaire dans le pipi-caca-sale - qui accompagne forcément la régression mentale occasionnée par les processus neurodégénératifs mais qui n'en est tout de même pas le seul aspect - et dans le plaisir de détruire des objets - ben oui, profitons du fait que cette famillle soit plus riche que Crésus pour emboutir la jolie voiture et mettre le feu à à peu près tout...Cet humour souvent bien lourdingue et qui grossit le trait déjà bien suffisamment épais plutôt que d'y apporter un peu de légèreté profonde...

Et pourtant, dès que le film endosse pleinement son ambition d'être un conte pour enfants, disons dans la dernière moitié qui paraîtrait bien petite si le film n'était si long, un certain charme opère. Certes, Nick Nolte continue à en faire des caisses dans le rôle du vieillard atteint de démence à corps de Lewy, mais on se laisse porter par le désir forcené de sa petite-fille de lui faire revoir une dernière fois les lieux associés aux derniers souvenirs qui lui restent. Le tapage de la première partie laisse place à la douceur des alpages puis la beauté éternelle de Venise - hélas trop rapidement filmée, avec encore une fois une propension plus importante à filmer les hôtels de luxe que les quartiers chargés d'histoire...

En résulte donc un film dissonnant, une sorte de maladie d'Alzheimer racontée aux enfants encombrée dans sa première partie d'éléments éminemment adultes, où les histoires de coucherie des parents prennent un peu trop le dessus sur le vécu de cette petite-fille, mais qui arrive peu à peu à se délester et à trouver son ton, et souvent une certaine justesse. Dommage que Til Schweiger croie que l'opulence aide à mieux faire passer certains messages, car c'est tout l'inverse. A moins que, en sale gosse gâté du cinéma allemand, il se soit fait un grand plaisir à dépenser sans compter, qui plus est pour tout saccager. Un film pour enfants réalisé par un grand enfant, en somme....

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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